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20 octobre 2007 | Imprimer cette page

Séminaire sur le Tourisme Durable : Session 3

par benedic

Session 3 [1]
- La Réglementation du Tourisme : Durabilité dans le Marché Libre

Depuis les années 1980, de plus en plus de consultants et de militants soutiennent que les dommages environnementaux causés par l’industrie pourraient être réduits si le consommateur privilégiait des produits respectueux de l’environnement. Ils ont posé cette exigence afin d’exercer une pression économique sur les entreprises pour qu’elles revoient leurs pratiques sur une base plus durable. Cependant, les détracteurs ont demandé en quoi de telles mesures étaient vraiment capables de mener à un changement à long terme, et si l’on pouvait satisfaire les exigences des écologistes en confiant la réglementation de l’environnement aux consommateurs et aux sociétés. En s’appuyant sur certaines conclusions intéressantes établies par plusieurs études au Royaume-Uni, il est possible de considérer la valeur marchande du tourisme durable et les modes de réglementation plus efficacement.

Désormais, la plupart des gens admettent que de nombreuses industries causent des effets dévastateurs sur l’environnement ou qu’elles ont recours à des pratiques qui agissent négativement sur certaines communautés ou sur certains secteurs de la société. Pourtant, on pense encore souvent que l’adoption de pratiques qui visent à éviter ces problèmes freine les résultats économiques des entreprises. Beaucoup d’entre elles considèrent la protection environnementale comme un « devoir moral plutôt que comme un impératif commercial ». Il est donc très important d’apporter des solutions pour renverser cette conception des choses, et de trouver alors un système assurant la protection de l’environnement que l’industrie serait disposée à adopter.

Le débat sur la réglementation de l’environnement connaît des changements : la traditionnelle dichotomie entre une législation draconienne maîtrisée et contrôlée laisse davantage place à une répartition des ressources sur un marché libre. De plus en plus de sociétés se mettent à adopter d’elles-mêmes des pratiques de réglementation environnementale ou commencent à s’impliquer dans la négociation d’une réglementation avec les gouvernements et les groupes militants. Dans certains cas, les sociétés ressentent la nécessité de ces mesures lorsqu’elles prennent conscience que leur niveau de responsabilité augmente vis-à-vis de l’environnement (ex : la nappe de pétrole déversée en Alaska dans l’accident de l’Exxon Valdez en 1989). Leur motivation vient aussi du fait que leurs employés et les consommateurs attendent d’elles une plus grande responsabilisation. Par ailleurs, les théoriciens ajoutent que les pratiques en faveur de l’environnement peuvent conférer des avantages compétitifs en réduisant l’énergie, en recyclant les déchets, ou en répondant à la nouvelle demande du marché de biens et services bons pour l’environnement.



Terre Brûlée

Beaucoup de hill tribes (communauté ethnique) au sud-est de l’Asie utilisent des techniques de culture sur brûlis, c’est-à-dire qu’ils abattent et brûlent des arbres de la forêt pour créer des terres arables, afin d’y cultiver du riz, des légumes et jusqu’à il n’y a pas si longtemps encore, leur culture la plus connue, celle de l’opium. Certaines personnes soutiennent que le tourisme, depuis qu’il a été introduit à cet endroit, représente une source de revenus leur donnant les moyens de subvenir à leurs besoins. Des projets solidaires leur ont également permis de trouver d’autres types d’exploitations destinées au commerce comme les grains de café. D’autres affirment que pratiquées correctement, les cultures sur brûlis peuvent en fait être bénéfiques au paysage et que les forêts sont tout à fait capables de se régénérer.


Ramassage d’Ordures

Le tourisme a augmenté la production de déchets urbains venant particulièrement des fast-foods. Cette photo a été prise à Baguio, aux Philippines. Ces « ramasseurs d’ordures » ou « recycleurs d’ordures » gagnent de l’argent en recyclant les éléments qui peuvent l’être parmi les déchets ménagers. Les militants cherchent à expliquer les avantages commerciaux du tourisme durable aux entreprises, pour qu’elles puissent d’ores et déjà adopter des pratiques activement, sans attendre un engouement pour le consumérisme éthique ou vert.

