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21 juin 2001 | Imprimer cette page

Interview de Denis Rakotonoera, Président d’AEDEV

Comment vous est venue l’idée de créer cette association ?

L’idée que la technologie puisse contribuer au développement des pays du Sud a toujours été présente dans mon esprit. En France au début des années 80, nous avons créé avec quelques amis et membres de la famille l’association Rencontre télématique Nord/Sud (RTNS). Notre but était de faire connaître les peuples et les cultures des pays du Sud. Nous avons misé sur l’utilisation du Minitel. Malheureusement cette technologie n’a pas décollé de l’hexagone et nous avons dû dissoudre l’association après deux ans d’activité. J’ai suivi de près l’arrivée de l’internet en France.

En 2000, quand mon employeur a offert à ses cadres la possibilité de prendre un congé solidaire j’ai demandé mon affectation , au sein de l’ONG Planet Finance. Celle-ci utilise internet pour développer la micro-finance dans le monde. Pendant une année, j’ai pu vérifier la maturité et la portée de l’outil. Le président de l’ONG, Jacques Attali, ne s’ y est pas trompé. Internet est l’outil de communication par excellence. Hélas, l’ Afrique ne compte que 0,40% des internautes. Au fossé économique vient donc s’ajouter le fossé numérique.

L’idée que l’Afrique ne puisse pas profiter de la technologie internet donc du progrès technique nous semble inconcevable. Internet offre des opportunités aux pays du Sud pour agir dans les domaines de l’éducation, de la santé, du commerce équitable, la gestion des administrations mais également aussi dans la vie politique grâce à l’e-democratie.
Avec des amis et des membres de la famille, nous avons décidé d’ apporter notre contribution à la numérisation de l’Afrique en choisissant d’appuyer et de mettre en lumière les initiatives menées par la société civile. L’association e-développement (Aedev) a été créée en septembre 2001.

Quelles sont les principales actions qu’elle entreprend ?

Nous entreprenons des actions qui ont pour but d’encourager l’usage des technologies de l’information et de la communication dans les pays du Sud et de mettre ces TIC au service du développement durable.
Nous offrons des services gratuits aux structures à but non lucratif : Par exemple, la création et le réferencement de sites internet, la recherche d’informations générales et d’informations médicales, la recherche de modules de formation gratuite, une base de liens avec des sites traitant de l’internet et du développement durable...Nous allons également étudier la possibilité de récolter des matériels et logiciels pour équiper les écoles, de constituer un fond pour accéder à internet et pour financer des études en informatique.

Quels sont les principaux secteurs auxquels vous apportez votre soutien en Afrique ?

Les structures à but non lucratives qui oeuvrent pour le développement durable en règle général. Le champ est large, il peut s’agir d’une structure intervenant dans le monde de l’ internet, de l’éducation, de l’agriculture, de l’environnement, du tourisme alternatif, de l’insertion de la femme dans la vie économique ou dans la lutte contre le sida.

Pourrez-vous nous faire part de quelques projets qui ont pu voir le jour avec le concours de l’AEDEV ?

Nous sommes une jeune association, puisque nous n’existons réellement que depuis septembre 2001. Il est important de souligner que notre association est essentiellement tournée vers l’action. Ainsi nous avons réussi en 5 mois à peine, à créer une dizaine de sites et autant de sites en construction.
A titre d’exemple, prenons le site de COJEDE (Coopérative des Jeunes pour un développement Endogène) au Benin.
Grâce à son site internet, les activités de COJEDE peuvent être connues par tout internaute du monde entier. Le site est vu par les membres de l’association et de leurs entourages. La création d’un site augmente le nombre d’internautes et déclenche une nouvelle dynamique en faveur de l’usage de l’internet. COJEDE est devenue par ailleurs un porteur de projet de création d’un télécentre.

