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12 avril 2003 | Imprimer cette page

L’empire mandingue

par Stéphane Siramy

L’EPOPEE MANDINGUE

Les Mandingues forment un groupe comprenant trois populations : les Bambara, les Dioula, et les Malinké. Les différences dialectales qui séparent les trois langues sont minimes et l’on pense aujourd’hui que ces populations ont dû parler, antérieurement à l’avènement de l’empire Mandingue, une langue parfaitement homogène.

LES MALINKE

Du Moyen Age au début de l’ère coloniale, ils furent un peuple conquérant, un peuple de guerriers.

Ils comptent aussi, et le demeurent encore de nos jours, parmi les plus grands marchands de l’Afrique de l’ouest. Ils forment un groupe homogène de populations dans la région est de la République de Guinée. Plus dispersées, des minorités importantes vivent aussi au sud du Sénégal, au sud ouest du Mali, et dans le nord ouest de la Côte d’Ivoire.

C’est l’introduction précoce de l’Islam au Mandé, région d’origine des Malinké qui forge la première unité politique. En effet, entre le 11 et 12 siècle, les Keita, s’appuyant sur l’Islam ont rassemblé toutes les chefferies de la région en un grand royaume dans un même ensemble politique le Do, le Kiri, le Bako, le Bure.

Un siècle plus tard, à la fin du 12 siècle, l’Afrique noire (occidentale) connaît un essor politique, économique et culturel sans précédent. Le Mansa "chef suprême" Dankara Tuman assiste à l’essor du Sosso.

Soumaoro Kanté

L’immense empire du Ghana vient de s’écrouler. Le royaume Sosso semble le mieux placé pour lui succéder et exercer son hégémonie sur toute cette région occidentale de l’Afrique, à sa tête Soumaoro Kanté.

La capitale du royaume Sosso aurait été située vers Koulikoro (au nord de Bamako).

Soumaoro, Roi du Sosso, est hostile à L’Islam et au trafic d’esclaves. Il est un redoutable guerrier, réputé invulnérable, inventeur hors pair, mais aussi roi-sorcier doué d’une puissance surnaturelle. La terreur qu’il inspirait était telle que "les anciens n’osaient plus siéger pour la palabre, de peur que le vent ne porte leur parole jusqu’au Roi", on lui attribue aussi l’invention du balafon, le Sosso-Bala.

Après avoir soumis les provinces Soninke, Sumaoro attaque le Mandé qui lui oppose une farouche résistance

Mansa Dankara Tuman préfère composer avec le roi Sosso à qui il donne en mariage sa sœur Nana Triban. Mais devant les exactions de Soumaoro, les gens du Mande exhortèrent leur roi à reprendre la lutte. Ce dernier préféra se réfugier dans le sud où il fonda la ville de Kissidougou (la ville du salut).

Sunjata Keita

C’est alors que les insurgés firent appel à son frère Sunjata Keita.

Sunjata eut une enfance pénible d’handicapé invalide des jambes.

Sa mère fut la risée de ses co-épouses, et pourtant on raconte que : "un jour sa mère alla quémander les feuilles de Baobab à une coépouse afin d’accommoder une sauce. Celle-ci, avec l’hostilité qui caractérise les rapports entre coépouses, lui répondit que cueillir des feuilles de baobab est le genre de tâche qu’un fils doit accomplir pour sa mère ; et que, puisqu’elle avait un fils, elle devait aller s’adresser à celui-ci. Mais l’enfant de la mère ainsi humiliée était paralysé des membres inférieurs. Cependant lorsqu’il apprit la cause du chagrin de sa mère, il fut pris d’une telle colère, qu’il se dressa sur ses pieds, et alla arracher un arbre entier qu’il vint déposer devant la porte de la case maternelle."

Une autre légende nous conte la fin de son handicap.

"Excédé par les outrages perpétuels du roi du Sosso, Sunjata décide de se lever pour libérer sa patrie. Il s’appuie sur des barres en fer qui se brisent sous son poids. Il essaie une dernière fois de se redresser en utilisant l’ancien sceptre de son père. L’insigne royale résiste et le maintient debout. Le jeune roi du Mali, fort de son nouveau destin est alors prêt à affronter les foudres du puissant Soumaoro."

Sunjata devint le chef de son groupe d’âge

Il suscita alors la persécution de son frère Dankaran Tuman. Il décida de s’exiler et cette fuite dura de longues années qui le menèrent au Ghana (au nord ouest de Bamako, ancienne capitale de l’empire du même nom) puis à Néma.

Le Roi de Néma qui appréciait sa bravoure lui donna un contingent. Son retour suscita un enthousiasme populaire chez les Malinké. Des chefs de guerre qui avaient été des compagnons d’âge de Sunjata étaient déjà prêts. Ils scellèrent l’union sacrée avec Sunjata dans la plaine de Sibi.

Sur la rive droite du Niger la rébellion contre Sumaoro Kante était dirigé par Mansa Kara Noro, ces soldats étaient bardés de fer, seule la valeur et la ruse de Fakoli, chef militaire de Soumaoro en vint à bout.

Mais au cours des festivités célébrant sa victoire, Sumaoro se permit de détourner l’épouse de Fakoli.. Ce dernier, indigné, traversa le Niger avec son armée pour se joindre aux alliés concentrés à Sibi.. Soumaoro malgré cette adversité, passa à l’attaque, et après deux rencontres incertaines, le choc décisif eut lieu à Kirina.

Sunjata était confiant car sa sœur, Nana Triban, naguère mariée de force à Soumaoro, s’était enfuie avec l’aide du griot de ce dernier, Bala Faseke Kwaté, apportant avec elle le secret du totem (tana) de son ex-mari : l’ergot d’un coq blanc.

Soumaoro allait donc à la bataille avec un handicap psychologique grave. Sa déroute fût totale selon certaines légendes L’ergot fatale toucha Soumaoro qui, se transformant en tourbillon disparut magiquement.

Sunjata le poursuivit sans l’atteindre jusqu’à Kolikoro, qui fût enlevée. Peu après, Sosso était rasée.

La victoire de Kirina ne fut pas un simple combat heureux. Elle scellait l’alliance des clans rassemblés à Sibi, assurait au Mali l’héritage de l’empire du Ghana dans le soudan Occidental, enfin elle ouvrait la voie à l’expansion de l’Islam vers le sud.

Sunjata fonda la capitale de son nouvelle Empire à Niama (voir la première carte), loin de la capitale d’origine des Keita Kangaba. Il était plus sécurisant pour Sunjata de s’installer loin de ses parents directs, en effet on se rappelle les querelles avec Dankara Tounan son frère aîné. C’est dans cette région élargie au Amana que se retirèrent les Keita après la décadence de l’empire dont ils représentaient la dynastie.

Un lien pour ceux qui souhaitent avoir des compléments :
http://www.mande.net/histoire/dtniane/sunjata/tdm.html