Ces théoriciens ont déclaré que les pratiques environnementales ne se limitent pas à donner de nouvelles opportunités financières à l’industrie : elles peuvent également aboutir à une bonne réglementation pour l’environnement. Le tableau 1 présente une liste d’instruments politiques classés par degré d’implication (directe ou indirecte) qui sont mis à disposition de l’industrie ou du gouvernement. En des termes de marketing, ces instruments peuvent permettre aux entreprises de satisfaire la demande des consommateurs de biens respectueux de l’environnement ou d’améliorer l’image de l’entreprise en promouvant l’adoption de pratiques pour une responsabilisation par rapport à l’environnement. Cela dit, les détracteurs ont remis en question la portée de telles pratiques : dans quelle mesure peuvent-elles prévenir une législation capable d’influencer les résultats des entreprises ? De même, on s’est demandé dans quelle mesure la satisfaction de la demande des consommateurs de biens respectueux de l’environnement peut donner lieu à une réglementation efficace ou à long terme.

Gouvernement <---------> Forces du marché
Indirect 1) rôle d’éduquer et d’informer les consommateurs 4) mettre en place des infrastructures 7) répartition des ressources selon le marché libre
2) instruments s’appuyant sur le marché. Subventions/impôts/tarification (ex : Partenariat Public-Privé [PPP]) 5) accords ou partenariats entre le gouvernement et l’industrie 8) marché de niche ou marketing « vert »
Direct 3) législation 6) quota de permissions 9) investissements à long terme dans le marché

(d’après Janssen et al., 1995:75)

Tableau 1 : Il présente une série d’instruments politiques qui sont mis à disposition de l’industrie et du gouvernement, classés selon le degré d’implication directe.

Les entreprises réglementent le tourisme

Les détracteurs ont assuré que les pratiques de réglementation volontaires ne peuvent répondre que superficiellement à la réglementation environnementale, et qu’on a toujours besoin d’une forme d’intervention du gouvernement pour créer une réglementation de l’environnement à long terme. Les entreprises, plus précisément, se sont souvent plaintes du problème de ceux qu’on surnomme « les profiteurs », c’est-à-dire des entreprises qui ne souhaitent pas adopter les pratiques de responsabilité, parce que ces dernières peuvent ébranler la position concurrentielle des sociétés qui veulent prendre des mesures. Ceci a conduit les théoriciens de la réglementation des entreprises à proposer une limitation de la législation gouvernementale pour assurer un « terrain de jeu homogène ». Ainsi, les entreprises sont contraintes d’assumer leur responsabilité environnementale mais restent libres de développer leurs propres solutions.

En 1992, Elkington et Hailes ont publié Holidays That Don’t Cost the Earth, et y ont amorcé une révolution du consommateur dans le tourisme. Comme dans leur ouvrage précédent sur le consumérisme vert global, ce livre explique les divers impacts environnementaux et sociaux du tourisme, et formule plusieurs recommandations à suivre par les touristes pour qu’ils mènent à bien le tourisme durable et pour exercer une pression sur les agences de tourisme afin qu’elles modifient leurs pratiques. Elkington et Hailes proposent notamment aux touristes de ne réserver leurs vacances que dans des agences ayant adopté et fait respecter des codes de conduite pour l’environnement, ou bien de choisir des destinations où des contrôles stricts sont effectués.

Cependant, la réglementation du tourisme de masse, que ce soit par la pression du consommateur ou par un autre biais, reste extrêmement difficile à appliquer. Premièrement, le tourisme, c’est-à-dire le temps consacré au délassement, n’a pas de produit durable tangible mais est fondé sur l’image et la présentation, et implique souvent certaines visions erronées ou stéréotypées des destinations à l’étranger. D’un point de vue marketing, les voyages organisés ont une « valeur temporelle », ce qui signifie que les tour-opérateurs et agences de voyages, s’ils ne veulent pas mettre la clé sous la porte, doivent impérativement vendre des séjours avant la date de départ. Deuxièmement, l’industrie du tourisme se compose de diverses activités comme la construction, le transport, la gestion des hôtels ou les visites guidées, qui ont des objectifs et des débouchés commerciaux spécifiques, ainsi que des impacts variables sur l’environnement et la société. Dès lors, la responsabilité de ces secteurs ne peut être envisagée comme identique et toute action collective de leur part est rendue difficile.

