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30 juin 2013 | Imprimer cette page

Gaz de schiste : une ruée vers l’or en Chine ?

par Rivery

Le développement du gaz de schiste en Chine est considéré comme la « ruée vers l’or » nationale et comme une « révolution » puisqu’il accroit les ressources de gaz naturel du pays.

La Chine possèderait les plus grandes réserves au monde de ce gaz, supérieures même à celles des États-Unis, mais difficilement accessibles, emprisonnées par les roches de schiste. La quantité de gaz récupérable serait d’environ 36 billions de mètres cubes selon l’Agence d’Information sur l’Énergie américaine.

Le gouvernement chinois estime plus prudemment cette quantité à 25 billions de mètres cubes.

Pékin a fait de l’extraction du gaz de schiste une priorité, son but étant d’au moins doubler la part du gaz naturel dans la demande totale d’énergie en Chine, soit atteindre les 10 % d’ici 2014.

Impatient de réduire la dépendance du pays au charbon, qui libère énormément de CO2, et de sécuriser son approvisionnement en énergie, le gouvernement chinois a fixé des objectifs de production ambitieux pour ce gaz non conventionnel.

La Chine envisage de produire 6,5 milliards de mètres cubes de gaz de schiste d’ici 2015, et entre 60 milliards et 100 milliards de mètres cubes d’ici 2020 – la production étant aujourd’hui presque nulle.

Une demande en gaz naturel croissante

La consommation totale de gaz naturel en Chine en 2012 s’élevait à 147,1 milliards de mètres cubes, et avait augmenté de 13 % par rapport à l’année précédente. 29 % de la consommation nationale provient des imports.

Mais le Crédit Suisse constate que beaucoup de défis attendent cette industrie toujours à l’état embryonnaire, et que la Chine n’est pas encore en mesure de reproduire le boom qu’a connu le gaz de schiste au États-Unis.

C’est une bonne nouvelle pour les exportateurs de gaz liquéfié en Australie, Indonésie, Malaisie et au Qatar, qui comptent la Chine parmi leurs principaux clients.

« La Chine n’est pas encore au point d’inflexion que les États-Unis ont atteint en 2006 » a précisé le Crédit Suisse dans un rapport récent intitulé The Shale Revolution, en se reportant à l’augmentation de 107 % qu’avait connu la production de gaz de schiste américaine cette même année, atteignant 31 milliards de mètres cubes.

Le prix fort du Gaz Naturel Liquéfié (GNL) asiatique maintenu pour le moment

« Jusqu’à présent, il y a peu de raisons qui justifieraient la disparition du prix exorbitant du GNL en Asie (ou ailleurs) » se poursuit le rapport.

En 2012 la Chine a importé une quantité record de 14,68 millions de tonnes de GNL, soit 20,3 % de plus que l’année précédente, et à moins que le pays ne commence à produire prochainement des quantités de gaz de schiste à l’échelle commerciale, ce chiffre devrait continuer à augmenter.

« Il y a de grandes chances que la Chine devienne un acteur important dans le secteur du gaz de schiste, mais peut être pas aussi vite qu’elle ne l’aurait espéré. » a confié Michal Meidan, analyste chez Eurasia Group à Londres, au Financialist. « Avec les contraintes environnementales et la demande de gaz croissante, ils ont besoin de gaz, et ils vont probablement se tourner vers le GNL. »

« Il y a un réel potentiel de croissance pour le GNL dans les prochaines années. » a-t-elle ajouté.

Intervention d’acteurs étrangers

Les entreprises étrangères du secteur de l’énergie ne se sont toutefois pas laissé décourager par la lenteur du développement de l’exploitation du schiste. Royal Dutch Shell, BP, Chevron et Total se sont associés à des entreprises chinoises, comme l’exige la loi de l’Empire du Milieu, pour prospecter à la recherche de gaz.

