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6 septembre 2002 | Imprimer cette page

La montagne accouche d’une souris

par Danielle Beaugendre

Il fallait s’y attendre. Voici quelques réflexions sur le Sommet de la Terre qui s’est achevé le 4 septembre, sur de beaux discours, et dans l’indignation des ONG, qui l’ont déserté sans attendre.

"Quelle différence entre les discours et l’action !" s’exclame Gustavo Noboa, le président équatorien. "Ceux qui s’érigent en parangons de la cause environnementale sont les plus gros pollueurs, et ne veulent ni accepter des compromis pour sauver la planète, ni maintenir les objectifs officiels de l’aide au développement. Les pauvres n’ont obtenu que des miettes."

Un bilan plutôt négatif

- Un Plan d’action bouclé in extremis :
Il ne comporte aucun engagement chiffré sur l’aide, aucun calendrier. Les Européens ont tenté mardi de compenser ce revers en annonçant une initiative politique pour regrouper autour d’eux les pays désireux de fixer des objectifs chiffrés.

- Le dossier des énergies renouvelables sacrifié :
Le Brésil, soutenu par les Européens, les Africains, ont demandé une augmentation au niveau mondial de 10% des énergies renouvelables d’ici à 2015. Les Etats-Unis et l’OPEP ont fait barrage. Greenpeace espérait un engagement ferme des Etats "pour plus de justice entre les pays qui souffrent du réchauffement de la planète et ceux qui en sont l’origine". La situation interpelle : la consommation d’électricité va doubler d’ici 20 ans. Le Sommet apparaît comme une occasion manquée d’apporter l’énergie à deux milliards de personnes et de lancer la révolution des énergies renouvelables.

- Et la biodiversité ?
Concernant la biodiversité, (forêts, plantes, animaux), la restauration des stocks de poissons, le Plan n’apporte rien de plus que les précédentes conférences.

- Les femmes ont aussi perdu à Johannesburg :
La dernière bataille du Plan d’action fut celle de l’accès aux soins. Les Canadiens, l’Union européenne, la Suisse, la Nouvelle-Zélande, voulaient rétablir une référence aux droits de l’Homme pour équilibrer un texte qui subordonne l’accès à la santé à des considérations "nationales, culturelles et religieuses". Ce texte légitime donc des régimes qui privent les femmes de leurs droits essentiels ! Sous couvert de "valeurs culturelles", faut-il légitimer l’excision ? Le Vatican et les Etats-Unis résistent à une modification du texte qui pourrait être interprétée comme permettant la contraception et l’avortement…

Un seul motif de satisfaction

La Russie, la Chine, l’Australie, le Canada vont signer le protocole de Kyoto sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, ce que le Japon, les EU refusent toujours de faire. Pour entrer en vigueur, le protocole doit être ratifié par 55% des pays signataires représentant au moins 55% des émissions de gaz à effet de serre. L’arrivée de ces 4 pays va permettre de le mettre en œuvre, (53% avec la Russie et le Canada, avec ses 3,3%, fera le compte).


Finalement, les gagnantes du Sommet sont incontestablement les entreprises transnationales, qui ont trouvé dans l’environnement un nouvel espace de rentabilité.