Enfin, le marché du tourisme - et particulièrement au Royaume-Uni - est caractérisé par une concurrence des prix extrême dans un oligopole. Les agences rivalisent alors sur les prix proposés et s’opposent à toute mesure qui pourrait les faire monter. C’est notamment le cas de grandes agences comme Thomson, Airtours et First Choice au Royaume-Uni, qui sont intégrées verticalement et doivent remplir tous les sièges des vols charters pour ne pas faire faillite. Cette surcharge des charters a été dénoncée dans la mesure où elle cause de sévères dégâts sur l’environnement des destinations.

On a identifié ces problèmes comme étant issus de l’incapacité des entreprises du tourisme à agir main dans la main pour surmonter les cycles conjoncturels de développement des destinations touristiques, communément appelés « boom » et « dépression », la rapidité du développement provoquant une baisse d’affluence. Néanmoins, on a la preuve que certaines agences agissent sciemment de manière irresponsable pour gonfler leurs bénéfices. Par exemple, quand on a demandé à un opérateur de vols charters s’il savait qu’en travaillant comme il le faisait il surchargeait l’infrastructure de la Turquie, il a répondu d’un air hypocrite : « Je n’ai fait que mon travail. Je savais que ce n’était pas bien, mais personne ne m’a dit d’arrêter ». De plus, certains des buts les plus vastes du tourisme durable sont aussi difficiles à communiquer aux entreprises et aux consommateurs. On a reproché aux organismes militants comme le Tourism Concern qui opère depuis la Grande-Bretagne de ne pas être en phase avec le secteur industriel en n’incitant pas davantage les agences à modifier leurs pratiques quelles que soient les répercussions financières. D’autre part, certaines campagnes comme celle réprouvant le tourisme sexuel, ou encore celle où l’on demande aux touristes de boycotter des régimes politiques comme la Birmanie à cause de leur non-respect des droits de l’homme, peuvent être perçues plus moralisatrices que visant ouvertement à réduire les nuisances sur l’environnement. Comme le soulignent Elkington et Hailes, un tel consumérisme éthique peut être en contradiction avec le but commun du tourisme : la détente.

D’autres personnes ont affirmé que de produire du tourisme pour satisfaire un petit segment de marché dont les concernés s’estiment être des consommateurs responsables peut ne pas refléter une bonne pratique, et peut également imposer des valeurs peu utiles aux communautés d’accueil, particulièrement dans les pays en voie de développement. Wheeller, à titre d’exemple, a parlé d’« égotourisme » au lieu d’écotourisme, et d’autres études ont signalé que les images stéréotypées des pays en voie de développement et véhiculées par le marketing pour la consommation des touristes peuvent communiquer des images avilissantes, ou encore faire perdurer des contrevérités circulant sur ces pays.

Les consommateurs réglementent le tourisme

La logique selon laquelle la pression du consommateur peut modifier les pratiques de l’industrie du tourisme est donc limitée par la capacité des entreprises à contrôler l’image de la responsabilité environnementale présentée aux consommateurs, et par la croyance manifeste que les consommateurs éthiques ne forment qu’une petite partie du marché. Par ailleurs, les universitaires et militants pensent également que la demande du consommateur peut mener à des formes de tourisme stéréotypées ne favorisant pas le développement. Le marché du tourisme de masse est aussi caractérisé par la baisse des prix, et une réticence des agences à changer les pratiques du marché si celles-ci doivent faire monter les prix. D’autre part, l’intérêt du consommateur pour le tourisme durable est très variable d’un pays à l’autre en Europe.
De fait, la « pression du consommateur pour révolutionner le secteur du tourisme », comme l’ont étayé Elkington et Hailes, est peut-être moins forte que ce qu’ils avaient espéré.

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Tim Forsyth



Une peinture murale en Thaïlande, illustrant les diverses attractions naturelles du pays. Dans de nombreux pays, se concentrer sur la diversité reviendrait à dire que les touristes seraient de plus en plus amenés à considérer d’autres options que le soleil, la mer et le sable : ils pourraient aussi participer plus amplement à toutes les attractions d’une destination. Beaucoup de sociétés, et en particulier les cabinets d’expertise, croient que cela pourrait permettre à l’industrie du tourisme de lutter contre la concurrence des prix, mais aussi d’adopter des pratiques environnementales pour y parvenir.

