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28 février 2005 | Imprimer cette page

L’ECOLE DES FEMMES

par ATJI. Abdouramane

Correspondant d’Aedev au Burkina Faso, professeur d’histoire - géographie, animateur d’un centre d’initiation aux nouvelles technologies, je témoigne de la situation des filles dans l’enseignement technique de mon pays, et de leur insertion dans le marché du travail.

- L’exemple du lycée technique de Bobo Dioulasso

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Lycée technique de Bobo Dioulasso
C’est un lycée récent, encore en construction sur la photo.

Le Lycée professionnel de Bobo prépare au BEP (durée des études, 2 ans) les élèves titulaires du BEPC, âgés de 18 à 20 ans et au Baccalauréat Professionnel (1 année d’études supplémentaire)
Il existe pour l’année scolaire 2001/2002 six filières :

- CAS : Communication Administration Sécrétariat
- TVC : Technique de Vente et Commercialisation
- ELECT : Electronique
- Structures Métalliques
- Génie Civil
- Agroalimentaire

- L’effectif et la répartition filles/garçons dans les classes donne le tableau ci-dessous.

- Une évidente disparité

Les données de ce tableau, même si elles ne portent que sur un seul établissement scolaire, sont pourtant très symptomatiques.

Deux constatations. Dans toutes les filières, l’effectif des filles est faible comparé à celui des garçons, exception faite en CAS. Les métiers du secrétariat, par tradition, dans les pays du Sud comme aussi dans les pays du Nord, sont considérés comme relevant de compétences féminines.
Autre évidence, le pourcentage des filles est négligeable dans l’enseignement purement technique, et presque nul dans les filières industrielles comme SM (Structures métalliques), Electronique, Génie civil, Agroalimentaire.

Ce sexisme scolaire existe aussi dans les pays du Nord. Il aboutit trop souvent à la discrimination sur le marché du travail, doublée de l’injustice salariale.

-  Et pourtant !

Selon une enquête réalisée par le PNUD [1], la production mondiale est l’oeuvre des femmes pour 80%. Les femmes ne bénéficient pas des avantages du travail réalisé. En Afrique subsaharienne l’essentiel de « l’économie ménagère » est assuré par les femmes et aussi par les enfants. Ce sont les hommes qui jouissent du fruit de leurs efforts. La ville de Bobo Dioulasso (400.000 habitants environ), compte plus de 50 écoles d’enseignement général, 3 établissements d’enseignement supérieur, et un seul Etablissement public technique offrant une formation professionnelle d’une telle envergure. Les filles y sont sous représentées.

Les femmes doivent accéder prioritairement à toute formation, y compris la formation professionnelle, elles qui s’occupent aussi de l’éducation des enfants, et jouent un rôle essentiel en tant que gardiennes des valeurs traditionnelles mais aussi initiatrices de la nouveauté.

- Au Lycée Professionnel, nous sommes confrontés à plusieurs problèmes :

- Difficulté de l’administration du lycée à trouver des stages dans les entreprises.
- Difficulté dans l’organisation du suivi des élèves en position de stage.
- L’évaluation du stage.

-  Problème majeur : peu d’entreprises sont susceptibles d’accueillir ou d’accepter des élèves en stage.

Beaucoup d’entre elles sont réticentes car elles jugent la formation trop théorique. Selon elles, les stagiaires représentent une charge. La réalité en est que l’entreprise a pour objectif le souci de la production tandis que l’école vise la formation. Quel sera l’avenir pratique des élèves qui sortent et qui n’ont pas accès au stage ? Ne vont-ils pas perdre leurs connaissances ? Pour cela ne doit- on pas s’associer afin de développer un esprit partenarial ? Dans ce cas les objectifs des élèves ne se confondent-ils pas avec ceux des entreprises ? Ne faut-il pas mettre en oeuvre des projets qui puissent répondre aux soucis de production des entreprises, et bénéficier alors de leur partenariat ? Le suivi et l’évaluation ne doivent-ils pas désormais mettre l’accent sur la formation continue et la réalisation de travaux plus productifs ? Les stratégies à développer ne seront-elles pas désormais centrées sur la formation, l’emploi et le financement ?

