Accueil : Le développement durable : Commerce équitable :

3 mai 2004 | Imprimer cette page

Objectifs et fonctionnement du commerce équitable

par Guillemette Lauters

Au cours de ces dernières décennies, les échanges commerciaux ont connu une formidable croissance associé au développement de l’idéologie néo-libérale (la mondialisation) dans le monde. Cette dernière assure que ces échanges commerciaux permettront « une croissance pour tous ».

La réalité est pour l’instant tout autre. En effet, les bénéfices de cette croissance ont été répartis de manière inégale et se concentrent dans les régions du monde où se trouve le capital financier et industriel. Actuellement 56 % de la population mondiale vit dans la pauvreté : 1,2 milliard de personnes vivent avec moins de 1 $ par jour et 2,8 milliards avec 2 $ par jour [1]. On estime par ailleurs que 70 % des individus les plus pauvres de la planète vivent en zone rurale et sont tributaires de l’agriculture [2].

Le commerce mondial actuel, dominé par la spéculation, est responsable de la dégradation des termes de l’échange (diminution du prix des matières premières exportées par les Pays du Sud, augmentation de celui des produits finis importés) et les petits producteurs et artisans restent soumis à une pression sauvage des lois du commerce. Les intermédiaires puissants imposent leurs prix et leurs règles aux producteurs comme aux consommateurs. Dans ce système, pour réduire les coûts et augmenter la productivité, les conditions de travail et de production deviennent déplorables et les petits producteurs s’en sortent très difficilement ou disparaissent. Par ailleurs, le consommateur ignore bien souvent la provenance et les conditions de fabrication (en particulier sociales et environnementales) du produit qu’il achète.

Il est donc important de réguler les marchés internationaux et de favoriser les débouchés pour ces petits producteurs positionnés sur des marchés locaux limités et soumis au aléas du cours des matières premières. Le commerce équitable donne un élément de réponse à cet enjeu en tentant de développer des coopératives et des réseaux de producteurs autonomes ainsi que des réseaux de distributeurs du commerce équitable.

De l’achat au meilleur prix au commerce équitable dans la grande distribution

Au tout début du commerce équitable, l’objectif des associations qui le mettait en place était essentiellement d’acheter à meilleur prix au paysans du Sud grâce à des circuits alternatifs (Magasins du Monde,...). Mais ce seul objectif ne prend pas en compte les effets d’échelle. En effet, le public cible de ces magasins est un consommateur critique et politisé qui a fait le choix du commerce équitable. Or ces consommateurs sont une minorité. Les petits producteurs ne peuvent donc tirer que peu de profit de cet effort symbolique [3].

Le seul moyen de garantir un prix juste à ces producteurs est donc d’amener le produit du commerce équitable dans les supermarchés occidentaux, là où le consommateur fait ses courses. Mais là aussi ce type de produit risque de ne s’adresser qu’à une frange minime du marché.

Il est donc indispensable d’informer le public et les décideurs politiques (à travers le lobbying). C’est le rôle des associations de commerce équitable et des acteurs internationaux. Cette information va de pair avec un étiquetage clair des produits et donc avec la création de labels (Max Havelaar par exemple). Ces labels garantissent aux consommateurs, via un contrôle extérieur, que les produits ont été achetés à un prix correct aux producteurs, que les conditions de travail sont satisfaisantes, que l’environnement est respecté,...

L’octroi du label repose en effet sur le respect d’un cahier des charges exigeant (voir par exemple celui mis en place par PricewaterhouseCoopers et Alter Eco) et des contrôles sur place des
acteurs économiques (producteurs, importateurs et industriels).

