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5 novembre 2002 | Imprimer cette page

Petite histoire de l’écologie

par Danielle Beaugendre

De la conservation de la nature au développement durable : quand s’est-on soucié pour la première fois de l’environnement ?

On peut remonter à Platon [1]. Dans le Critias, [2] il décrit avec précision le mécanisme qui conduit de l’agriculture à la déforestation et à la désertification. A Rome, puis plus tard dans l’Europe médiévale, les villes se souciaient beaucoup de l’hygiène et des risques d’épidémies. Mais il suffisait de s’éloigner des foyers de pestilence pour que le problème s’efface.
C’est en Europe, au XIXème siècle, époque de la Révolution industrielle, de l’utilisation massive des matières premières énergétiques et minérales, des pays "noirs", des villes tentaculaires, qu’un gros nuage vient obscurcir le ciel serein de la croissance économique : que va devenir la Nature ?

Le souci de conservation de la nature est le père de notre souci contemporain pour l’environnement. Le 1er livre traitant de ce sujet paraît en 1864 : "L’homme et la nature, et la géographie du globe physiquement transformé par l’homme", de G.P Marsh. Cet ouvrage connaîtra plusieurs éditions, et fut partiellement traduit en français par le grand géographe Elisée Reclus.

C’est en 1866, qu’apparaît le terme "écologie". [3]. Il est dû au biologiste allemand Ernst Haeckel, qui la définit en tant que science. Ecologie : science qui étudie les relations des êtres vivants avec leur environnement. [4]

En 1869, La Terre, d’E. Reclus, oppose pour la 1ère fois les civilisations qui détruisent, enlaidissent le milieu, et celles qui au contraire l’embellissent et offrent à l’homme un mieux être .

Le 1er combat "écologique" en Europe fut celui des peintres de l’Ecole de Barbizon, à l’époque des Impressionnistes, qui se mobilisèrent pour défendre le paysage de la forêt de Fontainebleau, menacé par une exploitation trop commerciale. Ils ont gagné, et la forêt aussi, elle est toujours là, soigneusement entretenue il est vrai. [5]

Les Etats Unis sont encore plus novateurs : en 1872 est créé le 1er parc naturel fédéral, Yellowstone. Il s’agit là de préserver la nature à l’état sauvage, le "wilderness ". Vingt ans plus tard, un autre parc voit le jour, Yosemite National Park. En 1892, est fondée, toujours aux EU, la première ONG de défense de le nature, le Sierra Club.

Jusqu’à la 1ère guerre mondiale, un autre souci, prolongement du précédent, se fait jour : le risque d’épuisement des ressources naturelles, au train où vont les prélèvements. Le biologiste, et urbaniste, (l’alliance entre ces deux disciplines est fort intéressante), Patrick Geddes, est l’auteur le plus représentatif de ce courant de pensée qui préfigure la notion de "développement durable".

C’est après la seconde guerre mondiale que l’on reprend le temps, nécessité faisant loi car c’est alors le boom industriel des Trente Glorieuses, de s’intéresser aux problèmes environnementaux. "Le printemps silencieux", de Rachel Carlson, paraît en 1963. Il débouche sur le premier acte législatif défenseur de l’environnement, le Clean Air Act, (Loi sur l’air) américain.

Il faut attendre des catastrophes notoires, bien médiatisées, pour que l’opinion publique prenne conscience des dangers que l’activité humaine fait courir à la nature : les "marées noires" des bateaux pétroliers Amoco Cadiz, Torrey Canyon, Exxon Valdez, dans les années 80, Tchernobyl en 1986. Les chocs pétroliers (1974 et 1980) font réfléchir le monde industrialisé, car ils révèlent autant la gloutonnerie des pays riches que la pauvreté du Tiers Monde.

Enfin, ultime prolongement du souci environnemental : réduire la fracture Nord/Sud par une croissance économique qui ne mette pas en danger l’avenir de la planète et des générations futures. L’expression "sustainable developpement",
 [6] a été utilisée pour la 1ère fois en 1980, lors d’un Congrès de l’Union internationale pour la Conservation de la Nature. Elle a été popularisée en 1987, à travers le rapport de la CEMD (Commission Mondiale sur l’Environnement et le Développement). Une phrase de ce rapport définit le développement durable : "Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent, sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs".

Les étapes décrites ici ne prétendent pas à l’exhaustivité. Bien d’autres noms jalonnent cet itinéraire qui est encore loin d’être abouti. Ces dix dernières années, l’appréhension planétaire des problèmes d’environnement au travers des "sommets" mondiaux tel le sommet de Johannesburg, donne un relief tout particulier à ce qui n’était au départ qu’une démonstration philosophique de ce cher Platon !

Sources : Deux articles parus dans la revue Economie et Humanisme, n°360, mars 2002 : "L’émergence des problèmes d’environnement" (D.B), "Humain parce que durable" (P. Blanchet).


[1Platon, philosophe athénien, v. 427- v. 348-347, fondateur d’une école, l’Académie

[2l’un des Dialogues de Platon, il en a écrit une trentaine.

[3du grec Oïkos=maison et Logos=science

[4Le Petit Larousse illustré

[5Le village de Barbizon a,lui, beaucoup perdu en authenticité !

[6traduite par la suite par "développement soutenable", puis par "développement durable"