Beaucoup d’entreprises s’imaginent que l’intérêt du consommateur pour le tourisme durable est faible et qu’il ne forme qu’un petit secteur du marché. Par conséquent, elles ont souvent considéré l’adoption de pratiques pour le tourisme durable comme étant la création de produits de niche - tels l’écotourisme ou le tourisme fondé sur la culture - que nombre d’entre elles n’ont pas jugé d’un intérêt vital pour leur positionnement sur le marché de masse. En ce qui concerne justement le marché du tourisme, la plupart des entreprises n’ont vu aucun moyen d’instaurer un tourisme durable du moment qu’elles ont besoin de faire des profits à court terme.

Ces opinions indiquent donc que l’industrie du Royaume-Uni confond encore le tourisme durable avec le consumérisme éthique ou vert, c’est-à-dire qu’elle le considère comme s’adressant à une niche de marché alors qu’il faudrait appliquer les méthodes pour le tourisme durable à l’ensemble du marché de masse. Les entreprises n’ont pas été non plus très optimistes quant à l’intérêt croissant des consommateurs envers le tourisme durable dans un futur proche. Ces suggestions indiquent qu’il est peut-être trop optimiste de compter sur l’intérêt du consommateur afin qu’il fasse pression sur les entreprises pour la durabilité. Cela ne pourra qu’aboutir à une augmentation des produits de niche, plutôt qu’à un changement du marché de masse.

En outre, les résultats ont laissé à penser que les entreprises considèrent elles-mêmes les pratiques de réglementation généralement inefficaces. Les études menées proposent une réponse à la question de qui devrait se porter responsable pour favoriser le tourisme durable. Tous les secteurs commerciaux de l’industrie, c’est-à-dire 63,8 % de ceux interrogés, pensent que ce sont les gouvernements des pays d’accueil qui devraient s’en charger via la législation, et par conséquent, ils s’imaginent que les approches volontaires ou fondées sur le marketing d’une réglementation sont moins efficaces.

Cependant, même si ces conclusions sont décevantes, l’étude a tout de même révélé que certains pensent qu’un effort concerté serait capable d’apporter un changement bénéfique à la fois pour le monde des affaires et le tourisme durable. Beaucoup de sociétés ont déclaré assister à l’amélioration de la qualité des produits pour vacanciers. L’Initiative de la Communauté Européenne sur les Voyages Organisés en 1992 a durci la réglementation du marché du tourisme pour rendre la publicité plus fidèle à la réalité, et les membres de l’industrie ont également remarqué que la sécurité et les normes environnementales tendaient à s’améliorer. On a vanté les mérites de cette tendance car elle a la capacité de lutter contre la concurrence des prix et aussi de permettre aux compagnies d’adopter des pratiques pour le tourisme durable.

Dans cette étude, beaucoup d’entreprises ont affirmé que les normes de pratique marketing dans le contexte de la concurrence des prix leur donnaient la possibilité d’être en compétition sur d’autres critères que le prix. On est parvenu naturellement à ce résultat en différenciant les produits standards, en apportant une plus-value aux produits ou en améliorant leur qualité. Pour le tourisme, cela reviendrait à diversifier les types de voyages organisés. En agissant ainsi, les touristes pourraient ne plus avoir l’option standard d’une ou deux semaines de soleil et de plage, mais pourraient choisir de participer plus amplement à toutes les attractions de la destination choisie. L’étude a révélé que les sociétés, et en particulier les cabinets d’expertise, croient que cela pourrait permettre à l’industrie du tourisme de lutter contre la concurrence des prix, mais aussi d’adopter des pratiques environnementales pour y parvenir.

La qualité du tourisme : un moyen d’autorégulation

L’expérience indique que cette demande de « qualité » environnementale existe déjà. Par exemple, en 1993, une étude révélait que 49 % des consommateurs britanniques étaient prêts à payer un supplément de 20 £ (soit 30 €) pour des vacances coûtant 300 £ (environ 450 €) si celles-ci garantissaient une plage et une mer propres, et 26 % de plus étaient prêts à débourser 40 £ (60 €) de supplément. Une étude plus récente a également démontré que près de 30 % des touristes britanniques seraient prêts à verser 5 à 8 £ (7,50 à 12 €) supplémentaires pour s’assurer que les agences de tourisme organisant leur voyage sont engagées dans des actions pour la protection de l’environnement.

