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10 mai 2004 | Imprimer cette page

Le tourisme durable, équitable... responsable

par Guillemette Lauters

Le tourisme est l’un des secteurs économiques les plus importants pour les Pays du Sud (après le pétrole). Il représente à lui seul 11 % du Produit national brut mondial, emploie 200 millions de personnes et déplace quelques 700 millions de voyageurs par an, un nombre qui devrait doubler d’ici 2020. Il est considéré comme l’une des plus importantes, si ce n’est la plus importante, industries mondiales. Il est donc un facteur de développement économique fondamental.

Malheureusement les retombées économique du tourisme ne profitent pas au pays de destination. En effet, le tourisme de masse est en fait contrôlé par une vingtaine d’opérateurs internationaux qui s’en partagent l’essentiel des recettes, les hotels et autres aménagements touristiques appartiennent bien souvent à des mains étrangères, la main d’oeuvre locale n’accède qu’aux emplois précaires et saisonniers,... La Banque Mondiale estime que 55% de la somme dépensée par un touriste revient dans l’économie des pays riches (pour un voyage coûtant 20000 €, seulement 9000 € profitent au pays concerné). Ce pourcentage peut atteindre 80% pour les Caraïbes.

Or, les formules "all inclusive" sont de moins en moins chères (la guerre des prix entre opérateurs touristiques va même jusqu’à proposer des vols gratuits, des réductions de 20% dans les hotels,...). Les prix ne prennent manifestement pas en compte les répercussions sur l’environnement, la santé, la qualité de vie des populations locales,... ni même les coûts environnementaux au niveau mondial (plus de la moitié des déplacements, et donc des émissions, proviennent du tourisme). Ils expliquent aussi les conditions de travail (y compris des enfants [1]) de plus en plus précaires dans le milieu du tourisme.

Dès lors le développement économique des Pays du Sud grâce au tourisme semble de plus en plus compromis. Pire, le tourisme hypothèque dangereusement l’avenir des populations et l’avenir même du tourisme dans ces régions et ce sans contrepartie financière ou presque.

En effet, les dégâts les plus importants causés par le tourisme touchent l’environnement et le patrimoine culturel : augmentation de l’effet de serre, consommation démesurée de l’eau dans des régions où elle est rare (hôtels, piscines, ..) [2], urbanisation, piétinement de sols fragiles, pollution par le trafic, augmentation des déchets, pertes de biodiversité, destruction des écosystèmes fragiles (récifs coralliens, montagnes), utilisation des peuples indigènes en tant que "destination touristique", changement de leur style de vie, prostitution...

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Les dégâts du tourisme
Cette carte est issue du site de Tourism Concern

Sans aller très loin il suffit de regarder les pistes de ski en été pour comprendre le mal irréparable que les infrastructures touristiques et les skieurs bien trop nombreux (120 millions par an rien que dans les Alpes) peuvent causer à la montagne [3].

Le touriste "routard" sac au dos est aussi visé. Les jeunes occidentaux voyagent de plus en plus et pour beaucoup fuient les circuits touristiques classiques et les formules tout compris. Ils recherchent l’aventure et le contact avec les populations locales. Pourtant, mal préparés et mal conscientisés, ils peuvent faire tout autant de dégâts en s’aventurant dans des milieux fragiles, en ne connaissant pas les coutumes et les difficultés de leurs hôtes, en profitant de leur hospitalité, en participant plus qu’à leur tour à la pollution des sites qu’ils visitent ou à la raréfaction de l’eau,... « On dit que 25 touristes individuels font plus de dégâts qu’un groupe de 25 touristes » résume Doria Valayer de l’association Transverses.

Un autre tourisme ?

Les touristes sont de plus en plus conscients de ces problèmes. 5 à 10 % des voyageurs des pays riches souhaitent en effet désormais des voyages plus éthiques. Ils se préoccupent de l’impact de leur présence sur les espaces et les sociétés des pays qu’ils visitent. Certains se tournent donc vers un tourisme plus responsable et choisissent des opérateurs qui encouragent le développement des économies locales, les échanges culturels et limite les atteintes à l’environement.

Le but de ces opérateurs est de faire profiter au plus grand nombre et le plus sainement possible des recettes du tourisme et ce sur le long terme (la gestion du patrimoine naturel et culturel est donc partie prenante du processus). Les communautés locales participent voire dirigent l’organisation des séjours (tourisme choisi et maîtrisé), les touristes logent et mangent dans des structures locales, les intervenants locaux perçoivent une rémunération juste,... (voir par exemple le code de conduite de l’association Djembé).

Un bel exemple de ce type de tourisme est celui de la communauté de Lopez Mateos au Mexique, l’un des plus anciens projets de tourisme responsable en Amérique Latine. D’autres exemples sont résumés sur le site de l’association Arvel.

- Voir aussi Où partir

Prudence

Les vocables concernant ce type de tourisme sont légions : tourisme solidaire, durable, équitable etc. [4] et la récupération de ce concept par les voyagistes ne s’est pas fait attendre. Des dérives liées à l’écotourisme sont vite apparues [5], comme par exemple le déplacement forcé des populations locales pour créer des zones protégées pour l’écotourisme [6]. Il convient donc de rester très prudent et de bien se renseigner.

