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7 janvier 2004 | Imprimer cette page

DES REFUGIES POLITIQUES, DES REFUGIES ECONOMIQUES, BIENTOT DES REFUGIES "ECOLOGIQUES"

par Danielle Beaugendre

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Funafuti, capitale de Tuvalu
Vu de l’espace, l’atoll principal de Tuvalu.

Tuvalu ? Un Etat composé de neuf atolls [1], semés dans l’immensité du Pacifique. [2] C’est à la fois l’un des plus grands états du Pacifique, car sa superficie maritime recouvre 3,5 millions de km2, [3] et l’un des plus petits états du monde : 26 km2 seulement de terre ferme.
En 2001, le gouvernement de Tuvalu, dont l’effectif de population (11 000 habitants) a dores et déjà atteint un seuil critique, a annoncé que les îles, dont le point "culminant" est de…. 5 mètres au dessus du niveau de la mer, seront submergées, et devront être évacuées dans deux décennies. Consécutive au réchauffement de la planète, la fonte actuelle des calottes glaciaires transforme cette probabilité en certitude.
La Nouvelle Zélande a accepté de recevoir un contingent annuel d’évacués, alors que l’Australie a refusé les demandes. Vraisemblablement en raison de son rejet du protocole de Kyoto.

- Le protocole de Kyoto : quelles propositions ?

Ce traité international fut signé en décembre 1997, au Japon, dans le cadre de négociations au sein de l’ONU, par 180 nations environ. Il vise à enrayer le réchauffement planétaire. A quoi s’engagent les pays signataires ?

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Soleil couchant et fumées d’usines

38 pays industrialisés s’engagent à réduire leurs émissions des six gaz à effet de serre accusés de provoquer un réchauffement global. Le protocole de Kyoto stipule qu’entre 2008 et 2012, ces émissions devront baisser jusqu’à un niveau moyen inférieur de 5,2% à ce qu’il était en 1990.

Il fixe des objectifs de réduction variables selon les pays : -8% pour l’Union européenne, -7% pour les USA, -6% pour le Japon et le Canada. Pour parvenir à ces taux, ces pays devront développer des énergies renouvelables et nucléaires, promouvoir les économies d’énergie, ou encore remplacer le charbon par le gaz naturel, (moins émetteur de gaz à effet de serre). Les pays en développement ne sont pour l’instant tenus à aucune réduction.

- Qu’est-ce donc que l’effet de serre ?

C’est un phénomène naturel sans lequel la vie sur terre serait impossible.

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L’effet de serre

L’atmosphère terrestre, cette mince couche d’air qui entoure la terre, se conduit un peu comme la vitre d’une serre. Elle laisse passer et circuler la chaleur du soleil, lui permettant ainsi de réchauffer les mers, les terres et les airs, et l’emprisonne grâce à certains gaz. Heureusement, car la nuit, la Terre rayonne : elle renvoie dans l’espace, sous forme d’infrarouges, la chaleur capturée le jour. Sans ces gaz, dits "à effet de serre", c’est la totalité du rayonnement nocturne de la terre, et non une partie, qui serait restituée à l’espace.

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L’effet de serre
Sans lui, notre planète serait inhabitable.

Les gaz à effet de serre sont donc un "piège" à infrarouges, et assurent à la Terre une température moyenne de +15°C. En leur absence, notre climat aurait été bien différent et très inhospitalier, très chaud dans la zone intertropicale, glacial au delà.

- Quels sont-ils ?

Ils sont présents naturellement en infime quantité dans l’atmosphère : moins de 1%. [4] Le principal est le dioxyde de carbone (CO2), mais aussi le méthane, ou gaz naturel (CH4), la vapeur d’eau (H2O), toute entière contenue dans les 5 premiers kilomètres de la couche atmosphérique, génératrice des nuages et du cycle de l’eau, l’ozone (O3) qui absorbe les ultra-violets nocifs, mais aussi l’oxyde nitreux (NO2) et les fluorocarbones. Tous, sauf les derniers, sont présents en quantité fixe, mais l’activité humaine en a augmenté la concentration.

- Quand l’équilibre naturel se rompt-il ?

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La déforestation
Autre cause de l’effet de serre.