Ces conclusions soulignent que les tentatives pour amener le consommateur à s’intéresser au tourisme durable fondé sur des principes « éthiques » ou « verts » tels que recommandés par Holidays That Don’t Cost the Earth, peuvent toujours être perçues comme extérieures au marché de masse. Toutefois, les efforts pour gagner le soutien du consommateur dans l’écologisme en présentant ce mouvement comme une autre forme de « qualité » ont bien plus de chances d’aboutir et peuvent désormais être liés plus étroitement aux convictions des consommateurs.

L’étude fait également ressortir que l’industrie considère elle-même le critère de la qualité attirant en termes de marketing étant donné qu’il est directement lié à leur premier problème : la concurrence des prix. Par conséquent, l’adoption de cette technique n’a pas besoin d’attendre une augmentation de l’intérêt du consommateur, étant donné qu’elle existe déjà dans la demande de « qualité », et aussi parce que casser la concurrence des prix fait déjà partie des méthodes utilisées par les entreprises. Par ailleurs, les arguments énoncés plus haut laissent à penser qu’il n’est pas toujours recommandé de laisser l’intérêt du marché dicter la nature du tourisme dans la mesure où cela pourrait mener à des formes orientalistes de tourisme ou écotouristiques.
Elkington et Hailes ont écrit : « Que pouvons-nous faire en tant que consommateurs pour renverser la tendance ? Devons-nous simplement accepter ce que l’industrie du tourisme est prête à nous offrir parce que nous n’avons d’autre choix ? Bien sûr que non, pas plus que nous ne laisserions les fabricants de détergents, de voitures ou de machines à laver qui nuisent à l’environnement s’en tirer aussi facilement ». Leur raisonnement est intéressant, mais on sait par expérience qu’il peut tomber dans l’oubli : les entreprises ont suffisamment d’influence pour faire passer leurs propres idées quant à la performance environnementale en raison de la croyance persistante que le consumérisme éthique doit être une niche de marché et du manque de conscience des touristes.

Elkington et Hailes reconnaissent les problèmes soulevés par les opinions du marché de masse : ils écrivent que les touristes devraient adopter la philosophie de Marcel Proust lorsqu’il dit que le mieux n’est pas de voyager dans mille pays différents avec la même paire d’yeux, mais de voir le même pays avec un millier de paires d’yeux. Repenser la qualité des vacances à partir de principes durables va signifier dépendre moins des attractions traditionnelles telles que le soleil et la plage, et devenir plus conscient des subtilités culturelles et environnementales de chaque destination.

La réglementation environnementale et sociale efficace du tourisme peut, par conséquent, ne pas avoir à dépendre des réponses de l’intérêt du marché, mais pourrait se faire en expliquant aux entreprises qu’elles peuvent tirer des avantages commerciaux en adoptant des pratiques dites « pro-actives ». En outre, les militants devraient chercher à intégrer davantage le discours du tourisme durable dans le courant dominant de la qualité du tourisme pour éviter que le tourisme durable soit perçu comme un secteur de niche. Cela pourrait ainsi permettre aux sociétés de répondre comme il se doit à l’intérêt du marché, mais aussi de se conformer aux responsabilités éthiques.

