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5 décembre 2007 | Imprimer cette page

Botswana : La persistance des tabous empêche de contenir l’épidémie de Sida

par N. Wihlm

" Nous sommes menacés d’extinction ", lançait en 2001 le président Festus Mogae, en annonçant le premier programme africain de distribution gratuite d’antirétroviraux.

L’Etat fournit aujourd’hui ces médicaments, qui stabilisent les anticorps, à près de 90.000 personnes, ce qui correspond à 85% des séropositifs en ayant besoin, selon l’agence des Nations unies sur le Sida - la riche Afrique du Sud ne fournit ce traitement qu’à 21% des séropositifs en ayant besoin.

Au Botswana, seuls 8,5% des patients engagés dans le traitement depuis 2002 sont décédés, selon l’Agence de coordination sur le Sida (NACA). "Nous avons réussi à contenir la mortalité", en conclut Joseph Kefas, un de ses responsables.

Mais pour y avoir accès, Francinah, 38 ans, a dû s’opposer à son mari.
"Pour lui, le virus n’existe pas, alors il m’a interdit de prendre les médicaments et on a continué à avoir des rapports non protégés." En 2003, elle se retrouve enceinte. "Pour mon bébé, je me suis engagée dans le programme de prévention de la transmission de la mère à l’enfant. J’ai donné naissance à un fils séronégatif, mais mon mari m’a quittée."

Le Botswana a encore beaucoup à faire sur le terrain des tabous.
"Quand vous dites que vous êtes séropositif, les gens ne vous croient pas ou vous rejettent, en vous traitant de sorcière ou de femme adultère", raconte Francinah.

Les discriminations sont fréquentes sur le lieu de travail ou au sein des communautés. Aussi, de nombreux Botswanais hésitent à se soumettre aux tests de dépistage, ce qui favorise les comportements à risque.

"Quand ils ne voient pas l’intérêt direct pour eux, les gens ne changent pas de comportements aussi rapidement que nous le souhaiterions", déplore Joseph Kefas.

En conséquence, le nombre des nouvelles contaminations n’enregistre qu’un léger fléchissement. En 2006, 32,4% des femmes enceintes, seules à bénéficier d’un dépistage systématique, étaient porteuses du virus, contre 33,4% en 2005.

Le gouvernement vient de reconnaître qu’il n’a pas fait assez pour la prévention. Pour y remédier, il est prévu de lancer des campagnes plus ciblées.

L’objectif est de parvenir à zéro nouvelle contamination en 2016 pour le 50e anniversaire de l’indépendance du Botswana, parce que " le programme d’ARV coûte très cher et n’est pas tenable à long terme ", indique Monica Tselayakgosi, responsable des programmes de NACA.

Source : AFP / Charlotte PLANTIVE