Accueil : Télécentres et cybercafé :

21 octobre 2002 | Imprimer cette page

"Ici, l’Internet est le moyen de communication le plus sûr."

Emery Simbagoye gère le cybercafé ALCALYY PALA Network, situé dans le centre ville de Bujumbura, capitale du Burundi.

Quel parcours vous a amené à créer le télécentre ALCALYY PALA-Network ?
Après avoir obtenu le grade de « Master of Arts » en Relations Internationales à Kiev (UKRAINE) en 1993, j’ai travaillé pendant 4 ans au sein du Ministère des Relations Extérieures et de la Coopération en tant que Conseiller Chargé de l’élaboration, l’exécution, le contrôle du Budget ainsi que du suivi et de l’inspection de l’utilisation des fonds destinés aux services extérieurs (Missions Diplomatiques & Consulaires du Burundi accréditées à l’étranger) – Département de l’Administration, Service "Gestion Financière" - Direction Générale de l’Administration, des Affaires Juridiques et du Contentieux..
Comme je n’arrivais pas à m’y épanouir, mes fonctions n’ayant rien avoir avec mon diplôme, je me suis adressé à Monsieur Michel SIDIBE, Représentant de l’UNICEF au BURUNDI, pour voir dans quelle mesure je pouvais être accepté dans ses services. Un seul problème se posait : aucune connaissance en informatique. Et naturellement, je ne pu être retenu.
C’est depuis cet instant que je me suis promis de commencer à zéro mon apprentissage en informatique. C’est ainsi que tous mes moments libres allaient être consacrés à l’informatique.
Petit à petit vint l’idée d’un télécentre fin 1998. Depuis sa création, en novembre 1998, j’y exerce la fonction de Directeur.

Quelle est la configuration technique du télécentre ?
Nous avons à notre disposition 40 ordinateurs répartis dans 3 salles : un serveur qui commande toutes les autres machines avec comme système d’exploitation Windows XP, Edition Familiale, tandis que le reste des terminaux reliés en réseau est sous différents systèmes d’exploitation dont notamment : Windows 98, 2ème Edition, 2000 Professionnel et XP, Edition Familiale. A cela s’ajoute plus de 30 lecteurs DVD-ROM, un graveur CD-ROM, une vidéo CAMERA, un lecteur DVD-ROM, un scanner Hewlett Packard ScanJet 5200C, 2 imprimantes (HP 840C & HP LaserJet 1100), 30 casques (micros et écouteurs). Concernant les logiciels installés, je vais vous en citer quelques uns : Microsoft Office 97, 2000 Professionnel en français et XP (en englais), Acrobat Reader 5.0, Adobe PhotoDeluxe Entreprise 1.0, iCD CoolBeLa (TM),etc.... Je m’en voudrais de ne pas citer les logiciels habituels de surf sur Internet, Internet Explorer et Netscape Navigator.
Le dispositif est assez impressionnant !

Avez-vous rencontré des problèmes techniques lors de la création ?
Les problèmes techniques, ce n’est pas ce qui manque ! Et dans un pays en guerre comme le Burundi, cela ne risque pas de s’arranger demain.
En effet, nous avons rencontré plusieurs types d’obstacles. Tout d’abord, nous pouvons citer les problèmes de connexion qui sont très fréquents. Nous avons une connexion dite "dial-up", c’est-à-dire via une ligne téléphonique. Le réseau téléphonique n’étant pas parfait, nous avons fréquemment des coupures de plusieurs heures, voire de plusieurs jours ! Nous avons également, comme dans tout pays en guerre, de fréquentes coupures d’électricité, bien que nous soyons implantés en plein centre ville. Cela entraîne des perturbations au niveau fonctionnement des machines et il arrive souvent que nous soyons obligé de formater les ordinateurs et de réinstaller l’ensemble des logiciels : je me souviens à titre illustratif que pendant les trois derniers mois de l’année 1997, il n’y avait plus du tout de connexion dans tout Bujumbura ! Bujumbura était plongé dans le noir. Naturellement, l’on ne peut dans ce cas là prétendre à quoi que ce soit. A cela, il faut ajouter que les fournisseurs d’accès à Internet sont prépayés mais rarement à la hauteur de leur tâche. Il est à signaler enfin le problème de virus dont le plus dévastateur "w32.Sirccam.Worm@mnvirus" infecte notre système et nous sommes sans remède à ce jour. Le formatage reste notre seul voie de recours malgré que le système soit protégé par l’Antivirus Norton 2002.

Où avez-vous trouvé le financement pour monter votre télécentre ?
Le télécentre a été financé de manière exclusivement privée. Il n’a pas été fait appel à un apport extérieur. Et actuellement nous sommes totalement autonomes et ne bénéficions d’aucune subvention.

Combien de personnes travaillent avec vous ?
Nous sommes 10 à temps plus ou moins partiel, étant donné que la presque totalité d’entre-nous sommes étudiants ou lycéens. Ajoutons que nous n’avons pas de personnel formé précisément à la tâche : pas un seul ingénieur ni informaticien de formation mais des personnes comme nous, formés sur le tas. Cela fonctionne cependant plutôt bien, bien que nous ayons à recourir de temps à autre à des agents extérieurs pour combler certaines plages horaires où les étudiants ne sont pas disponibles.

Quelles activités proposent votre télécentre ?
Hormis la connexion à Internet, nous proposons des formations et des points de chute pour messagerie. Nous aimerions devenir également fournisseurs de connexion Internet mais nous ne savons pas comment nous y prendre pour y arriver faute d’informations à cet effet. Au fait, voudriez-vous nous faire parvenir les syllabus relatifs à Word, Excel ainsi qu’Internet pratique, cela aiderait énormément ce centre.

Comment se situent vos tarifs par rapport à la concurrence ?
Nous avons les tarifs les plus bas de la capitale avec la minute de connexion à 20 francs burundais. [1]

Quel type de clientèle fréquente votre télécentre ?
Nous recevons toutes catégories de personnes, mais la jeunesse reste prédominante. Les élèves de l’école primaire et secondaire ainsi que l’Université du Burundi fréquentent de plus en plus notre cyber que ce soit au niveau de l’échange de missives ou de la recherche d’informations, l’Internet est pour eux un outil plus rapide et moins cher que les autres. Il devient de plus en plus incontournable. C’est ici le moyen de communication le plus sûr.

Quelles sont leurs principales activités sur Internet ?
A côté de la traditionnelle dactylographie, la messagerie, les jeux en ligne (notamment le billard !), la recherche d’emplois, de stages, de formation, de documentations et le shopping sont naturellement les principales activités sur Internet aussi bien côté clientèle que côté personnel. J’y passe moi-même environ 18 heures par semaine et ne suis pas l’exception à la règle !

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce métier ?
On ne s’ennuie jamais !


[1NDLR : Sur le marché noir, le dollar vaut environ 1.300 francs burundais (Fbu). Un repas moyen équivaut à 500 Fbu et le salaire moyen est de 40.000 à 50.000 Fbu/mois.
Le coût de la vie est d’autant plus cher que le franc burundais a subi une dévaluation de 25% en août.