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27 août 2006 | Imprimer cette page

Développement des capacités en TIC pour le Développement dans les universités africaines et grâce aux universités africaines.

par Caroline Lautour

R.D. Colle
Université de Cornell, Etats-Unis.

Résumé

Les universités et les télécentres communautaires ont des missions assez similaires pour la société : la production, le stockage et la diffusion de la connaissance et de l’information. Cependant, dans la majorité des pays en voie de développement, où les télécentres s’efforcent de fonctionner à la demande, les universités sont rarement perçues comme utiles à la viabilité des télécentres. Cet article, qui porte son attention sur le continent africain et fait appel à la nomenclature du Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NPDA ou NEPAD), étudie les bénéfices mutuels dont pourraient profiter les universités et les télécentres grâce à des relations plus étroites. L’article présente également les mesures diverses qui pourraient être prises pour créer un partenariat entre ces deux types d’établissements. Ce papier remet en cause « l’inutilité » présumée des universités et décrit une initiative détaillée de développement de TIC qui inclut l’enseignement, la recherche et a sensibilisation.

Mots-clé : Télécentres ; Universités ; Afrique ; Développement de TIC (DTIC) ; TIC pour le Développement (TICD, ou ICT4D).

Introduction

Un rapport publié en 2003, lors du Somment Mondial sur la Société de l’Information (SMSI), identifie le rôle considérable que jouent les technologies de l’information et de la communication (TIC) dans le domaine des stratégies de développement de l’Afrique (Okapaku, 2003). Le rapport observe que le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NPDA ou NEPAD) se concentre fortement sur la double stratégie du développement des TIC et des TIC pour le développement. Nous expliquons dans cet article que les universités situées dans les pays en voie de développement peuvent avoir une influence majeure sur ces stratégies du NPDA, et que l’eReadiness des universités africaines est un facteur essentiel dans le développement de l’Afrique. En effet, ceci représente manifestement un outil très utile pour la création et la distribution mondiales du savoir, cela-même représentant un défi principal dans l’élan mondial vers les Objectifs du Millénaire pour le Développement (World Bank, 2004a).

Il est tout d’abord important de clarifier un point. Nous appliquons aux universités les termes du NPDA de la manière suivante :

· Le développement des TIC dans le contexte universitaire fait référence aux médias constructeurs et aux équipements numériques qui soutiennent les fonctions internes de l’université, et qui sont associés à un programme universitaire de recherche préparant les étudiants à travailler efficacement dans une société d’information, que ce soit dans le secteur public ou privé ;

· L’expression de TIC pour le développement fait référence à toute université appliquant les TIC aux programmes, hors de ses enceintes, au service des communautés et de la nation.

La question de l’utilité des universités dans le monde qui les entoure, et surtout leurs efforts pour y jouer un rôle actif, est centrale à la création d’une infrastructure de ressources numériques et de connaissances universitaires. Elles peuvent « être le point d’ancrage d’une stratégie globale basée sur la réduction de la pauvreté », dans une économie fondée de plus en plus sur la connaissance ( Nwuke 2003, p.19).

Récemment, nous avons considéré ce problème d’utilité pour un autre continent lorsque l’Alliance Mondiale pour les TIC au Service du Développement s’est tenue en Inde et a mis immédiatement en place l’objectif d’introduire, d’ici 2007, (soixantième anniversaire de l’indépendance de la nation), les 600-000 villages du pays dans la « société moderne de l’information ». Suite à notre proposition d’inclure explicitement les universités agricoles indiennes dans l’Alliance Nationale, nous avons reçu en guise de réponse ce courrier laconique :
« Les universités ont lamentablement échoué à bien des égards. La plupart d’entre elles n’ont aucune notion de la vie hors du campus, et elles ne font preuve d’aucune préoccupation sociale. Pardonnez mon ton aussi franc et direct. »

La situation est-elle différente en Afrique ? Des documents récemment publiés fournissent des points de vue partagés (Beebe et Al 2003, Okapaku 2003). Par exemple, si l’on étudie le point de vue des auteurs de l’Initiative Africaine de Société de l’Information, il n’y a aucune citation concernant un rôle institutionnalisé et explicite pour les universités (Soltane, 2003).

