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Rapport de mission du Sommet Mondial sur l’Emploi des Jeunes

par Eddy Rubakana

Eddy Rubakana, correspondant d’AEDEV au Burundi, a participé au Sommet pour l’Emploi des Jeunes. Il nous en ramène beaucoup d’espoirs, formulés dans la déclaration finale du sommet. Encore faut-il oeuvrer pour que ces bonnes résolutions ne tombent pas dans l’oubli...

CADRE DE MISSION

Le sommet de l’emploi des jeunes a été organisé du 7 au 11 septembre 2002 à Alexandrie en Egypte. Il regroupait les représentants des Gouvernements, des organisations non gouvernementales, les hommes d’affaires et les associations des jeunes.

L’idée du sommet est née du fait qu’actuellement selon les données du FNUAP, il existerait plus d’un milliard de jeunes âgés de 15 à 24 ans dans le monde et d’ici 2010, 700 autres millions, dans les seuls pays en voie de développement entreront sur le marché du travail.

Jamais auparavant, il n’y a eu autant de jeunes dans le monde. Nous vivons à une époque de progrès technologique et de prospérité économique incroyable et pourtant, nous continuons de voir dans le monde un milliard de personnes qui vivent avec moins de 1$ US par jour.

Une grande majorité des gens touchés par ces divers défis sont des jeunes qui ont l’énergie, la volonté et la capacité de construire des forces positives dans leurs communautés et dans le monde. En créant des emplois et des possibilités pour les jeunes, nous apportons des contributions majeures aux autres défis mondiaux tels que la faim et la pauvreté, le VIH/SIDA, la violence et la dégradation de l’environnement.

Le sommet a regroupé près de 2000 leaders venant du monde entier et s’est concentré sur la création d’un cadre d’action global pour assurer que, d’ici à 2012, 500 millions des jeunes disposeront de moyens de subsistance productifs et durables.

OBJECTIFS DU SOMMET

La mission du Sommet de l’emploi des jeunes était de propager un mouvement de société civile visant à stimuler et à inspirer l’élaboration de programmes et politiques dans tous les pays, en vue d’assurer que les jeunes de la planète aient accès aux programmes d’éducation et de formation, à des possibilités de développement des habilités, aux ressources et aux crédits dont ils ont besoin pour créer des moyens de subsistance productifs et durables.

Le but déterminant était donc de proposer des activités en collaboration afin d’optimiser la mise en ouvre de nouvelles perspectives d’emploi pour les jeunes qui aboutiront à un développement durable surtout en :
- lançant une campagne d’action d’une décennie pour l’emploi des jeunes ;
- élaboration un guichet unique simple à utiliser comme ressource pour le savoir mondial sur l’empoi des jeunes ;
- galvanisant l’Alliance mondiale pour l’emploi des jeunes ;
- obtenant un engagement au niveau du cadre d’action du sommet par les membres de l’alliance mondiale pour l’emploi des jeunes.

DEROULEMENT DE LA MISSION

Cérémonie d’ouverture

Les cérémonies d’ouverture ont eu lieu dans la salle de conférence de la Bibliothèque d’Alexandrie et ont été successivement marquées par les allocutions du Dr. Ismail Serageldin, Directeur Général de la Bibliothèque d’Alexandrie qui a exprimé sa joie de tenir le Sommet des jeunes sur l’emploi à la Bibliothèque d’Alexandrie, Madame Suzanne Moubarak, Première Dame de la République arabe d’Egypte et Coprésidente du Sommet a souhaité la bienvenue en Egypte et à la Bibliothèque d’Alexandrie à tous les participants. Elle a fait remarquer que ce sommet réunit des milliers de jeunes venant de tous les coins du monde pour réfléchir sur les questions de l’heure qui intéressent la jeunesse et leur a souhaité un bon séjour dans le pays.

Par vidéoconférence, l’honorable William Clinton, ancien Président des Etats-Unis a également souhaité la bienvenue aux participants au Sommet mondial de la jeunesse et un bon séjour dans le pays. Il a exprimé le souhait que le plan d’action qui sera adopté reflète les recommandations des Nations Unies sur l’accès à l’emploi, l’égalité des chances, l’entreprenariat et la création de l’emploi. Il a terminé son allocution en invitant les jeunes à travailler dur pour relever les défis auxquels ils font face aujourd’hui.

Les travaux du Sommet

Les cérémonies d’ouvertures ont été suivies par des exposés qui portaient sur l’engagement du secteur privé dans la création de l’emploi des jeunes, l’état de l’emploi des jeunes dans le monde, la protection de l’environnement comme moyen de création de l’emploi des jeunes présentés respectivement par Monsieur José Maria Figueres, Directeur du Forum Mondial sur L’Economie, Dr. Ismail Serageldin, Directeur Général de la Bibliothèque d’Alexandrie et Dr. Mohamed t. Ashry, Représentant Global Environnement Facility.

