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18 septembre 2007 | Imprimer cette page

ONG Acción por un Turismo Responsable ; Le tourisme rural communautaire : un outil en faveur du monde rural dans les pays du Sud

par benedic

Le tourisme, s’il n’est pas contrôlé, peut être particulièrement préjudiciable aux paysans. Le tourisme communautaire rural a pour but de limiter ces effets. Pour y parvenir, il est nécessaire de dénoncer les activités touristiques qui limitent l’accès des communautés paysannes aux ressources nécessaires à la production d’aliments destinée à leur propre consommation et/ou au marché régional. D’autre part, le tourisme communautaire suppose que l’on admette qu’un tourisme géré et contrôlé par la classe paysanne peut contribuer à la consolidation de son économie, et ainsi participer au maintien du paysan en tant que producteur d’aliments et gérant du territoire.

LE TOURISME RURAL COMMUNAUTAIRE : UN OUTIL EN FAVEUR DU MONDE RURAL DANS LES PAYS DU SUD [1]

- Acción por un Turismo Responsable
- Jordi Gascón [2]

60 % de la population mondiale se consacrent à l’agriculture ou à la pêche et vivent dans des zones rurales. Mais le pourcentage augmente considérablement si nous considérons seulement les pays dits du Sud ou en voie de développement. C’est dans cet immense secteur social que l’on trouve les taux de pauvreté les plus élevés. De la même manière, les zones marginales de villes importantes comme Mexico, Le Caire ou Bombay (l’autre zone où se concentre la misère) ont été formées avec des émigrants d’origine rurale qui se sont vus obligés d’abandonner leur village d’origine pour survivre.

En effet, au cours des 60 ou 70 dernières années, le monde rural est devenu une mine de ressources humaines (main d’œuvre), naturelles (eau, terre) et de capital pour les secteurs économiques secondaire (industrie) et tertiaire (services), qui sont beaucoup plus urbains.

A part quelques exceptions, quand les politiques économiques se sont tournées vers le milieu rural, elles l’ont fait pour favoriser des modèles de développement agro-industriels et non pas pour aider le petit paysan. Cependant, depuis les années 1980, les organisations non gouvernementales, la littérature scientifico-sociologique et les mouvements sociaux ont de plus en plus revendiqué l’importance de cette classe paysanne maltraitée. Pourquoi, alors que quelques années plus tôt, face au développement de l’industrie agro-alimentaire supposée apte à produire d’énormes quantités d’aliments bon marché, tout indiquait que cette classe allait disparaître ?

La réponse se trouve dans les rôles de l’économie paysanne, qui avaient été sous-estimés. L’un d’entre eux consiste à produire des aliments de meilleure qualité et de façon plus adaptée à l’écosystème. L’agro-industrie constitue l’une des causes principales de la détérioration de l’environnement sur Terre ; il suffit de prendre l’exemple du Nicaragua, où les terres les plus belles et les plus productives, capables d’alimenter toute l’Amérique centrale, se sont transformées en désert en trente ans de production intensive de coton. L’utilisation de pesticides comme le DDT ou le Nemagon [3] a entraîné la mort de centaines de milliers de personnes dans le monde, des pandémies de malformations et de maladies incurables.

Un autre rôle qu’on attribue aux économies paysannes est en rapport avec la conservation du territoire. Par exemple, l’Europe présente des taux de population paysanne et rurale très bas. Pour cela, elle doit entretenir d’énormes contingents de gardes et de pompiers forestiers bien équipés pour combattre le feu. Et, comme nous pouvons le constater tous les étés dans le cas des pays les plus méridionaux, ce n’est toujours pas assez. Autrefois, en revanche, les paysans se livraient à une utilisation durable des forêts qui en permettait l’entretien et réduisait les risques d’incendie.

Un troisième rôle s’appuie sur la création de postes de travail. Une économie paysanne salutaire réduit le processus de migration et la pression qui s’ensuit sur les services urbains.

Il y en a encore d’autres, comme celui de soutenir des traits culturels spécifiques ou la biodiversité génétique des espèces végétales et animales.

Par conséquent, les systèmes paysans apparaissent comme un facteur essentiel pour le développement durable et la lutte contre la pauvreté, et nous devons les défendre et les protéger.

