Accueil : Femmes, Internet et développement durable : Femmes et développement durable :

14 décembre 2002 | Imprimer cette page

Planification familiale et contraception dans les pays en développement : état des lieux

par Nathalie Leménager

L’émancipation des femmes, enjeu majeur du développement socio-économique des pays pauvres, passe nécessairement par la maîtrise de leur fécondité à travers le développement de services de planification familiale et l’augmentation du recours aux méthodes contraceptives.

Les progrès encourageants...

Selon une carte publiée récemment par la Division de la Population de l’ONU, les progrès sont à cet égard encourageants. Au total, 62% des femmes mariées, ou vivant en union libre, en âge de procréer, soit 650 millions sur plus d’un milliard de femmes, utilisent des contraceptifs. Dans les régions les plus développées, 70% des femmes mariées utilisent un moyen de contraception, tandis que dans les régions les moins développées, 60% y ont recours. En Afrique, seulement 25% en utilisent, alors qu’en Asie, en Amérique latine et dans les Caraïbes, la prévalence est sensiblement élevée, respectivement de 66% et de 69%.

Des progrès ont donc été accomplis depuis la Conférence du Caire au cours de laquelle un ambitieux Programme d’action sur 20 ans a été adopté. Ce programme vise à assurer "l’accès universel à la santé sexuelle et reproductive d’ici 2015", la démographie et le développement socio-économique devant désormais être envisagés en relation avec le statut des femmes. Les objectifs de la conférence du Caire ont été confirmés lors de la Conférence mondiale sur la femme de Pékin (CIPD). La CIPD avait reconnu le principe du droit des femmes à maîtriser leur corps, mais c’était au nom de la protection de leur santé. A Pékin, pour la première fois, dans un texte international, est reconnu formellement le droit des femmes à une sexualité indépendante de la reproduction.

... ne masquent pas les difficultés qui subsistent

Pourtant, les organisations intervenant dans le domaine de la santé des femmes soulignent les difficultés rencontrées.

Les problèmes de financement risquent de s’aggraver dans les années qui viennent, avec le retrait des Etats-Unis. En effet, le 22 janvier 2001, le président George W. Bush a rétablit le "Global Gag Rule" (règle du baillon mondial) à l’endroit du programme de population de l’Agence américaine pour le développement international (U.S. Agency for International Development - USAID). Cette politique interdit à toutes les ONG étrangères qui reçoivent de l’USAID une assistance en matière de planification familiale d’utiliser leurs propres fonds, d’origine non américaine, pour fournir des services d’avortements légaux, de faire pression auprès de leurs gouvernements pour réformer des lois sur l’avortement ou même d’offrir des conseils ou des recommandations exactes sur l’avortement [1].

Au mois de novembre dernier, le gouvernement Bush a d’ailleurs confirmé son action contre la planification familiale et les droits des femmes en annonçant que les Etats-Unis ne participeraient pas au financement du FNUAP (Fonds des Nations Unies pour la Population) en 2002 [2].

Lors de la dernière session de la Commission de la population et du développement, en avril 2002, Mme Thoraya Ahmed Obaid, Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), a attiré l’attention des membres de la Commission sur de nombreux retards : ainsi, 120 millions de femmes dans le monde n’ont pas accès aux services de planification familiale, et aujourd’hui encore, 52 millions de femmes en Asie, en Afrique et en Amérique latine mettent au monde leur enfant seules sans la présence d’une sage-femme, d’une infirmière ou d’un médecin. C’est le manque de ressources financières adéquates qui constitue l’obstacle majeur de la mise en oeuvre du Programme d’action du Caire [3].

Pour approfondir

Sur la contraception :

- L’utilisation de contraceptifs dans le monde en 2001 : Augmentation sensible de l’emploi des contraceptifs dans les années 90, Chronique ONU, 2002, vol. XXXIX, n° 3.
- Consulter également la carte et les tableaux statistiques.

Sur les programmes internationaux :

- Programme d’action de la Conférence internationale sur la Population et le Développement (CIPD), le Caire, 1994. (Le chapitre 7 aborde les droits en matière de santé et de reproduction et la planification familiale).
- Programme d’action de la Quatrième Conférence mondiale des Nations Unies sur la femme, Pékin, 1995.

Ces deux programmes font l’objet d’une évaluation quinquennale :

- En juin 1999, une session spéciale de l’Assemblée des Nations Unies évalue les progrès réalisés dans la mise en œuvre de ce programme et formule des stratégies pour en poursuivre l’application : ICPD+5 (en anglais).
- En juin 2000, une session spéciale de l’Assemblée générale des Nations Unies se tient en vue d’examiner la mise en œuvre du programme d’action adopté à Pékin : « Femmes 2000 : Egalité entre les sexes, développement et paix pour le 21ème siècle ».

Sur les difficultés rencontrées :

- Les ONG évaluent les progrès réalisés mais constatent que la route est encore longue, Le Caire+5, Mars/Avril 1999, n° 8.
- Les donateurs n’ont pas tenu tous leurs engagements pris au Caire, Le Caire+5, Mars/Avril 1999, n° 8.
- Tendances de la demande de limitation des naissances dans les pays en voie de développement / Charles F. Westoff et Akinrinola Bankole, Perspectives internationales sur le planning familial, 2000, n° spécial, 28-34.
- Produits contraceptifs, est-ce la crise ?, décembre 2000, sur le site de l’IPPF.

Consulter également notre liste de ressources sur planification familiale et contraception.