L’utilisation massive des sources d’énergie fossiles accompagne l’industrialisation de l’Europe occidentale et de Amérique du nord au XIXème siècle. Depuis 1850, les teneurs atmosphériques en CO2 et en méthane ont augmenté respectivement de 30 et de 145%. Le CO2 est libéré lors de la combustion des énergies fossiles (une tonne de charbon brûlé laisse échapper 3,7 tonnes de CO2) et le méthane, libéré par la végétation fermentée ou brûlée en l’absence d’oxygène (rizières, décharges publiques, ruminants, déforestation).

- Nous subissons donc actuellement les effets de la transformation des modes de vie aux XIXème et XXème siècles

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Urbanisation et effet de serre

Si dans un premier temps l’utilisation du charbon en tant que source d’énergie majeure dans l’industrie a grandement contribué à accroître la teneur en CO2 de l’atmosphère, c’est, depuis 50 ans, le pétrole et l’automobile qui en sont les principaux responsables.
"Quand la Chine s’éveillera", [5], disait-on au siècle dernier. L’indicatif futur n’est plus de mise ! La Chine s’est éveillée, et tout va très vite. De quel droit pourrait-on lui interdire ainsi qu’à l’Inde, soit à elles deux 40% de la population mondiale, de bénéficier des acquis du développement dont ont largement usé les pays industrialisés ?
Cette interrogation fondamentale pour la survie de la planète impose une prise de conscience rapide.

- Il s’agit de sauver la planète !

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Des icebergs géants.

Depuis un siècle, c’est à dire depuis les débuts de la "Révolution industrielle", la température moyenne de la planète a augmenté de 0,6°C. De 2 à 6°C d’ici 2100, c’est l’accroissement prévu par les experts en fonction des différents scénarios. Les risques de sécheresse, de tempêtes, d’érosion, d’inondations devraient s’accroître. Le niveau de la mer pourrait monter jusqu’à 1 mètre à la suite de la dilatation des océans consécutive à la fonte des calottes glaciaires [6]. Des dizaines de milliers de personnes seraient contraintes à la migration, les forêts et les ressources en eau douce seraient menacées, notamment en Europe et en Amérique du Nord. Un stress thermique frapperait aussi bien les humains que la faune et la flore. L’impact de tels bouleversements mettrait à mal les sociétés humaines sans aucune exception.

- Le protocole de Kyoto est dores et déjà dépassé.

Le CO2 est le plus problématique des gaz à effet de serre : il reste 50 à 100 ans actif dans l’atmosphère avant d’être absorbé par l’océan [7]. La réduction de son émission est incontournable. Elle passe par les énergies renouvelables (éolienne, solaire), ou faiblement émettrice comme l’énergie nucléaire qui pose toutefois le dilemme du traitement de ses déchets. L’obligation d’économiser l’énergie ne doit plus être un vœu pieux psalmodié lors des crises pétrolières.

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Kyoto 2003, vu par Plantu

Que de comportements aux échelles mondiale, nationales et individuelles doivent être revus et corrigés ! Le fait que les EU aient refusé (2003) de ratifier le traité de Kyoto n’est guère encourageant. Ils sont responsables du quart des émissions mondiales de CO2 alors qu’ils ne représentent que 4% de la population mondiale..

- Conclusion.

Imaginons que l’Europe, dans un grand élan civique, veuille se substituer aux étatsuniens pour atteindre l’objectif des 5,2% de réduction prévus à Kyoto. Ce n’est pas une réduction de 8% de ses propres émissions qu’elle devrait opérer, mais les diviser par 10 !!! Car bien entendu, les émissions américaines augmenteront vraisemblablement de 30% d’ici à 2012 par rapport à 1990.
La bataille contre le changement climatique est loin d’être gagnée, les lobbys pétroliers n’ont que faire des habitants de Tuvalu.


[1récifs coralliens entourant un lagon

[2Ancien protectorat britannique des Iles Gilbert, Tuvalu est indépendant depuis 1978.

[37 fois la superficie de la France

[4L’atmosphère est composée d’azote, à 78% et d’oxygène à 21%.

[5Alain Peyrefitte (1925-1999) académicien, plusieurs fois ministre du Gal De Gaulle, auteur entre autres de "Quand la Chine s’éveillera, 1973, et de "La Chine s’est éveillée", 1996

[6Il y a 18000 ans, pendant la dernière glaciation, il est descendu 100m au dessous du niveau actuel. Il était à 600m. au dessus il y a 450 millions d’années.

[7Par comparaison, le méthane, ne demeure actif que 12 ans