Le deuxième jour des travaux a été introduit par un exposé sur la création des réseaux de jeunes pour l’emploi présenté par Monsieur Goran Hultin, Directeur de l’emploi au Bureau International du Travail qui a développé les recommandations tirées des travaux du Secrétariat Général des Nations Unies chargé des Réseaux des politiques sur l’emploi des Jeunes.

L’exposé a été suivi par une séance d’échange d’expériences sur la vie des Réseaux Nationaux sur l’emploi des jeunes du Pakistan, du Honduras, des Philippines, de la Georgie, de l’Afrique du Sud et de la Jamaïque.

A l’issue des échanges, les participants ont suivi des communications sur la promotion de l’emploi des jeunes présentées successivement par Madame Hafsat Abiola, Président de l’Initiative pour la Démocratie de Kudirat en Inde, Monsieur José-Maria Figueres, Directeur du Forum Mondial sur l’économie, Monsieur Faysal Abdel Gadir, Représentant Régional du FNUAP et Monsieur Ruper Maclean, Directeur du Centre International pour l’Enseignement technique à l’UNESCO.

Ils ont particulièrement insisté sur les enjeux et les méthodes de la mise sur pied des programmes d’emploi des jeunes dans les régions après les conflits, la nécessité d’offrir aux jeunes des emplois en réponse à des catastrophes naturelles et la mise sur pied d’emplois des jeunes afin de lutter contre le crime et la violence.

Les thèmes qui ont suivi portaient sur les technologies de l’information et de la communication dans la promotion de l’emploi des jeunes, le développement rural et la promotion d’une culture entrepreneuriale dans la promotion du développement économique et social. Il a été relevé des stratégies pour initier les jeunes aux technologies de l’Information et de la communication, la formation de la main-d’oeuvre et le perfectionnement professionnel, les nouvelles perspectives de travail autonome et l’emploi d’intérêt collectif pour les jeunes.

Concernant le développement rural, les participants ont pu suivre les expériences des organisations des femmes et des jeunes qui travaillent dans le milieu rural développées par l’Association Nationale des Femmes du Nigeria et le Bureau pour le développement des jeunes ruraux de la FAO.

Le thème de la promotion d’une culture entrepreneuriale chez les jeunes a été développé par les représentants du Forum Mondial sur l’Economie, le Groupe International News et l’Université d’Oxford. Il s’agissait de voir comment encourager et supporter les jeunes dans la création d’emploi décent, ce qui implique le changement d’attitudes y afférentes et de perceptions des personnes de tous les âges.

Le forum ministériel

C’est le mardi 10 septembre 2002 que Monsieur Aly E. Halal, Ministre de la jeunesse de la République arabe d’Egypte a procédé à l’ouverture du Forum ministériel. L’allocution de clôture a été suivie par la présentation du cadre d’action faite par Monsieur Ismaïl Serageldin, Directeur Général de la Bibliothèque d’Alexandrie qui dans son intervention a montré l’importance démographique de la jeunesse âgée de 15 à 24 ans et estimée à plus d’un milliard aujourd’hui et les dangers que cette jeunesse présente si elle n’est pas efficacement encadrée.

L’exposé sur le cadre d’action du sommet a porté sur une attention particulière. Les jeunes défavorisés et s’est concentrée sur les principaux thèmes de politiques globales et gouvernementales qui favorisent l’emploi et les moyens de subsistance de jeunes et les stratégies susceptibles d’encourager le travail indépendant des jeunes et l’esprit d’entreprise.

Le développement rural et le développement durable

L’analyse des tendances démographiques a permis de constater que la population mondiale s’accroît à raison de 1,2% par année entre 2000 et 2005. Toutefois, on constate d’importantes différences interrégionales si cette croissance est répartie en fonction de l’état de développement des pays. Ainsi, la population des pays les moins avancés s’accroît plus rapidement que celle des pays développés.

Dans les pays en développement, le secteur de l’agriculture offre un moyen de subsistance direct ou indirect à une importante partie de la population, mais, dans la plupart des cas, les possibilités d’élargissement des terres arabes sont des plus limitées. Ainsi, le secteur de l’agriculture n’est certes pas un bon candidat pour ce qui est des possibilités d’emploi.

Le secteur rural non agricole comporte une diversité des activités, on constate qu’il est nécessaire de mettre en oeuvre des approches précises centrées sur le développement de cette source d’emploi en milieu rural par l’amélioration de l’accessibilité des jeunes ruraux au capital et à la formation appropriée.

L’éducation au travail

La nouvelle vision pour l’éducation consiste en une approche globale qui permettra à toute personne d’améliorer sa façon d’apprendre, de travailler et de vivre. Il a été proposé de voir comment mettre en ouvre un modèle d’éducation en élaborant des normes qui établissent des directives internationales qui peuvent être adaptées aux conditions existant à l’échelle régionale, nationale ou locale.