Par les expériences et les suggestions des uns et des autres, nous espérons trouver une solution aux problèmes d’accès aux entreprises.

Des échanges et des projets collaboratifs avec d’autres groupes, écoles, ou entreprises pourraient nous aider à envisager des solutions ou propositions.

- L’emploi des filles

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Jeunes et NTIC

Ce constat amer sur les relations entreprises/écoles occulte un aspect important, à savoir l’emploi des filles. L’arbre ne doit pas cacher la forêt. De nos jours, l’accès à l’emploi est lié aux difficultés structurelles et conjoncturelles. Moins les filles fréquentent l’école, moins elles sont présentes sur le marché de l’emploi. On le sait, la femme à toujours été sous-employée dans le temps et dans l’espace. Beaucoup de pays avancés et sous la pulsion des organisations de défense des droits de la femme et des institutions internationales, ont pu certes combler le fossé entre les hommes et les femmes. Et il reste beaucoup à faire, surtout en Afrique et en particulier au Burkina Faso. Quelle place pour la jeune fille, ou la femme en général, sur le marché de l’emploi ? La discrimination est évidente, en raison d’une multitude de préjugés.
Nous tenterons d’examiner les pesanteurs traditionnelles, religieuses et sociales pour ensuite faire la part des choses.

- De la place de la femme dans la société traditionnelle.

Dans la société africaine en général et burkinabé en particulier, se greffent des valeurs traditionnelles et des valeurs issues de l’extérieur. C’est le cas au Burkina Faso où les estimations font état de 30% de musulmans, 15% de chrétiens et plus de 45% d’animistes. L’individu est traditionnellement, de manière exclusive rattaché à la société. Il n’est pas libre en dehors de sa communauté qui exclut toute forme d’individualisme. Dans la plupart des cas le pouvoir de décision, le centre de décision vient des hommes. La femme est effacée, ravalée au plus bas de l’échelle sociale. Elle doit se taire, subir et exécuter les ordres des hommes.

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Princesse Guimbi

Cela n’a pas fait oublier à la mémoire collective certains hauts faits des femmes comme la princesse Yennenga la mère de tous les Mossi et aussi la princesse Guimbi Ouattara. L’une ou l’autre aurait pris des décisions à la place des hommes. En raison d’une femme héroïne sur mille, l’immense majorité n’a pas toujours eu l’occasion de s’affirmer devant le despotisme du genre masculin. Cette absence de pouvoir au féminin est perçue dans la société traditionnelle comme étant naturelle. Les droits et devoirs de la femme se limitent à l’éducation des enfants et servir son époux.

Certes le monde devient planétaire dans beaucoup de domaines, les sociétés industrialisées, instrumentalistes, avec tous les moyens d’informations, vont si vite qu’elles ressemblent à un bateau ivre. Il doit s’arrêter au quai des autres pour les comprendre. Pour nous africains, dans nos vécus quotidiens, « La mondialisation, ce n’est pas encore une princesse anglaise et son petit ami égyptien qui se tuent dans un tunnel français avec une voiture allemande, au moteur hollandais, conduite par un Belge, alors qu’ils étaient suivis par des paparazzi italiens montés sur des motos japonaises ». (2003)
C’est dire que dans toute société la femme est, et reste toujours cette compagne, faible, victime permanente de l’incompréhension des hommes et des préjugés.

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Entre tradition et modernité, ces fillettes trouveront-elles leur place ?

Et pourtant la situation de la femme a beaucoup évolué en raison même du contexte international, à travers les organisation de lutte pour l’émancipation de la femme. Des associations et "antennes locales" oeuvrent pour la défense des droits de la femme et de la jeune fille. Il reste cependant beaucoup à faire, et le combat doit se mener sur le terrain de l’instruction, l’éducation, la formation.

Sensibiliser par l’éducation, c’est par là que les filles pourraient prétendre à l’emploi.


[1Programme des Nations Unies pour le Développement