Cependant, avant que cela n’arrive, il se peut que nous ayons à exclure les « opportunistes », ou entreprises ne voulant pas agir de manière responsable, et pouvant saper la situation commerciale de celles qui acceptent de prendre des mesures pour l’environnement. Au cours de l’étude, des sociétés ont proposé que les grandes entreprises comme Thomson aient la possibilité et le pouvoir de développer des lignes directrices que l’industrie aurait à suivre. Mais le directeur d’une entreprise a expliqué que toute activité de collusion entre des membres de la grosse industrie, laquelle peut amener à réduire la concurrence des prix, pourrait créer une opposition entre le Bureau du Commerce Equitable Britannique (UK Government Office of Fair Trading) et des groupes de consommateurs. Le débat peut alors se recentrer sur la difficulté de convaincre le gouvernement que la coopération des entreprises responsables peut donner lieu à la réglementation de l’environnement et leur conférer des avantages commerciaux, et que par conséquent la législation devra exclure les sociétés ne voulant pas agir de manière responsable. En soi, cela permettrait aux coûts environnementaux d’être complètement assimilés dans le processus de production, et encouragerait les touristes à effectuer des réservations de séjours coûteux plutôt que bon marché. Comme l’a dit un directeur d’association du tourisme pendant l’étude : « Insister sur le fait que ce qui est bon marché est beau a trop longtemps été symptomatique dans l’industrie du tourisme britannique. »

Prendre l’initiative

Au lieu d’attendre que la demande du consommateur pour un tourisme durable augmente, les militants devraient expliquer aux entreprises les avantages commerciaux que présente ce type de tourisme afin qu’elles favorisent d’ores et déjà l’adoption de pratiques pour la protection de l’environnement sans attendre un engouement pour le consumérisme éthique ou vert.

L’intérêt du marché ne devrait pas être perçu en tant qu’élément déclencheur du tourisme durable. Les entreprises pensent néanmoins que le consumérisme éthique ou vert ne provient que d’un petit secteur du marché, qu’on peut alors confondre avec la demande de produits de niche comme l’écotourisme ou le tourisme fondé sur la culture. De telles pratiques n’ont pas d’effet sur le marché de masse, et peuvent encourager les formes de tourisme qui exercent une pression sur les écosystèmes menacés et qui font perdurer des images stéréotypées des communautés lointaines, allant ainsi à l’encontre du développement.

Par ailleurs, l’expérience laisse à penser que la notion de tourisme durable est encore floue chez les consommateurs. Cela peut donner aux entreprises ou aux organisations de l’industrie la possibilité d’apporter leurs propres réponses à la réglementation environnementale, lesquelles peuvent ne pas refléter les recommandations des écologistes mais peuvent être utilisées pour présenter une image de responsabilité environnementale.

Appeler les consommateurs à renforcer la pression pour changer les pratiques de l’industrie du tourisme serait faire preuve d’un optimisme prématuré, car il ne faut pas sous-estimer la capacité qu’ont les entreprises à contrôler l’image présentée de la responsabilité environnementale, sans compter que les opportunités commerciales actuelles sous le tourisme durable n’ont pas besoin que la demande des consommateurs soit plus soutenue. Au lieu d’espérer que le marché devienne plus éthique, les militants devraient chercher à intégrer le discours du tourisme durable dans le courant dominant de la qualité du tourisme pour éviter qu’il soit perçu comme un secteur de niche.

Pour aller plus loin...

- A votre avis, comment les pratiques touristiques pourraient-elles soutenir un site plus « durablement » et contribuer à son développement ?
- Quel genre de propositions pourrait-on faire aux entreprises et gérants de sites pour qu’ils réduisent les impacts négatifs du tourisme ?
GLOSSAIRE

Agenda 21 : Agenda 21 (ou « Action 21 ») est un vaste plan d’action à appliquer globalement, nationalement et localement par les organismes du Système des Nations Unies, les Gouvernements et les ONG dans chaque domaine où l’homme a une action sur l’environnement.
Organismes
-  Green Globe

Programme mondial de certification pour le développement de la gestion et de la prise de conscience de l’environnement dans l’industrie du voyage et du tourisme.

- Tourism Concern

Réseau et moyen d’action des personnes se sentant concernées par l’impact du tourisme sur les communautés et l’environnement.

- Green Tourism Association

Une association promouvant et développant particulièrement le concept de tourisme vert urbain.

- International Hotel Environment Initiative

Réseau de professionnels issus d’un noyau d’associations d’hôtels démontrant que de meilleures pratiques environnementales peuvent être très bénéfiques aux hôtels.


[1Traduit de l’anglais par Laura Bénédic, stagiaire en traduction pour l’AEDEV, Université de Langues d’Orléans. Avec l’assitance de Sandrine Fidalgo, traductrice bénévole pour l’association. Document source : http://www.fathom.com/course/217017...