La technologie de l’information et des communications

Les exemples des meilleures pratiques quant à l’utilisation des technologies de l’information et de la communication pour créer l’emploi des jeunes ont démontré que la technologie est un outil qui peut s’appliquer de diverses façons. Le défi pour chaque pays et pour les différents groupes socio-économiques à l’intérieur d’un pays consiste à travailler de la façon la plus efficace possible dans leur utilisation. Toutefois, il reste encore beaucoup à faire pour créer un contenu pertinent dans les langues locales pouvant être utilisé par les nombreux jeunes déscolarisés et non scolarisés comme c’est le cas pour notre pays.

Entrepreneuriat et nouveaux débouchés

Très peu de programmes de promotion de l’entrepreneuriat pour les jeunes existent dans les pays en voie de développement alors que l’entrepreneuriat chez les jeunes contribue à la création d’un emploi pour le jeune propriétaire et la promotion de l’innovation et de la résilience, car il encourage les jeunes à trouver de nouvelles solutions, de nouvelles idées et de nouveaux moyens de faire les choses en apprenant par l’expérience.

L’élaboration des politiques nationales pour les jeunes est un des moyens pour établir des buts et des objectifs comme le rôle des jeunes, hommes et femmes, dans le développement national et la responsabilité sociale ; la facilitation d’une réponse coordonnée au développement des jeunes ; le développement de familles et de communautés offrant un appui ; la réalisation de la justice sociale ; la promotion de modes de vie seins et du bien-être personnel ; la promotion d’une perspective positive face aux enjeux mondiaux et à la compréhension internationale ; le développement d’attitudes positives.

Résultats des travaux

Les travaux en groupe ont été suivis par une plénière ministérielle qui a conclu sur la déclaration d’Alexandrie qui reconnaissant que l’atteinte des objectifs de création des opportunités d’emploi des Jeunes requiert la contribution de tous les acteurs oeuvrant dans tous les secteurs comme celui de la paix, des affaires, du transfert des technologies, de l’éradication de la pauvreté, etc.

Les gouvernements qui ont une responsabilité spéciale dans la création de l’emploi des jeunes doivent en faire une priorité, tout en reconnaissant que la contribution des autres secteurs de la vie nationale reste importante pour faire des jeunes les principaux artisans de leur vie future.

Les participants se sont donc engagés à fournir de vigoureux efforts pour soutenir les initiatives liées à la préparation des jeunes à l’emploi, à la création d’emploi, à l’équité, à la promotion de l’esprit d’entreprise chez les jeunes, d’un environnement favorable et l’auto-emploi.

Quelques thèmes échangés

- Emploi des jeunes dans les pays en conflit
- Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique
- « NEPAD » et développement durable.
- Emploi des jeunes et sida
- Rôles du secteur privé dans la promotion de l’emploi des jeunes
- Education pour le travail
- La protection de l’environnement : Opportunités de l’emploi des jeunes.
- Nouvelles technologies d’information et de communication et perspectives d’emploi
- etc....

IMPRESSIONS PERSONNELLES

En général, je me réjouis de l’accueil qui m’a été réservé et serait enchanté de participer à pareilles rencontres dans la mesure où les travaux ont été animés par un esprit de solidarité et de convivialité. Pendant 5 jours, plus de 1800 jeunes venus des 4 coins du monde, étaient réunis pour discuter ensemble sur les problèmes actuels sur l’emploi dans l’optique d’aider les jeunes pour affronter tous les défis du présent et de l’avenir. Cinq continents du monde ont formulé leurs perspectives après de longs jours et nuits de discussion. Ils ont également pu se rendre compte qu’il est possible de définir une perspective commune derrière laquelle tout le monde se reconnaît. La rencontre d’Alexandrie en Egypte a été pour moi une occasion de plus de faire connaissance avec des jeunes d’autres pays, de tisser des liens durables et sincères, d’apporter ma modeste contribution à la recherche des solutions aux problèmes de jeunesse et surtout de constater que sous tous les cieux, les jeunes sont confrontés aux mêmes difficultés à quelques nuance près.

Dans l’ensemble, j’ai été satisfait des conditions d’accueil du sommet et particulièrement des conclusions de travaux qui ont dans une large mesure pris en compte des problèmes spécifiques à la jeunesse. Mais mon inquiétude reste que cette rencontre risque d’être une de plus sans suite concrète surtout pour les participants des pays africains où les jeunes ont de sérieux problèmes à s’affirmer.

Enfin, le document final que nous avons produit ensemble est en effet valable à plusieurs égards selon moi. C’est surtout le fait qu’il risque de sombrer dans l’oubli qui me rend perplexe.