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17 mai 2003 | Imprimer cette page

L’EAU POUR LA VIE (2) : L’ACCES A L’EAU POTABLE, UNE PRIORITE !

par Danielle Beaugendre


La question du financement a nourri les débats de Kyoto, et ceux du forum alternatif qui s’est tenu parallèlement à Florence les 21 et 22 mars 2003. Existent des solutions techniques : le recyclage des eaux usées, le dessalement de l’eau saumâtre ou salée ; des solutions "à l’ancienne", comme le recueil des eaux de pluie. De toutes façons, l’enchérissement du prix de l’eau est inévitable. Comment l’imposer à des populations déjà très pauvres ? Le secteur privé peut-il renforcer le secteur public ? Autant de questions brûlantes, que le Forum de Kyoto a laissé en suspens.

- L’eau est un vecteur de maladies mortelles très important.

60% de la mortalité infantile dans le monde sont liés à des maladies infectieuses ou parasitaires transportées par l’eau. Il y a les maladies transportées par l’eau sale, telles le choléra, la typhoïde, la poliomyélite, l’hépatite. Par ailleurs, l’eau héberge des parasites, (ténias, ascarides) qui altèrent grandement la santé des usagers. La construction frénétique de barrages sur-dimensionnés favorise indirectement la prolifération des mouches et moustiques, responsables de la maladie du sommeil et du paludisme, dans l’eau stagnante des lacs de retenue.

- Et puis il y a la pollution causée par les activités humaines.

Les pays du Nord ont développé une agriculture productiviste, cautionnée par des subventions, qui les contraint à l’emploi d’engrais et de pesticides. Un exemple : chaque année, 2,5 millions de tonnes d’engrais azotés sont épandues sur les cultures françaises. Une bonne partie se retrouve par infiltration dans les nappes souterraines ou par ruissellement dans les rivières. Qu’il faut impérativement assainir. Ainsi, les Français paient des impôts pour subventionner l’agriculture, et des impôts pour recycler l’eau polluée "grâce" à ces mêmes subventions !


"L’eau me donne la diarrhée. Pourquoi ? Pourrez-vous nous aider à avoir de l’eau potable ? L’eau, ma vie", écrit Luis Armando, 9 ans.

Les pays du Sud ne sont pas exempts de la pollution chimique. C’est de l’école du plus pauvre village du département de Potosi (Bolivie) que viennent ces dessins. L’étain est extrait dans des mines situées à flanc de montagne. Les rivières qui en descendent sont contaminées par les déchets toxiques de l’extraction minière. Ces enfants ne connaissent pas le goût des fruits et légumes, et souffrent de diarrhée chronique. C’est une situation fréquente dans le Tiers Monde où les installations minières sont rudimentaires, rentabilité oblige.
Si en Amérique du nord les eaux usées sont retraitées à 90%, en Europe à 66%, elles ne le sont jamais en Afrique.
"Ce qui est en train de se passer, est une forme de crime contre l’humanité et contre la nature (W. Cosgrove). [1]

- Quel serait le montant des dépenses à engager ?

"La question du financement de l’eau est très nouvelle, elle n’est vraiment posée que depuis 2000" (Michel Camdessus). [2]
Pour installer des adductions d’eau pour plus d’un milliard de personnes, des égouts et des équipements de dépollution pour plus de 2 milliards de personnes, l’effort financier serait de 180 milliards de dollars par an, à comparer avec les 80 milliards aujourd’hui dépensés à cette fin dans le monde. [3]. La problématique de l’eau est plus simple à résoudre dans les campagnes, où il faut irriguer des villages et des bourgs. Pour les grandes métropoles, l’investissement requiert des capitaux sur le long terme, et dont la rentabilité est assez basse.

- Plusieurs voies possibles.

Mobiliser l’épargne locale, augmenter l’aide publique, créer de nouvelles formes de solidarité - les consommateurs des pays riches paieraient un centime supplémentaire le mètre cube d’eau pour financer des actions dans des pays pauvres - enfin faire appel aux capitaux privés.

- Une démarche citoyenne.


L’eau, fontaine de vie (Milder, 10 ans)

Le principe du centime d’euro par m3 est déjà mis en œuvre par 1500 à 2000 organismes en France, qui vont de syndicats des eaux de régions, comme l’Ile de France (4 millions d’habitants) à de petites régies municipales. " Les sommes dégagées varient d’un million d’euros sur un an, pour le Syndicat des eaux d’Ile de France, à 10.000 euros pour certains villages" explique J.M. Grondin, responsable du programme Solidarité Eau, une ONG française. Sept pays sont engagés dans cette action de solidarité : le Royaume Uni, les Pays Bas, l’Italie, le Canada , les EU et la Nelle Zélande par le biais de leurs ONG très actives. Cette initiative a le mérite d’impliquer chacun d’entre nous dans un effort collectif, à notre échelle. Les sommes, pour modestes qu’elles soient au regard des besoins, ont permis de financer des projets de bon sens : forer des puits, installer des points d’eau dans les écoles, former à la maintenance.

