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18 septembre 2003 | Imprimer cette page

Entretien avec Cheriff Sy

Le site du journal Bendré(Burkina Faso) a été le fruit d’une coopération entre trois associations du terrain. Le Cdsptt a été à l’origine du contact avec le responsable du journal. Aedev a réalisé le site et Africa Computing assure son hébergement.

Le site a été développé sous SPIP à la demande de Cheriff Sy, responsable du journal. Ce dernier n’a suivi aucune formation sur le logiciel et s’est appuyé sur le didacticiel pour apprendre à mettre à jour le site.

Aedev : Le site vous a t il permis d’attirer de nouveaux lecteurs ?

CS : Bien entendu ! mais des lecteurs en ligne pour la plupart. Le parc informatique étant insignifiant ici, pour la plupart ceux qui visitent le site sont à l’extérieur du pays

Aedev : Pensez-vous que le site a permis de dynamiser le débat démocratique dans le pays ?

CS :Vous savez l’utilisation du net n’a rien à voir ici avec ce que nous connaissons en occident. N’oubliez pas que vous avez affaires à des peuples qui ont une tradition orale très très forte. C’est d’ailleurs ce qui fait que les radios privées ont plus d’audience que la presse écrite. Et pire ces radios contribuent inconsciemment à la liquidation de la presse écrite en traduisant littéralement les contenus des journaux dans les langues nationales. Ce qui fait que même les "lettrés" préfèrent ces infos gratuites que d’acheter les journaux.
Reste que pour un site comme le nôtre, nous avons prévu un « forum social » pour échanger avec des alter mondialiste sur des alternatives solidaire et démocratique. Ces échanges seront exploités dans des dossiers spéciaux ou des suppléments dans le journal en papier. On peut donc dire que d’une certaine manière nous participons à la dynamisation du débat démocratique. Bon seulement ça nous le faisons bien avant le site.

Aedev : Les journalistes ont ils changé leur manière de travailler avec l’ouverture du site ?

CS : Pas tellement. Seulement le rédac en chef, qui tient compte de la longueur des textes pour le journal papier (contrainte d’espace) mais ne le fait pas pour le site.

Aedev : Quels sont les problèmes que vous rencontrez dans la gestion du site ?

CS : Pour la gestion intrinsèque pas de problème. Mais là où nous nous posons des questions c’est la maîtrise entière du site. Votre association apporte une aide inestimable certes, mais pour nous autre qui voulons continuer à faire évoluer le site nous somme limité du fait que nous n’avons pas accès au squelette et que m^me pour créer une simple rubrique nous devons faire appel à vous. Cette formule pose un vrai problème. Ce qui fait que passer le premier mois d’immense satisfaction, la déception commence à poindre à l’horizon. Et pour ne rien vous cacher, nous étions entrain de construire lentement notre site quand nous avons découvert par un ami votre association. Aujourd’hui, nous avons repris ce travail pour avoir une maîtrise. Et si justement nous ne passons pas par des professionnels, c’est pour apprendre nous même. AEDEV devra intégrer cette donne : apprendre à pêcher, plutôt que de donner du poisson.

Aedev : Quel est le temps passé pour mettre à jour le site ?

CS : A ce jour, 30 à 40 mn maxi

Aedev : Quel est le coût total de la connexion ?

CS : Au Burkina il faut compter pour une heure de connexion 1200 F CFA soit environ 1,83 euro

Aedev : Pensez-vous qu’Internet n’est qu’un gadget ? . Si oui, pensez-vous que votre journal pourrait se passer demain du site ?

CS : Si c’était un gadget nous ne sérions pas là à faire cet échange. Certes les journaux africains n’y gagnent pas financièrement mais à terme ils sont visible partout dans le monde et mieux ils contournent les humeurs antidémocratiques de certains gouvernants qui ne peuvent pas censurer le net comme ils peuvent le faire avec le papier journal. En ce sens c’est aussi une sécurité pour le journaliste dans nos pays. Enfin qui n’est pas content quand il reçoit des félicitations d’un lecteur d’Australie ? Qui n’est pas content quand des élèves d’une école française vous questionnent sur la presse et vous demande quelques numéros pour une expo ? Qui n’est pas content de recevoir des demandes d’abonnement d’Autriche, des USA, du Canada, du Mali etc.. ? Eh bien nous nous le sommes et c’est notre petite histoire.

Aedev : Quels sont d’après vous les obstacles à l’accès à Internet dans le pays ?

CS : Essentiellement le coût de la connexion et accessoirement l’accès au matos informatique

Aedev : Après la création du site, attendez-vous d’autres actions de la part de notre association ?

CS : Oui, d’abord avoir accès si possible au squelette (*) de notre site si rien ne l’empêche. Ensuite ce ne sont pas les idées ou les projets qui manquent pour un partenariat dynamique ! Mais là, nous préférerons si vous ne voyez pas d’inconvénient à revenir là dessus une prochaine fois.

(*) SPIP : pages Html spécialisées contenant les instructions qui indiquent quelles informations récupérer et comment les agencer (SPIP, Michel Martin, Campus Press)