Accueil : Le développement durable : Environnement :

22 décembre 2004 | Imprimer cette page

Criquets en Mauritanie : Un péril pour les populations les plus démunies

par El Ghassem Ould Ahmedou

Le péril acridien a frappé dur en Afrique de l’Ouest, cette année.
En Mauritanie, au début du mois d’Octobre, environ 1 million d’hectares étaient touchés, dont 250 000 avaient été traités.
Selon l’organisme national de sécurité alimentaire, jusqu’à 75 pour cent de la production céréalière du pays pourrait être perdue.
Et dans pareille situation de crise, les populations démunies constituent toujours la cible privilégiée...


Le péril acridien a frappé dur en Afrique de l’Ouest, cette année. Une reproduction de grande ampleur s’est poursuivi dans une vaste région du sud de la Mauritanie, dans la zone sahélienne du Mali, dans l’ouest du Niger et dans le nord et le centre du Sénégal , selon un récent communiqué de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).


Les criquets pèlerins ont envahi la plupart des zones agricoles du centre et du sud du pays et avec possibilité de formation de bandes larvaires dans l’ensemble des régions. Des opérations de lutte sont en cours, mais il faut les intensifier si l’on veut maîtriser l’infestation. Au début du mois d’octobre, environ 1 million d’hectares étaient touchés, dont 250 000 avaient été traités.

BMP - 10.7 ko
Criquets morts après traitement

Selon l’organisme national de sécurité alimentaire, jusqu’à 75 pour cent de la production céréalière du pays pourrait être perdue. La FAO prévoit de moindres pertes de récolte, mais l’invasion de criquets pèlerins aura de graves répercussions sur la sécurité alimentaire dans plusieurs régions. La Mauritanie est tributaire des importations de denrées alimentaires ; en temps normal, sa production intérieure couvre moins de 40 pour cent de la totalité des besoins de produits alimentaires. La situation des disponibilités vivrières est déjà tendue du fait de la sécheresse qui a sévi ces dernières années (une aide alimentaire d’urgence a dû être fournie à 420 000 personnes en 2003) et de la dépréciation de l’ouguiya (la monnaie nationale), qui a entraîné une augmentation significative des prix des denrées alimentaires. L’infestation actuelle de criquets pèlerins pourrait avoir des conséquences terribles pour la sécurité et la pauvreté, car la population rurale est devenue extrêmement vulnérable aux aléas de la production vivrière, toutes ses stratégies de survie étant épuisées. Une mission conjointe FAO/CILSS/PAM d’évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires se trouve actuellement dans le pays pour estimer la production céréalière de 2004 et évaluer l’impact des criquets pèlerins sur la sécurité alimentaire.

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture(FAO)avait estimé les besoins nécessaires pour contenir la menace acridienne, en Afrique de l’Ouest et du Nord, à 9 millions de dollars en début d’année. Aujourd’hui, ils se sont multipliés par 10 pour atteindre les 100 millions de dollars.
Les fonds internationaux ne sont pas venus à temps et les besoins n’ont cessé de se multiplier pour atteindre aujourd’hui les 100 millions de dollars. La FAO dispose actuellement de 36 millions, ce qui correspond à l’aide multilatérale (fonds gérés par la FAO,), dont le déblocage de 24 millions est définitivement approuvé. Les donateurs n’ont pas mesuré la gravité de la situation. Le danger est que ces derniers ne réagissent vraiment que lorsque la gravité de la situation devient pressante.