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21 octobre 2001 | Imprimer cette page

Interview de Denis Rakotonoera, Président d’AEDEV

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Bonjour Denis, Peux tu te présenter aux internautes de Sobika.

Je suis arrivé en France en 1973. Etudes de Sciences Eco. à Paris I et Informatique à Dauphine. Puis j’ai travaillé comme chef de projet informatique, responsable de production bancaire, maître d’ouvrage informatique dans différentes entreprises. Un engagement marqué dans la vie associative : création de l’association Rencontre télématique Nord-Sud en 1983 dont l’objectif était de faire connaître les peuples et les cultures des pays du Tiers-Monde, direction de l’association Sida Solidarité à l’Ile de la Réunion 1995 et responsable des systèmes d’information de l’ONG Planet Finance en 2000 et plus récemment fondation de l’association e-développement avec des amis et des membres de la famille. La rencontre avec Jean-Luc Delacour, président de l’Association Internet Solidaire a été décisive. Jean-Luc est maintenant le webmaster de notre site www.aedev.org.

Tu as fondé une association contre la fracture numérique en Afrique. Pourrais tu nous dire en quoi consiste - t elle ?

L’Afrique ne compte que 0,4% des internautes dans le monde dont la moitié vit en Afrique du Sud. Ce taux reflète la marginalisation de l’économie africaine. L’idée que l’Afrique ne puisse pas profiter du progrès technologiques paraît inconcevable. Nous avons décidé d’apporter notre contribution, aussi modeste soit elle, car nous sommes persuadés qu’il n’y a pas de fatalité. Nous devons cesser de subir pour devenir des acteurs de notre propre destin. Qu’apportons nous ? Nous rendons « visibles » grâce à l’Internet les travaux menés par la société civile de chaque pays. Partout en Afrique il y a des personnes qui prennent des initiatives pour survivre et pour lutter contre la pauvreté. L’occident ne retient souvent que les malheurs qui frappent nos pays mais pas cette volonté de sortir de la misère.Nous créons gratuitement des sites internet pour les structures à but non lucratif afin qu’elles puissent présenter leur organisation, leurs réalisations et leurs projets et rechercher des partenaires. Les membres de chaque association peuvent ainsi participer à la conception de leur site puis ils en assurent la gestion. Pour chaque site créé, il y aura des internautes supplémentaires. Nous cherchons aussi, à leur demande, des informations générales ou médicales sur le Net . Enfin notre site offre des documentations, des modules de formation gratuits.Nous ne faisons pas que du virtuel. Nous mettons en relation les associations et nous faisons rencontrer des personnes qui, sans le Net, n’auraient pas pu se rencontrer. Dans un proche avenir, nous allons récolter des matériels informatiques et des fonds pour financer la création de télécentres et l’accès à l’Internet. La lutte contre la fracture numérique devrait être l’affaire de tout public. Nous faisons appel à la solidarité de tous et nous demandons aux personnes qui disposent de micro-ordinateurs, d’ouvrir leur porte à ceux qui n’en possèdent pas, aux entreprises et à l’administration d’organiser des cours de sensibilisation à l’informatique et à l’Internet aux élèves et, aux personnes qui en ont les moyens, d’offrir des PC ou des livres aux écoles.

Penses tu que les nouvelles technologies sont une vraie chance économique pour les PVD ? Pourquoi ?

Comme Sobika, j’en suis intimement convaincu. Les technologies de l’information et de la communication, les TIC, ne sont pas un luxe. Internet accélère la vitesse de circulation des idées, de l’information, de la connaissance, de l’argent et des marchandises dans le monde. Grâce à ces technologies, pensez qu’à Paris, nombre d’entre nous peuvent suivre, jour après jour, les événements à Madagascar.Les TIC permettent de faire d’énormes gains de productivité et d’aider à la prise de décision. Par exemple, les Etats pourraient, grâce à l’usage de ces technologies, mieux gérer leurs administrations, mieux appréhender les réalités économiques et sociales et rapprocher les citoyens de l’Administration. Pour les entreprises, les TIC les aident à améliorer leur gestion interne et à gagner des parts de marché. Les producteurs peuvent avoir accès directement aux consommateurs et limiter ainsi le pouvoir des intermédiaires.Internet c’est aussi la plus grande bibliothèque du monde et chacun d’entre nous peut apporter sa contribution. J’espère que la culture malgache sera représentée à travers nos poètes, écrivains, musiciens etc. .Dans le domaine de la formation, des milliers de cours gratuits sont accessibles sur le Net dont des cours du MIT ! L’Internet c’est aussi un moyen de rapprocher les êtres humains au delà de la distance qui les sépare. Les TIC ne sont donc pas de gadgets. Elles nous permettent de faire un saut technologique. Plusieurs pays du Sud et Madagascar en est un bon exemple, disposent d’un personnel qualifié et d’une grande aptitude à l’analyse et à la programmation informatique. Nous sommes capables de produire des logiciels de qualité qui répondent aux critères des pays occidentaux.Les TIC pourraient accompagner le développement des secteurs de l’économie. Prenons l’exemple de l’agriculture. L’économie malgache est essentiellement agricole et le pays tire l’essentiel de son revenu de ce secteur. Le taux de natalité est élevé et il faut penser à nourrir la génération actuelle et future. Les pays qui sont respectés sont ceux qui sont capables de nourrir leur population. N’oublions pas que les USA constituent la première puissance agricole mondiale et que la France a tiré sa richesse d’après guerre de son agriculture. Et puis nous avons un rapport particulier avec l’agriculture notamment avec la culture du riz. Ce n’est pas un simple aliment. Le riz prend une part importante dans notre société. J’ai d’ailleurs la certitude que si Madagascar pouvait produire suffisamment de riz pour sa population et en exporter, la confiance reviendra naturellement car nous serons en harmonie avec notre histoire et nos traditions Alors utilisons les TIC pour accroître notre production du riz et pour faciliter sa distribution !