A côté des sites associatifs, nous avons conçu un site professionnel celui de l’association Tourisme et Développement Solidaire (TDS). Le site internet permet à l’association de présenter ses actions au Burkina Faso. Elles sont d’ailleurs exemplaires car elles s’insèrent dans le cadre d’ une véritable dynamique de développement. TDS propose à travers ce site des séjours dans des villages burkunabé. Nous comptons travailler avec des structures intervenant dans le tourisme solidaire car nous sommes convaincus que ce type de tourisme est respectueux des peuples et de l’environnement.

On sait que le taux d’équipement en informatique reste l’un des grands problèmes. Comment faites-vous pour contourner cet obstacle ?

Il y a plusieurs possibilités. D’abord, nous comptons sur la solidarité. Ceux qui ont la chance de disposer d’un PC pourraient prêter quelques heures de connexion à internet à ceux qui en sont démunis. Ca peut prêter à sourire mais c’est un geste simple ! De même les entreprises, l’administration pourraient initier les enfants du personnel à l’usage de l’internet et de l’informatique et offrir les PC amortis aux écoles.Nous encourageons la création de télécentres. Nous sommes en train de mettre au point une méthodologie de création de télécentre qui pourrait aider l’initiateur d’un projet. Enfin, nous étudions la possibilité de récupérer des PC dans les pays du Nord pour équiper des écoles, hôpitaux ou collectivités locales.

Pendant longtemps, le Nord n’arrête pas de pleurnicher sur la fameuse "fracture numérique" sans réel et utile engagement. Peut-on parler aujourd’hui d’un changement d’attitude ?

Il y a beaucoup de réunions, séminaires, symposium ou sommet traitant de ce sujet. Les résultats sont hélas peu visibles. Je me demande parfois si la somme dépensée lors de ces rassemblements contre la fracture numérique n’est pas plus élevée que l’aide consentie aux pays du Sud dans le domaine de l’internet. C’est un peu provocateur. Mais peut-on isoler la fracture numérique de l’état des relations Nord Sud ? L’Afrique est de plus en plus marginalisée politiquement et économiquement. Il faut établir un autre type rapport entre le Nord et le Sud fondé sur une échange équitable . Il faut également balayer devant notre porte et faire en sorte que certains dirigeants pensent en priorité à l’interêt de leur peuple.

En tout cas, les peuples des pays du Sud et de l’Afrique en particulier ne peuvent pas attendre les bras croisés l’aide des pays du Nord. Les personnes qui ont la compétence dans le domaine de l’internet et celles qui disposent de moyens financiers peuvent agir et faire entrer leur pays dans l’ère numérique.

Avez-vous des projets pour le Maghreb ?

Oui, à partir de l’Algérie, un membre de l’association va animer un réseau de médecins des pays du Nord et du Sud. Au Maroc, nous sommes en pourparler avec une association agricole. J’espère que nous allons conclure à un partenariat au cours de ce trimestre.Nous faisons appel aux bonnes volontés pour créer dans le Maghreb un réseau de correspondants/bénévoles motivés par les thèmes que nous traitons et qui sont prêts à agir en faveur des structures à but non lucratif de la région.

Que prévoyez-vous pour l’avenir de l’AEDEV ?

Nous souhaitons être présents dans chaque pays d’Afrique et contribuer davantage au développement de l’usage de l’internet Aedev a des correspondants en Côte d’Ivoire, au Bénin, au Burundi et bientôt dans 3 autres pays.Nous souhaitons prendre part activement à la préparation du Sommet de Johannesburg sur le développement durable en offrant aux structures à but non lucratif un espace de liberté sur internet où elles pourront s’exprimer sur ce thème.

Notre association est actuellement 100% « virtuelle » et animée par des bénévoles. Nous n’avons pas de locaux, pas de charges et les membres sont disséminés dans plusieurs pays, chacun utilisant ses propres moyens informatiques. Compte tenu de l’extension de notre activité, les membres ont souhaité avoir un lieu de travail et d’échange. Ce lieu sera un télécentre et sera probablement localisé dans la réion parisienne. Enfin , pour financer nos projets, nous faisons appel aux mécènes de tout pays.

Je tiens à remercier votre journal de m’avoir permis de présenter les activités de l’association e-développement à vos lecteurs. Et a travers vous, je salue le peuple marocain.