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1er septembre 2006 | Imprimer cette page

Interview du directeur de l’ Alliance Française d’ Ambatondrazaka à Madagascar, M. Boris Dayet

par Denis Rakotonoera

Pourriez vous nous présenter brièvement l’ Alliance française d’ Ambatondrazaka ?

Elle a été crée en 1977. Quelques chiffres : 428 élèves différents, environ 600 élèves inscrits, 40 000 heures de cours vendues en 2005...Le rôle d’une Alliance est la promotion de la langue et de la culture française, et aussi de la culture en général. C’est donc sur ces objectifs que nous travaillons avec un budget global de 8500 euros à l’année, pour 17 professeurs et 5 personnels administratifs.

A qui s’adressent les cours que vous dispensez ?

Les étudiants sont tous malgaches, ils ont moins de 18 ans en majorité. Ce sont des scolaires qui ont besoin de renforcer leur niveau de français (qui a un statut de langue seconde très présent à Madagascar). Etant donné l’état du système éducatif, ce complément est donc primordial pour permettre aux élèves d’atteindre un niveau de français correct au moment du bac (plusieurs épreuves en français). Le réseau des Alliances participe aussi à Madagascar à la formation des enseignants malgache, toujours dans la volonté d’améliorer la compétence linguistique des générations futures. Quelques cours pour les enfants défavorisés sont aussi mis en place.


Quel impact ont vos activités dites culturelles ? Qui y participe ?

L’ impact est relatif en fonction des manifestations justement. Il faut savoir que nous sommes dans une région très rurale, très pauvre également et que l’Alliance est la seule structure culturelle de la ville (qui compte environ 100 000 habitants pourtant). La fréquentation de nos activités est très variable, la population ne consacre pas de temps (ni d’énergie) à la découverte culturelle. Et ici précisément réside le dilemme, nous ne cherchons pas de notre côté à organiser des manifestations très grand public mais plutôt à promouvoir des courants alternatifs.. Il faut donc mesurer ce décalage avec soin, pour ne pas proposer des évènements conventionnels tout en attirant néanmoins un certain public.
En quelques exemples : la Quinzaine scientifique, en Mai sur le thème « L’Homme et l’Arbre » a été un gros succès, plus de 1 000 visiteurs. Le concert de jazz a été très décevant : 45 entrées malgré la renommée du musicien. Le succès du Ciné club est variable. Les dessins animés attirent beaucoup de monde, le cycle « ciné d’Afrique » a très mal fonctionné. Et je refuse de projeter des « Van Damne » ou « Jet Li »qui plaisent pourtant beaucoup ici, toujours dans l’idée de diversification et de découverte. L’Atelier hip hop est au contraire très encourageant. Il existe des groupes locaux motivés qui ont besoin d’un appui : le spectacle a la fin de l’atelier a attiré 200 spectateurs. On envisage de développer l’activité.....

Aedev vous envoie des PC. Quelle utilisation comptez vous en faire ?

1. Cela va nous permettre d’avoir un cyber café digne de ce nom, pour l instant nous n’avons que 4 ordinateurs...
2. Avec les 10 postes offerts pas AEDEV, nous pourrons aussi (et surtout je pense) proposer des cours de français sur internet ou CD Rom, il y a une quantité de choses très intéressantes dans les cours virtuels et nous ne pourrons en profiter qu’avec un certain nombre d’ordinateurs. Ceci s’intègre dans un plan de formation plus général destiné aux enseignants de l’Alliance française afin qu’ils découvrent de nouvelles stratégies pédagogiques.


Quelles conséquences les PC vont entraîné sur les étudiants, leur mode de travail et leur ouverture sur le monde ?

C’est là l’enjeu majeur justement, qui reste pour moi aussi sous forme de question pour l’instant.. En introduisant les PC dans les cours de français, j’espère créer un engouement massif de la part des élèves vis-à-vis des possibilités qu’offrent l’internet et l’ordinateur pour s’ouvrir sur le monde. Mais, comme j’ai commencé à l’évoquer plus haut par rapport au culturel, on ne rencontre pas une grande curiosité de la part de la population locale. Ceci dit, nous aurons à présent un outil de choix pour essayer de la stimuler

Quelle image l’Alliance française a-t-elle au sein de la population de Madagascar ?

A double tranchant : le monopole de l’Alliance sur le terrain culturel laisserait penser que le public arrive en masse à chaque manifestation. Mais, à nouveau comme je l’ai expliqué plus haut, cela dépend beaucoup du type de manifestation. Ce quoi s’ajoute un problème d’image de l’Alliance Française qui est facilement pour les Malgaches un lieu un peu élitiste. Là encore, on voit l’importance des choix culturels.
Plus positif, elle reste une référence pédagogique certaine.