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24 janvier 2002 | Imprimer cette page

L’association e-développement motivée contre la fracture numérique

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Créée en septembre 2001, l’association e-developpement ou Aedev propose d’apporter un soutien numérique aux structures à but non lucratif des pays africains. Les maîtres mots de son président Denis Rakotonoera sont action et solidarité.

Denis Rakotonoera n’est pas de ceux qui prennent le train en marche. Internet n’en était qu’à ses premiers balbutiements que ce Franco-Malgache, arrivé en France en 1973 à l’âge de 16 ans, agissait déjà afin d’encourager l’usage des technologies de l’information et de la communication dans les pays du Sud : "Etant donné les gains de productivité qu’elles induisent, j’ai toujours pensé que les TIC constituaient une solution aux problèmes de développement des pays pauvres."

Nous sommes alors en 1983, et Denis mise sur le Minitel pour désenclaver les pays de ce qu’on appelait encore le tiers-monde. Il crée l’association Rencontre télématique Nord-Sud (RTNS), dont le but est de faire connaître les peuples et les cultures des pays pauvres via le 3615 code Exotel. Le Minitel ne décollant pas hors de la France, RTNS est dissoute en 1985.

Septembre 2001. Le contexte international a changé. L’Internet est devenu l’un des facteurs de la croissance mondiale mais également un accélérateur de l’inégalité entre le Nord et le Sud : la fracture numérique vient creuser le fossé économique déjà existant. L’Afrique, où ne vivent que 0,4 % des internautes du monde, est la grande marginalisée.

Fort de ce constat et d’une motivation restée intacte, Denis Rakotonoera rassemble ses troupes, famille et amis venus de la gestion d’entreprise, du conseil, de la médecine ou de l’informatique, et fonde l’association e-developpement (Aedev), dont le champ d’opération est précisément l’Afrique : "J’en avais assez d’entendre tous les grands de ce monde pleurer sur la fracture numérique. J’ai voulu agir."

Les neuf membres bénévoles d’Aedev ainsi que Denis Rakotonoera, informaticien à la Caisse des dépôts le jour et coordinateur d’Aedev "la nuit entre 22 heures et 2 heures du matin", prennent sur leur temps libre pour s’occuper de l’association.

Vous avez dit motivés ?

Le but d’Aedev est d’encourager l’utilisation d’Internet en Afrique, et ce dans le sens du développement durable. En effet, étant donné les possibilités offertes par Internet en termes de communication et d’éducation mais aussi de commerce ou de démocratisation, il serait, selon Denis Rakotonoera, "criminel d’en priver l’Afrique".

Ce familier du monde associatif - Denis a auparavant travaillé pour Planetfinance et dirigé durant un an la structure réunionnaise de Sida Solidarité - est également convaincu que "la solidarité entre les peuples, entre les générations et l’appui des entreprises citoyennes peuvent contribuer à contourner les obstacles à la diffusion d’Internet en Afrique".

L’association propose différents services aux écoles, universités, associations, collectivités locales ou établissements de santé des Etats africains. L’Aedev s’occupe en particulier de la création de sites Internet, de la recherche d’informations - générales et médicales - qui sont transmises par mail, de documentation et de modules de formation. Enfin, elle participe à la création de télécentres.

"Pour le moment, nous nous sommes concentrés sur la création de sites Internet. Grâce à une étroite collaboration avec l’Association Internet Solidaire (AIS) et son président, Jean-Luc Delacour, nous avons réussi à en créer 10 en quatre mois et 10 autres sont en attente. Le but est d’en créer 40 en 2002, et nous avons choisi de privilégier les associations de femmes ainsi que celles qui luttent contre le sida", précise Denis Rakotonoera.

Pour "recruter" des associations, Aedev dispose de correspondants - tous rencontrés sur la Toile - au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Burundi et bientôt au Maroc, au Togo, en Tunisie et à Madagascar. La sélection des associations est néanmoins soumise à condition : elles doivent avoir un projet viable et capable de les rendre autonomes financièrement. "Nous ne voulons pas qu’elles deviennent des assistées", insiste Denis.

Jusqu’à présent, la formule de l’Aedev fonctionne bien. L’association béninoise de Coopération des jeunes pour le développement endogène (Cojede) en fournit l’illustration. Son objectif est de rompre, grâce à Internet, avec l’isolement engendré par la pauvreté dans la région de Cotonou et dans le reste du Bénin. Le projet actuel est de trouver les subventions nécessaires pour promouvoir l’utilisation d’Internet dans les écoles du Bénin.

Grâce au site membres.tripod.fr/COJEDE/ créé par l’Aedev, l’association Cojede gagne en visibilité et en crédibilité auprès de la population, mais surtout auprès d’éventuels partenaires financiers. Enfin, ses membres ont appris à évaluer concrètement leurs besoins.

"Ainsi, sans que nous lui ayons suggéré, Cojede porte aujourd’hui un projet de télécentre au Bénin. C’est pour nous un vrai succès puisque notre but est de stimuler la base afin qu’elle évalue elle-même ses besoins", raconte Denis Rakotonoera.

Les membres d’Aedev ont également constaté que la création d’un site Internet pour une association basée en Afrique permettait de créer un cercle vertueux : "Lorsqu’une association décide de créer son site avec nous, ce sont tous ces membres qui vont apprendre à surfer. Pour la plupart, ils n’ont jamais utilisé Internet. Ensuite, la famille, les amis, les habitants du village voisin viennent voir le site... C’est de cette façon que pourra se diffuser l’utilisation de l’Internet en Afrique", estime le président.

Il reste néanmoins un problème de taille : celui de l’accès au réseau Internet. C’est l’une des priorités d’Aedev pour 2002. Actuellement, l’association s’attelle à la rédaction d’une méthode de création d’un télécentre (plan, coût, mise en œuvre) afin de guider les associations africaines porteuses d’un tel projet. Par ailleurs, l’Aedev s’engage auprès des associations qui la contactent à les aider à trouver ordinateurs et financements.

Enfin, l’association souhaite également ouvrir un télécentre à Paris. Pour l’instant, elle est 100 % virtuelle : elle n’a pas de bureau et ses membres communiquent la plupart du temps par e-mail. "Nous cherchons d’autres associations susceptibles de se joindre à notre projet de télécentre parisien, ainsi que des entreprises ou des mécènes prêts à nous parrainer." L’appel de Denis Rakotonoera est donc lancé.

Par Yvonne Debeaumarché
24 janvier 2002