Mais dans toute cette histoire, quel rôle joue le tourisme ?

Très souvent, le tourisme a été une des principales causes des problèmes dont souffre le monde rural à cause des besoins de grandes quantités d’eau et de terre, de la naissance de processus inflationnistes ou de la demande ponctuelle de main d’œuvre. On peut prendre l’exemple de l’état mexicain de Quintana Roo (où l’on trouve les fameux centres touristiques de Cancún et Cozumel), caractérisé tant par ses hôtels luxueux que par ses ressources hydriques surexploitées et ses colonies urbaines marginales misérables composées d’émigrants d’origine paysanne.
Cependant, le tourisme peut également représenter un bon outil en faveur des économies paysannes. De nombreuses expériences nous prouvent qu’il est possible de parier sur un secteur dont s’occupent des cellules familiales paysannes, des coopératives agricoles et des peuples indigènes qui intègrent de façon cohérente et durable cette nouvelle activité aux activités traditionnelles. Le tourisme rural communautaire constitue l’un de ces modèles touristiques.

« Le tourisme rural communautaire est un tourisme à petite échelle, établi dans des zones rurales dont le contrôle et la gestion sont exercés de manière significative par la population locale à travers ses structures organisationnelles. Cette définition est très vague, mais elle permet d’englober toute la variété de pratiques qui existent. A vrai dire, il n’existe pas de modèle de tourisme communautaire applicable universellement. Le modèle touristique devra toujours s’adapter aux caractéristiques du contexte et de la population locale, c’est pourquoi une pratique durable et réussie dans un contexte déterminé peut être prise comme référent, mais jamais comme exemple à reproduire. En outre, le tourisme communautaire se caractérise par le fait qu’il vise les secteurs les plus défavorisés de la société, qu’il a la volonté de distribuer équitablement les bénéfices et qu’il établit des synergies avec les autres politiques de développement : économiques dans le milieu agricole, de patrimoine culturel, écologiques, etc. » (Gascón & Cañada, 1995:108).

Le tourisme rural communautaire peut aider à renforcer l’économie paysanne de deux points de vue : d’un côté, en augmentant les revenus des paysans ; de l’autre, en diversifiant les sources de revenus (une stratégie de consolidation économique).

En Amérique Latine, ce modèle touristique est en train de se développer rapidement. Il y a peu de pays qui ne disposent pas encore de réseaux de tourisme rural communautaire à visée nationale ou régionale, plus ou moins consolidés, qui essayent d’offrir des services et de faciliter la promotion et la commercialisation d’offres de leurs organisations de partenaires, en parvenant même à agir comme groupe de pression devant les institutions publiques.

Dans ce contexte, on trouve REDTURS (Réseau de Tourisme Communautaire d’Amérique Latine), un programme de l’Organisation Internationale du Travail, agence des Nations Unies, qui a pour finalité de promouvoir des propositions touristiques qui bénéficient aux communautés indigènes et paysannes de ce continent. Aux dires de son coordinateur, l’objectif consiste à « faire connaître les caractéristiques, les potentialités et les intentions du tourisme communautaire, ainsi que de prendre conscience de ses faiblesses et des menaces qui pèsent sur lui constamment » (Maldonado, 2004).
Parmi d’autres actions, REDTURS cherche des axes de commercialisation pour ce type de tourisme, essaie de couvrir les besoins de formation de la population paysanne qui se consacre au secteur et tente de développer les réseaux nationaux de tourisme rural communautaire.


[1Traduit par Laura Bénédic, stagiaire en traduction pour l’AEDEV, Université de Langues d’Orléans. Avec l’aimable assitance d’Annie Baccon, Professeur d’espagnol à l’Université de Langues d’Orléans. Document source : http://turismo-responsable.org/Inve...

[2Anthropologue spécialisé dans le domaine de l’économie et de la population rurale, il travaille pour l’ONG Acción por un Tursimo Responsable afin de changer le modèle économique du secteur touristique qu’il aimerait voir plus durable et responsable socialement.

[3Pesticide fertilisant fabriqué principalement par la multinationale nord-américaine Dow Chemical jusqu’en 2000 (N.d.T.)