En effet, il n’y a pas encore réellement de charte ou de label internationaux concernant ce type de tourisme et les codes de bonne conduite et autres déclarations d’intention fleurissent [7]

Le tourisme durable a fait cependant l’objet d’une charte et a été défini par l’Organisation mondiale du tourisme : "Le tourisme durable rencontre les besoins actuels des touristes et des régions d’accueil pour autant qu’il préserve et accroisse les possibilités de développement futur. Il est pensé comme une voie vers la gestion de toutes les ressources de telle sorte que les besoins économiques, sociaux et esthétiques puissent être remplis tout en maintenant l’intégrité culturelle, les processus écologiques vitaux, la biodiversité et le cycle de perpétuation de la vie" [8]. L’OMT a aussi adopté le code mondial d’éthique du tourisme, moins exigeant que la charte. Par ailleurs, depuis peu la Cnuced s’intéresse de près à la problématique et la commission européenne a fait une communication sur les orientations de base pour la durabilité du tourisme européen en 2003.

Ces propositions sont imparfaites et trop généralistes car elles englobent des situations extrêmement variées. Elles ont cependant le mérite d’exister et montrent que la communauté internationale est consciente du problème. On peut donc espérer que les choses bougeront dans un futur proche. Néanmoins c’est avant tout le touriste lui-même qui doit être conscient de cette problématique. Or les campagnes de sensibilisation sont encore trop peu nombreuses.

- Voir aussi Voyageurs responsables : chartes et guides

Des ressources pour en savoir plus

- Site de l’organisation Mondiale du Tourisme - section Tourisme durable

- Site de la Cnuced concernant le Tourisme durable

- Ecotrans, European network of experts and organisations in Tourism, Environment and regional development

- Réseau pour le Développement Durable des Destinations Touristiques en Europe

- Tourisme and biodiversity. Mapping Tourism’s Global Footprint. UNEP - 2003

- Caractériser le tourisme responsable facteur de développement durable. Ministère de la Coopération - France

- Le Tourisme Equitable - mémoire de Françoise El Alaoui - Master de Management du Tourisme - 1999

- Site Tourisme Durable et autres sites d’information

- Tourism Concern

Articles et références

- Pour une révolution du tourisme - Dora Valayer - 1997

- Dossier : Pour un tourisme durable - Alliance 21

- Un carton rouge au tourisme ? - Groupe de Travail sur le Tourisme et le Développement - 2002

- L’enjeu touristique - Iles de paix - 2003

- Tourisme et durabilité au XXIe siècle - Les amis de la nature - 2003

- Manuel sur l’environnement. Planification multisectorielle, Tourisme - German Federal Ministry for Economic Cooperation and Development

- Tourisme ou tourisme ? - Anne Amblès - 2002

- Commerce équitable, également dans le tourisme - Christine Plüss - Akte - 01/2004

- Tourisme de masse et identité sur les marches sino-tibétaines - Charles F. McKhann - 2001

- Tourisme et peuples indigènes, un nouvel impérialisme - Survival International

- Pour un tourisme responsable. Aventure du bout du monde.
Les « grandes lignes », charte du voyageur,...
Dossier : « Tourisme, nouvelle forme de pollution »

- Une bibliographie relativement complète sur le sujet - Unat - 07/2003.

- Une webographie relativement complète elle-aussi - Unat - 07/2003


[1Dans de nombreux pays, surtout du Sud, le tourisme contribue à l’exploitation de la main d’œuvre enfantine. Les enfants travaillent comme barmen, employés de fast food, domestiques, guides informels, fabriquants de souvenirs artisanaux...
Dans le monde, 13 à 19 millions de jeunes de moins de 18 ans travaillent dans un métier lié au tourisme. L’Inde, par exemple, compte des milliers de jeunes domestiques d’hôtels, de porteurs de bagages dans les gares, les aéroports et les hôtels.
Source : Le magazine de l’OIT, juin 2001

[2Sous les tropiques, un touriste use en moyenne 7 à 10 fois plus d’eau qu’un paysan pour arroser ses champs et nourrir sa famille. C’est 16 fois plus lorsqu’il s’agit d’un client d’hôtel de luxe avec terrain de golf. Ce type d’implantation artificielle a notamment des conséquences désastreuses pour les populations locales (pénurie d’eau, expropriation des petits paysans, déforestation...). Enfin, l’invasion chaotique des constructions hôtelières a souvent modifié l’équilibre naturel et l’érosion du littoral a atteint un stade critique dans de nombreux pays .Source : Le magazine de l’OIT, juin 2001

[3Concernant le tourisme en montagne, voir aussi Montagne2002

[4tourisme alternatif, tourisme d’immersion, tourisme intégré, tourisme communautaire, tourisme culturel, écotourisme, tourisme responsable, chantiers internationaux,...

[6[Les Twa (un peuple pygmée du Congo) ont été expulsés par des hommes armés du Parc national Kahuzi-Biega, dans les années 1960.] Clochardisés, les Twa survivent aujourd’hui dans des installations précaires en lisière de leur vaste forêt. Spoliés de leurs territoires, sans aucune perspective d’avenir, ils souffrent aussi de malnutrition aiguë. [...] Depuis les années 1990, on a peu à peu pris conscience que de nombreux parcs créés contre la volonté de la population n’atteindraient jamais leurs objectifs de protection de la nature. Fondés sur un déni de droit, entourés d’habitants hostiles, ils sont voués à l’échec. Source : Courrier de l’UNESCO, juillet-août 2001

[8Traduction de D. Renard. Texte original : Sustainable tourism development meets the needs of present tourists and host regions while protecting and enhancing opportunities for the future. It is envisaged as leading to management of all resources in such a way that economic, social and aesthetic needs can be fulfilled while maintaining cultural integrity, essential ecological processes, biological diversity and life support systems.