Télécentres : un rôle pour les universités.

Les universités peuvent s’investir de manière très pratique dans les TIC en hébergeant des télécentres ; ces derniers étant impliqués dans le mouvement international des TIC pour le développement. Un télécentre est en fait un établissement public communautaire qui offre à la population la possibilité d’utiliser ordinateurs, réseaux, photocopieurs, scanners, téléphones, matériel d’imprimerie et ressources audio et visuelles pour la recherche d’information, la communication, la formation et le divertissement. Ces services sont gratuits, ou à un prix très abordable. Contrairement à un cybercafé qui a pour objectif de faire du profit, le télécentre a pour mission fondamentale de rendre service à la communauté. Il est composé d’une équipe qui aide activement le public en résolvant les problèmes liés à l’information et à la communication. La gestion d’un télécentre se fait également en collaboration avec d’autres établissements tels que ceux du milieu de l’agriculture, de la santé, du gouvernement et de l’éducation dans le but de mobiliser des ressources d’information, de formation et d’enseignement à distance.

Les universités et télécentres ont un lien logique. Les télécentres ont la possibilité de fonctionner d’au moins trois manières différentes au sein des universités :

· Cela peut être un moyen d’aller au-delà de leur « tour d’ivoire » pour étendre leurs connaissances et les ressources d’apprentissage aux communautés environnantes et aux autres populations de la région. S’ensuivraient la traduction, l’adaptation, la localisation et le reconditionnement d’informations provenant de sources externes, afin de correspondre aux caractéristiques agronomiques et culturelles de ces communautés locales. Cette fonction est surtout essentielle pour les priorités mondiales identifiées dans les Objectifs du Millénaire pour le Développement.

· Sous forme de laboratoire pour le corps enseignant et les chercheurs pour mettre à exécution les TIC et les projets de recherche et de développement liés à l’extension ; tout particulièrement ceux mettant en jeu les problèmes allant du VIH / SIDA à la petite entreprise de commerce en passant par la réduction de la pauvreté et l’implication des universités dans le traitement de ces problèmes.

· Sous forme d’environnement d’apprentissage destiné aux étudiants qui auront le statut de bénévoles du télécentre, afin qu’ils puissent acquérir une expérience pratique en aidant les gens de la communauté (que ce soit des jeunes d’école primaire ou non-scolarisés) à appliquer les TIC aux défis qu’ils rencontrent quotidiennement. Les missions des étudiants et leurs stages réalisés durant un semestre ou pendant l’été peuvent être rattachés aux cours d’enseignement pour les adultes, d’éducation informelle, d’extension, de communication et de média, de sociologie rurale, de science informatique, de technologie de l’information, etc....

Modèles d’université-télécentre

Les établissements d’enseignement supérieur peuvent réaliser cette expérience grâce à, au moins, trois modèles de structure d’université-télécentre. (C’est un domaine encore très peu exploré et qui demande des études supplémentaires). Ces modèles comprennent :

· Des télécentres basés sur le système universitaire, où le télécentre est matériellement abrité dans un bâtiment d’une université et où les ressources en TIC peuvent être partagées, par le biais d’arrangements appropriés, avec des personnes extérieures à l’université. Ce modèle fut un succès lors de son association avec les établissements du primaire et du secondaire, initié dans les projets du World Bank (World Bank, 2004).

· Un télécentre géré par l’université et basé sur la communauté et qui devient une extension, à l’écart du campus. Ce modèle fut utilisé en tant que stratégie d’hébergement de télécentre dans le sud de l’Inde mais n’a autrement pas été exploité plus en détails ( Colle & Roman, 2003).
· Un arrangement soutenu par l’université dans lequel cette dernière fournit des services et une aide continus à un télécentre possédé et géré par une entité communautaire telle qu’un corps gouvernemental local ou une organisation non-gouvernementale (tel qu’une coopérative par exemple). (Un cybercafé commercial soutenu par une université et qui endosse une mission servant le service public est une application de ce modèle qui n’a pas encore été testée).