Les garanties

- Un prix minimum garanti

L’octroi du label permet d’assurer aux producteurs un prix minimum garanti (PMG). Ce dernier comprend le prix garanti (PG) et la prime de développement (PdP). Cette prime est invariable et plus ou moins égale à 10% du prix du marché mondial. Que le cours mondial soit supérieur ou inférieur au prix garanti , le prix minimum garanti est donc toujours supérieur au cours mondial. Cette marge financière donne la possibilité aux producteurs d’investir dans l’infrastructure, dans les mesures sociales et écologiques et ce quels que soient les prix du marché.
Source : Fair(e) n°3

Dans l’exemple ci-dessus (tiré de Fair(e) n°3) , lorsque le cours mondial est inférieur au prix garanti, le PMG du café (1,26) = PG (1,21) + PdD (0,05). Lorsque le cours mondial est supérieur au prix garanti comme en 1998 ( il était de 1,91 US$/livre), le PMG du café est de 1,96 = (1,91) PG + (0,05) PdD.

- Le préfinancement

La plupart des intermédiaires commerciaux classiques payent leur commande 60 à 90 jours après réception des marchandises. Par contre, les importateurs du commerce équitable sont encouragés à préfinancer leurs commandes jusqu’à 60% du prix total. Ce système permet d’éviter l’endettement en fournissant des fonds avant récoltes. Les producteurs peuvent donc financer les matériaux de production et vivre durant cette période.

- Des relations commerciales durables

Les importateurs et distributeurs du commerce équitable s’engagent à respecter des relations commerciales durables (au moins 1 an) ce qui permet d’obtenir un réel impact sur l’évolution du niveau de vie des producteurs.

- Diminuer les intermédiaires

Limiter le nombre d’intermédiaires permet d’éviter d’enrichir les spéculateurs. Les importateurs du commerce équitable s’engage donc à acheter le plus directement possible au producteur ou à la coopérative.

Des garanties supplémentaires

- Assistance techniques et formations

De nombreuses organisations du commerce équitable soutiennent les producteurs autrement en proposant une assistance technique pour s’adapter aux modes européennes ; des formations en gestion et comptabilité mais aussi sur les méthodes de production et la recherche dans le développement de produits alimentaires biologiques ou de l’artisanat et du textile qui respectent l’environnement ; des conseils dans le domaine financier ou de la gestion, etc.

- Des campagnes de sensibilisation

Les campagnes de sensibilisation et d’information des consommateurs (comme la quinzaine du Commerce Équitable) permettent de développer les débouchés dans les pays occidentaux. Elles visent aussi à responsabiliser les consommateurs (consom’acteurs) afin de faire du commerce équitable non une alternative au commerce traditionnel mais un principe.

Objectif final : faire changer les entreprises

« Le commerce équitable est un moyen de pression puisqu’il exprime la demande de transparence et de production durable du consommateur. » [4]

L’augmentation des parts de marché du commerce équitable un peu partout en Europe oblige les grandes compagnies à investir dans la production durable ou, à tout le moins, à donner une information plus fiable sur les conditions de production des produits qu’ils vendent.

Au-delà de cet intérêt purement mercantile, il est important de faire changer les entreprises en profondeur. Les consommateurs par leurs achats répétés de produits du commerce équitable font donc pression sur les grands groupes multinationaux afin qu’ils s’engagent au moins à faire du commerce éthique, c’est à dire à respecter les règles élémentaires définies par l’Organisation Internationale du travail (OIT) : interdiction du travail forcé, de l’exploitation des enfants, respect de la liberté syndicale, suppression des discriminations entre individus d’origines, de sexes et de religions différentes.

Cependant la multiplication des labels maison et des codes de conduite internes risque de confondre les consommateurs. L’engagement des entreprises sur des critères de commerce équitable ou éthique n’a de sens que si elles acceptent des contrôles indépendants. Le FLO (International Fair Trade Labelling Organisation) travaille en ce sens pour la mise en place d’un label international du commerce équitable.


[1Source : Banque mondiale

[3Nico Roozen, Frans van der Hoff. 2002. L’aventure du commerce équitable. Une alternative à la mondialisation par les fondateurs de Max Havelaar. JC Lattès.

[4Nico Roozen, Frans van der Hoff. 2002. L’aventure du commerce équitable. Une alternative à la mondialisation par les fondateurs de Max Havelaar. JC Lattès.