BP est particulièrement confiant en ce qui concerne les perspectives d’avenir du gaz de schiste dans ce pays gros consommateur d’énergie, et a déclaré en janvier que la Chine devrait « être le pays le plus prospère dans l’exploitation du gaz de schiste hors Amérique du nord. »

Ross Wyeno, analyste spécialisé dans le GNL chez BENTEK Energy, a déclaré qu’il s’attendait à ce que l’exploitation du gaz de schiste en Chine commence à ronger la demande en GNL à la fin de la décennie.

« Globalement, on s’attend à ce que la demande de GNL en Chine augmente considérablement dans les 10 prochaines années… Cependant, vers la fin de la décennie nous nous doutons que les réserves de gaz de schiste auront un impact sur les importations de GNL. » a confié Ross Wyeno au Financialist.

Bien que le gouvernement central chinois ait manifesté son appui au gaz de schiste, l’industrie chinoise se fait largement distancer par les États-Unis, et l’ancien Premier Ministre Wen Jiabo a reconnu l’année dernière qu’il y avait des obstacles empêchant le secteur de décoller.

Manque d’infrastructure

En avril 2012, la Chine avait foré 15 puits horizontaux, un maigre total si on le compare aux plus de 16 000 puits des États-Unis, a déclaré le Crédit Suisse.

Son réseau de gazoducs est également tristement modeste, s’étirant sur 50 000 kilomètres contre 400 000 kilomètres aux États-Unis.

Le Crédit Suisse a constaté que même si la Chine parvenait à rajouter 50 000 kilomètres de gazoducs d’ici 2015 et 100 000 kilomètres d’ici à 2020, le réseau ne fera toujours que 38 % de l’amplitude des actuels gazoducs américain.

La Chine manque également du savoir-faire technologique pour extraire le gaz naturel du schiste.

Mais l’année dernière, lors une vente aux enchères de baux destinés à l’exploitation du gaz de schiste – la deuxième à se tenir en Chine jusqu’ici – des compagnies non-pétrolières, comme des entreprises de service public ou de charbon possédées par l’État et sans aucune expérience en gaz de schiste, ont remporté la plupart des terrains proposés.

Quelques analystes craignent que cela ralentisse le développement de l’industrie du schiste.

D’autres obstacles à la commercialisation de ce gaz en Chine sont, quant à eux, dans le sous-sol.

Les formations géologiques chinoises de schiste se trouvent à de grandes profondeurs, et sont beaucoup plus argileuses que celles que l’on trouve aux États-Unis. Elles ont donc « tendance à se déformer plutôt que se briser » durant le processus d’extraction, selon une note intitulée China Awards More Shale Gas Blocks, Although Much remains to be Seen (La Chine alloue des parcelles supplémentaires à l’exploitation du gaz de schiste, bien qu’il en reste encore beaucoup à faire), publiée en janvier par le Center for Strategic and International Studies.

Le manque d’eau dans les régions abritant les gisements de gaz de schiste les plus prometteurs, le Bassin du Sichuan dans le centre de la Chine et le Bassin du Tarim dans les confins du nord, est un autre problème.

De très grandes quantités d’eau sont nécessaires pour fracturer la roche et permettre au gaz emprisonné de s’échapper – un procédé controversé connu sous le nom de fracturation hydraulique.

Des conséquences telles que la pollution des nappes phréatiques et des tremblements de terre ont été associées à la fracturation hydraulique, et la technique a été interdite dans plusieurs états des États-Unis, en France, et au Royaume Uni jusqu’en décembre dernier, a expliqué le Crédit Suisse.

Il a ajouté « I il n’est pas vraiment possible de connaître le degré d’inquiétude du public en Chine, étant donné le faible nombre de puits qui ont été creusés. »

« Les inquiétudes des habitants pourront s’avérer réelles et importantes lorsque l’on passera de la phase initiale de forage d’exploration à la phase de forage à but commercial. »

Mais cette étape semble encore bien loin.

En se basant sur la progression actuelle, la « révolution » du gaz de schiste en Chine va probablement avoir du mal à se mettre en route.