Nous sommes allés au-delà de l’inculpation plutôt générale du milieu universitaire tel que celle décrite par mon correspondant dans son courrier, et nous avons considéré les cinq dimensions de ce que nous appelons eReadiness dans le contexte universitaire. Celles-ci incluent :

· Un accès à des équipements de TIC et au réseau ;

· Du personnel disponible pour assurer la conception et la production de matériel numérique comme les CD, les pages web et les logiciels de formation à distance ;

· Des programmes universitaires proposant des opportunités dans le domaine de l’expérience qui formeront les étudiants sur l’application des TIC à la communication et au développement ;

· Des politiques universitaires qui encouragent la participation du corps professoral dans les programmes de sensibilisation communautaires ;

· Une attitude TIC du corps enseignant ; c’est-à-dire un comportement positif envers l’utilisation et l’efficacité des TIC dans l’éducation, l’enseignement et l’apprentissage.

Pour explorer certaines de ces dimensions, nous nous sommes basés sur trois études dont deux ont été réalisées dans des pays d’Afrique (nous avons sondé 400 personnes dans des universités du Sénégal et du Ghana) et la dernière inclut les points de vue de plus de 1000 personnes faisant partie du corps professoral ou du milieu de la recherche en Afrique, en Asie et Amérique Latine, et qui ont déjà utilisé la Bibliothèque Agricole Economique Essentielle (BAEE)[1]. Les données furent collectées au début de l’année 2004 et étaient orientées vers les problèmes d’aptitude tels qu’ils étaient perçus par les universitaires et les chercheurs.

D’après les données collectées à partir de la BAEE dans dix établissements de huit pays africains (Botswana, Ghana, Kenya, Malawi, Mozambique, Nigeria, Tanzanie et Zimbabwe), nous avons obtenu un échantillon de 497 personnes interrogées rapportant qu’elles consacraient une partie de leur temps de travail à des activités de sensibilisation. Il est important de souligner que :

· 35% des personnes interrogées en Afrique impliquées dans des activités de sensibilisation ont fait appel aux TIC au moins une fois dans leurs activités ;

· Plus de 75% des personnes interrogées ont répondu 7 ou plus sur une échelle de 10, où le 10 signifie « très intéressé » par une application des TIC dans les activités de sensibilisation ;

· Plus de 80% des sondés sont d’accord (à 7 ou plus sur une échelle de 10) avec l’affirmation : « Il serait utile d’intégrer des ordinateurs et Internet dans les programmes de sensibilisation » ;

· Environ 40% des personnes interrogées sont d’accord (à 7 ou plus sur une échelle de 10) avec l’affirmation : « Il serait difficile d’intégrer des ordinateurs et Internet dans les programmes de sensibilisation » ;

· Enfin, plus de 80% des personnes interrogées sont d’accord (à 7 ou plus sur une échelle de 10) avec l’affirmation : « si j’avais l’opportunité d’intégrer des ordinateurs et Internet aux programmes de sensibilisation, je pense que je le ferais ».

Nous avons constaté que, dans les personnes interrogées, celles qui avaient un peu plus d’expérience dans le domaine de l’Internet étaient significativement plus intéressées par une application des TIC dans leurs activités de sensibilisation par rapport à leurs collègues moins expérimentés. En d’autres termes, le contact avec les TIC semble être un facteur important pour motiver les individus à essayer de mettre des applications TIC au service du développement. De la même manière, les personnes ayant que peu de contact avec Internet ne semblent pas autant intéressées par une utilisation des TIC dans leur travail de sensibilisation.