Il est assez rare de voir des Malgaches s’engager dans l’Humanitaire en dehors de Madagascar. D’ou vient cet état d’esprit ?

Je connais de nombreux Malgaches qui militent dans l’humanitaire. Je peux te citer l’association Zaza Malagasy basée à Nantes et dirigée par Mme Jeanine Desneuf-Rampanana qui mène une action admirable. Son association finance de nombreuses écoles à Madagascar et je peux t’assurer que chaque euro versé à cette association arrive à sa destination. Une autre structure, l’association Solidarité Ile Rouge dont la présidente est Mme Olga Bour a sauvé 6 enfants malgaches qui souffraient de graves malformations cardiaques. L’association a pu trouver des médecins, des billets d’avion, passer des accords avec des hôpitaux et avec l’Administration pour que les enfants puissent être opérés en France. L’association e-développement est plutôt une association solidaire qu’humanitaire. Il y a l’idée de partage d’expériences et de compétences. Nous apportons notre appui à des associations qui vont contribuer au développement de la numérisation de leur pays et par là même à la réduction du fossé numérique entre le Nord et le Sud. Nous fonctionnons en mode réseau. Il n’y a pas entre les associations de relation de dépendance ou de pouvoir. Par contre chaque participant profite de l’importance du réseau. Alors d’où vient cet état d’esprit solidaire ? C’est une certaine vision du monde que mon Père m’a inculqué et à laquelle j’ai toujours adhéré. L’économie libérale ne profite qu’à une infime minorité d’individus. Elle déstructure les sociétés et réduit au silence la majorité. Une autre voie existe, celle qui mène vers une société plus solidaire et qui met l’économie au service de l’homme. Le commerce équitable, les fonds éthiques, le mouvement mutualiste, les associations et les ONG prouvent que ce monde solidaire n’est pas une utopie.

Penses tu que l’esprit solidarité existe vraiment chez les Malgaches. N’ y a t il pas plus de paroles que d’actions réelles ?

Je trouve que ta question embarrassante car elle peut conduire à prendre le risque de juger un peuple de près de 15 millions d’habitants !Pour ma part, je dirai que l’esprit solidaire existe bel et bien chez les Malgaches. Bien sûr, la solidarité n’est pas innée chez l’homme elle se travaille et s’entretient. Grâce à une de nos valeurs, le fihavanana, je pense que nous sommes prédisposés à acquérir cet esprit solidaire et à le traduire en acte. Quoiqu’il en soit, c’est à chacun de se regarder devant la glace et d’être responsable de ses actes.

Que t’inspire la situation politique actuelle ?

Je suis très sensible aux événements actuels, et j’espère qu’après cette crise, le pays s’engagera vers la voie du développement durable. Cela passe par le renforcement de l’Etat de droit avec un Etat efficace et responsable au service du peuple, l’accent sur l’éducation, l’encouragement de l’initiative collective, la protection de l’environnement, l’ouverture sans complexe sur le monde. Nous avons tous notre rôle à jouer que nous soyons sur place ou à Paris, à New-York , à Londres ou ailleurs.Le prochain dirigeant devrait saisir les opportunités qu’offrent les nouvelles technologies pour développer le pays. Une agence des nouvelles technologies de l’information et de la communication pourrait être créée. Elle pourrait être financée non pas par les impôts, mais par des partenaires privés, des constructeurs d’ordinateurs et de logiciels étrangers et avec l’aide des gouvernements de pays étrangers et des organisations internationales. On pourrait imaginer que cette agence construise un parc de technologie de l’information où seraient localisées des entreprises de haute technologie, des écoles high tech, des cybercafés. Un mini- Silicom Valley en quelque sorte ! Avec, comme triple objectifs : produire des logiciels pour la clientèle des pays occidentaux, réaliser des outils simples d’emploi, performants et peu chers destinés à tous les secteurs de l’économie et diffuser l’usage des TIC au sein de la société.Il faudrait organiser à une grande échelle des collectes de PC dans les pays riches. L’Etat malgache devrait faciliter l’acheminement des PC vers le pays, les exonérer de droits de douane. Une réflexion est à mener pour baisser de façon drastique le coût de la communication locale. Le Sénégal a pris cette voie car l’Etat a compris que le coût est le principal obstacle à l’accès à l’Internet et donc au développement du pays.

Quels sont les projets de ton association ?

- Multiplier la création de sites internet (au moins 40 cette année),
- Créer une communauté virtuelle entre des médecins des pays du Nord et du Sud. J’invite les médecins malgaches à participer à la mise en place de ce projet qui permettra aux praticiens d’échanger leurs expériences.
- Aider à la création de télécentres au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Burundi et créer notre propre télécentre à Paris.
- Ouvrir de nouvelles rubriques sur notre site concernant le Sida et la promotion de la femme. Nous cherchons des bénévoles qui nous pourraient nous aider à animer ces rubriques
- Participer à la préparation du sommet mondial de Johannesburg sur le développement durable qui aura lieu au mois d’août
- Pour Madagascar, nous cherchons des correspondants qui nous mettront en relation avec des écoles, des associations et des collectivités locales.

Un dernier mot pour nos internautes ?

Sobika.com est une excellente vitrine du dynamisme des Malgaches et il donne envie à l’internaute de "bouger". Etant de la partie, je me rends bien compte du travail que vous faites. Je souhaite longue vie à Sobika.