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30 juin 2003 | Imprimer cette page

Deux doyens des arts guinéens nous ont quittés !...

par Stéphane Siramy

C’est avec peine que je viens d’apprendre le décès de deux grands artistes guinéen qui vous furent présentés dernièrement dans les portraits de la rubrique Images et sons d’Afrique.
Le doyen Vieux Coka de son nom Coka Camara, nous a quittés en ce début d’année.
Il fût le premier régisseur des Ballets Africains de Guinée et les accompagna en 1961 dans leur tournée internationale débutant par la Roumanie et se terminant par une traversée des états-unis en bus après un succès mérité au Carnagie Hall de New-york.
Il avait une connaissance étendue des rythmes, ainsi que des masques et costumes traditionnels du pays.
Les jeunes artistes venaient souvent prendre conseil auprès de lui, afin de réaliser leurs ouvrages se référant aux coutumes de la région.

C’est dans son atelier près du port de pêcheur dans le vieux Conakry, que Coka me reçut entouré de ses oeuvres, il aimait à dire que son bonheur était de se sentir en leur compagnie.
Nous pouvions y trouver des tableaux, des sculptures, des maquettes de villages ou encore des navires à étages rappelant les bateaux à roue qui l’avaient tant impressionné lors de sa traversée du Mississipi.

Mais c’était dans la réalisation des masques initiatiques qu’il excellait.
Coka était connu pour son caractère trempé, n’ayant par peur de dénoncer les souffrances que subissait son peuple, c’est sur ce fait d’ailleurs qu’il quitta les ballets Africains, et à la surprise de tous, le pouvoir ferma les yeux sur les dits d’un homme qui était connu pour son franc-parler.
C’est dans son district de Boulbinet qu’il forma sa troupe « les étoiles authentiques de Boulbinet »
Il recruta des jeunes du quartier, et leur enseigna leurs folklores tombait quelque peu dans l’oubli des diverses influences culturelles.

C’est avec joie et fierté qu’il en apprécia le succès national en 2000 de l’album les étoiles de boulbinet « Wâa mali
 »
http://www.geocities.com/fbessem/fr/afr_boulbinet.html

Musique composée de rythme de la basse côte.
Homme droit vivant pour son art, il m’a transmis au cours de nos entretiens, un profond respect et amour pour son pays.

Cependant, connaissant cet homme et le courage dont il fît preuve tout au court de sa vie, je retiendrais précieusement les paroles sur ce sujet qu’il me confia en réponse à l’une de mes questions.
« Qu’est-ce que le courage ?
Le courage… c’est être sûr de ce que tu as ! »

Le second homme nous ayant quitté plus récemment le 15 juin est Momo wandel soumah.
Plus connu sur la scène internationale que coka qu’il tenait en grand respect. C’est à la même époque de l’indépendance et des grands ensembles artistiques nationaux, qu’il intégra le célèbre orchestre Kélétigui.
Sa carrière prit une nouvelle dimension en 1988 lors des ateliers de jazz organisés par la Direction Nationale de la Culture.

Il forma alors un groupe expérimental composé d’instruments traditionnels et élabora une musique, totalement traditionnelle quant à son mode de fonctionnement mais très libre quant à sa forme. Balafon, kora, bolon (sorte de contrebasse traditionnelle) flûte et percussions furent arrangés de manière très personnelle en s’inspirant de la richesse infinie des musiques Peul, Malinké, Baga, Soussou et des ethnies forestières. Quand le concept fut stabilisé, Wandel enregistra un disque de légende "Matchowé" (Buda - 92653-2) qui reste une référence en la matière. * propos de François Kokelaere dans l’article sur Momo Wandel sur

http://www.percussions.org/forum/viewtopic.php?t=1561

Il a fait ces dernières années une entrée remarquée sur la scène internationale par l’affirmation de son style et le soutien d’artistes français tel le réalisateur Laurent Chevalier.
Ce dernier l’appréciait grandement, et ils travaillèrent ensemble sur de nombreux projets :

Il tourna et composa la musique de l’avant dernier film de Laurent Chevalier "l’enfant noir".
Participa récemment au projet "Circus Baobab" (création d’un cirque africain avec des jeunes de la capitale guinéenne, mélangeant les techniques du cirque comme le jonglage, trapèze, acrobate, clown, aux arts traditionnels du pays tel les percussions, la danse et les contes).

Dessein initié par le même Laurent chevalier dont le dernier film « Circus Baobab » retrace l’histoire.
Pour plus d’informations consultez

http://www.poissonsvolants.com/baobab/

Enfin le dernier album de Wandel « Afro swing » fut dirigé et produit par ce dernier.
Homme Chaleureux aimant toujours à plaisanter, je reprendrai pour terminer cet ultime hommage les mots de François kokelaere.

« La Guinée est aujourd’hui orpheline de l’un de ses plus brillants artistes, d’un de ses créateurs les plus originaux, qui avait su réussir la mutation de sa musique vers un concept ouvert et universel sans pour autant l’altérer et sans tomber dans une nostalgie souvent facile »

Si vous désirez connaître avec précision la vie de momo Wandel. Un article du journaliste guinéen Justin Morel retrace son histoire :

http://www.justinmoreljunior.net/newsroom.htm#DISPARITION

Vous pouvez retrouver sur notre site les portraits de ces deux artistes ainsi, qu’une entrevue inédite de Coka nous contant sa vocation d’artiste.

Bien à vous

Stéphane Siramy

Pour visionner un portrait vidéo inédit de Coka Camara, deux formats vous sont proposés :

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