Même si nos données nécessitent une analyse un peu plus raffinée, nous pouvons déjà affirmer, pour résumer, qu’une minorité relative des personnes interrogées utilise les TIC à des fins de sensibilisation ; cependant, une majorité en voit le potentiel mais ressent quelques difficultés à les appliquer dans leurs activités. Etant donné que nos questions n’étaient pas la partie la plus importante de l’étude évaluative de la BAEE, nous n’avons pas eu l’opportunité d’explorer les « pourquoi » de ces réponses.

Dans l’une des études réalisées en Afrique mentionnées ci-dessus, nos associés ont collecté les données de l’enquête auprès du corps professoral et l’équipe de chercheurs de cinq universités du Sénégal pour évaluer leur perception quant aux activités de sensibilisation permises grâce aux TIC et soutenues par leurs établissements scolaires. Un peu plus de 50% d’entre eux (97 / 172) sont impliqués dans des activités de sensibilisation. Environ 35% d’entre eux ont déclaré utiliser des sites web « occasionnellement » dans le cadre de leurs activités de sensibilisation. Plus de 40% utilisent des e-mails à ces fins. Presque 60% des personnes de l’université et engagées dans la sensibilisation au Sénégal font preuve d’un grand intérêt quand il s’agit d’appliquer les TIC dans leur travail [2]. Environ 45% du corps enseignant impliqué dans le domaine du social sont d’accord avec le fait qu’ « il serait utile d’utiliser des ordinateurs et Internet dans des programmes de sensibilisation », alors que 50% environ sont d’accord avec l’affirmation suivante : « si j’avais l’opportunité d’utiliser des ordinateurs et Internet dans des programmes de sensibilisation, je pense que je le ferais ». [3]

Par contraste, la moitié des personnes interrogées au Sénégal considère qu’ « il serait compliqué d’utiliser des ordinateurs et Internet dans des programmes de sensibilisation » et seulement 8% sont d’accord avec l’affirmation suivante : « je pense que mon université peut se permettre d’investir dans des ordinateurs et dans une connexion à un réseau ». Ces données montrent que même s’il existe un intérêt considérable chez le corps professoral sénégalais en ce qui concerne une application des TIC aux programmes de sensibilisation soutenus par l’université, il y a quand même une certaine inquiétude quant à la faisabilité actuelle de tels programmes. A l’instar de l’étude de la BAEE, notre évaluation préliminaire suggère qu’il y a un noyau au sein des membres de l’université qui se rend compte du potentiel des TIC mais qui doute de la volonté de leur établissement quant au soutien de telles initiatives.

Au Ghana, nation qui a fait d’énormes progrès dans le développement des TIC et qui a créé un centre TIC baptisé Kofi Annan en l’honneur du Secrétaire Général des Nations-Unies, les résultats de l’étude étaient semblables. Dans l’échantillon de personnes interrogées étant impliquées dans des activités de sensibilisation et travaillant dans une université ou un établissement agricole ou technique, plus de 75% ne se servent pas des TIC (CD, ordinateurs, pages web), mais une forte majorité (presque 90%) aimerait vraiment les utiliser. Presque 50% des personnes impliquées dans des activités de sensibilisation remarquent que leur université ne peut pas se permettre d’avoir accès aux TIC. Environ 80% de ces personnes mettent un 7 sur 10 sur l’échelle allant de « pas du tout d’accord » à « tout à fait d’accord », indiquant une prédisposition à l’utilisation des TIC en cas de disponibilité de ces dernières. Une fois de plus, un intérêt certain pour les TIC est visible, mais il y a également un doute quant à la motivation de leur établissement à aller de l’avant.

Aller de l’avant.

Un projet pour développer les capacités en TIC pour le développement.