- Les grands opérateurs privés internationaux.

Le secteur privé peut-il renforcer le secteur public ? Les grandes multinationales se sont intéressées aux grandes villes du Sud. Elles n’assurent encore le fonctionnement que 5% des réseaux mondiaux de distribution de l’eau, mais leur emprise a connu une forte croissance au cours des 12 dernières années. Elles desserviraient 300 millions d’habitants contre 51 en 1991. Les six plus grandes entreprises internationales [4] géraient en 2002 des réseaux de distribution d’eau potable dans au moins 56 pays, et 2 territoires [5]. Elles ont été fortement encouragées par le FMI et la Banque mondiale, en Argentine, au Ghana, en Tanzanie, aux Philippines par exemple. Mais le coût des réalisations a tellement renchéri le prix de l’eau que les pauvres n’ont pas pu se l’offrir. C’est ainsi que l’Afrique du Sud commence juste à sortir de la pire épidémie de choléra de son histoire, fléau qui a commencé à se répandre il y a deux ans, après que les autorités publiques n’en pouvant mais, aient été sommées par la même Banque mondiale de s’auto-financer ou de privatiser. Elles ont donc coupé l’eau aux mauvais payeurs qui ont repris le chemin des anciens points d’eau, de plus en plus pollués.
Ces derniers temps, échaudées par plusieurs échecs, (le plus retentissant est celui de Buenos Aires), les grandes multinationales de l’eau se montrent très soucieuses de protéger leurs investissements, et donc moins enclines à entreprendre de grands travaux dans les pays pauvres.

- Faire appel aux acteurs privés locaux.

C’est le cheval de bataille de M. Camdessus. Par "acteurs privés locaux", il entend que les Etats acceptent de décentraliser le pouvoir en matière d’eau, que soient soutenues des associations de terrain pour l’entretien des équipements, des associations d’usagers, que se mettent en place des banques régionales de développement pour soutenir le microcrédit. Pour l’ancien directeur du FMI, "il faudra affecter beaucoup d’argent au secteur de l’eau, mais il faudra le faire le plus près possible de ceux qui en ont besoin, et prévoir des relais à cette fin."
C’est, pour lui, et ses arguments sont convaincants, le seul moyen d’améliorer la gouvernance de l’eau, de la rendre équitable, transparente et efficace.

CONCLUSION

Le débat sur la privatisation de l’eau est loin d’être clos. Le Rapport de M.Camdessus a suscité une violente critique des "altemondialistes" réunis à Florence. Ils rejettent toute privatisation, prônent un impôt mondial de solidarité pour financer les infrastructures, et l’eau gratuite pour les plus pauvres. Propositions généreuses mais difficiles à mettre en place : quelle autorité collecterait et répartirait cet impôt ? Le FMI ?
De son côté, le sommet de Kyoto s’est séparé en ayant pris des engagements, certes, mais pas chiffrés ! A quoi bon budgétiser leur mise en place, puisque aucune enveloppe n’a été débloquée ? "La priorité cruciale" qu’est le problème de l’eau devra encore attendre. Elle sera à la "une" du sommet du G8 qui se réunit à Evian en juin prochain.
Ces grands forums jalonnent le cheminement de la communauté mondiale comme autant de pierres pour franchir un gué. Encore doit-elle avancer, sinon elle risque de perdre l’équilibre ...

Une amicale pensée aux enfants de Marcuata, (Potosi, Bolivie), à l’association Eau sans frontières, qui vient d’y mener à bien la construction d’une école, et à Voix Libres, association genevoise.

VOIX LIBRES
Rue des Grottes 28
1201 Genève
Email : voixlibres@bluewin.ch

Pour approfondir : Adresses utiles
From : Paul Paumier [Paul.Paumier@univ-rouen.fr]

Dans le cadre du 3e forum mondial de l’eau (Kyoto, 16-23 mars 2003),
on pourra consulter le site du secrétariat international de l’eau
secrétariat international de l’eau

où sont présentées des études de cas
études de cas

Par exemple en Inde,
Case study : SEWA’s drinking water campaign in Gujarat
A case study in Gujarat
ou
A Case study by the Barefoot College
A case study by the Barefoot College
ou
A Case story by UTTHAN from a village of Gujarat
A case story by UTTHAN from a village of Gujarat

Le site du forum présente le calendrier des conférences...
Le site du forum


[1vice-président du Conseil mondial de l’eau.

[2Ex-directeur du FMI, chargé du rapport effectué par le groupe de travail international sur le financement des infrastructures mondiales d’accès à l’eau. Entretien au Monde.

[3Un autre point de comparaison : ce sont 100 milliards de dollars supplémentaires qu’il faut donc trouver. C’est beaucoup ? Les dépenses militaires mondiales sont de l’ordre de mille milliards….

[4Les trois premières sont françaises : Vivendi Universal, Suez, Bouygues.

[5En 1990, elles n’étaient présentes que dans une dizaine de pays.