Que pourrait-on faire pour promouvoir une plus grande implication des universités africaines dans les initiatives de développement de TIC et de TIC pour le développement ? A partir de notre étude et en observant les initiatives de TIC et de développement qui bourgeonnent partout dans le monde, nous avons proposé un projet afin d’établir des capacités en TIC pour le développement dans un groupe régional d’universités africaines. En voici les grandes lignes :

· Appliquer les technologies de l’information et de la communication pour servir le développement rural ;

· Former les étudiants à l’application des technologies de l’information aux priorités du développement national, et notamment aux priorités liées au développement économique et aux Objectifs du Millénaire pour le Développement ;

· Développer les mécanismes de dépenses réelles afin de permettre le libre flux de l’information dans et entre les universités ;

· Développer un contenu multidisciplinaire localement adapté aux populations rurales en utilisant des chaînes de diffusion multimédia ;

· Développer une gamme d’applications de TIC qui renforce les programmes de sensibilisation et d’extension des universités participantes pour les populations marginalisées telles que les femmes, les personnes âgées et les pauvres ;

· Prendre part aux initiatives de recherche et de développement liées au rôle des universités en tant qu’hôtes de télécentres et d’autres applications de sensibilisation.

Réalisations

Quels objectifs de réalisation peut-on réellement atteindre après plusieurs années d’engagement de la part des universités et des investisseurs ? Suite à une initiative bien planifiée et organisée sur trois ans, les observateurs peuvent s’attendre à constater les résultats suivants :

· Un centre régional d’exploitation de ressources en TIC pour soutenir les activités universitaires liées aux TIC pour le développement et au développement de TIC. Le soutien se traduirait par un entraînement pratique du personnel clé, la production d’une documentation éducative et de formation utilisée dans toutes les universités participantes, une recherche collaborative et des échanges systématiques d’informations, de connaissances et d’expériences ;

· Un réseau régional entre les universités optimisées grâce aux TIC et qui coopèrent officiellement aux initiatives de TIC ;

· Un programme d’étude standard et du matériel destinés à l’apprentissage pour les programmes d’entraînement universitaires de développement rural grâce aux TIC ;

· Une équipe de « champions » du développement des TIC et de l’utilisation des TIC pour le développement, dans les universités participantes, promouvant une interaction courante dans le but de faire progresser les applications de TIC destinées au développement ;

· Une politique et un programme explicites destinés à chaque université participante pour les aider au recrutement des étudiants, et une formation continue pour les candidats sous forme de cours et de groupes de travail ;

· Un plan d’action dans le but d’établir des liens communicationnels entre les décisionnaires gouvernementaux des politiques en matière de TIC, les scientifiques des établissements de recherche, les entreprises agricoles et commerciales, les groupes d’agriculteurs et les communautés rurales.

Le défi des télécentres

Les universités qui entreprennent la mission d’employer les TIC dans les programmes de développement peuvent considérer l’émergence des télécentres comme l’apparition de partenaires sociaux. Le fait d’utiliser les télécentres comme un moyen de fournir des ressources en TIC aux personnes qui ne possèdent pas leur propre ordinateur et qui n’ont pas de connexion au réseau éveille un grand intérêt et provoque beaucoup d’activités en Asie, en Afrique et en Amérique Latine. Beaucoup de télécentres luttent pour ne pas disparaître. Ce dont ils ont besoin sont des ressources que les universités pourraient leurs procurer. Par exemple :

· La recherche - il est important pour les télécentres de se renseigner sur le type de ressources informatives et communicationnelles souhaitées par leur communauté et dont celle-ci a besoin. C’est ce qui les aide à fonctionner à la demande, donnée vitale à leur viabilité. Les télécentres ont également besoin de faire des études afin d’évaluer en continu le sérieux avec lequel les attentes de leur communauté sont traitées. De nombreuses universités ont des potentiels de recherche qui pourraient satisfaire les besoins de recherche des télécentres. Et, comme indiqué peu avant, les universités seraient susceptibles d’utiliser ces télécentres comme laboratoires de recherche sociale pour les professeurs et les étudiants.

· Un contenu local et adapté - beaucoup trop de contenus de pages web ne sont pas adaptés aux fermiers et autres populations rurales. C’est un problème rencontré dans le monde entier, où l’information externe est plus importante que la documentation localement adaptée. C’est à ce niveau que l’on doit travailler sur une information crédible, utile et facile à manipuler. Le Programme des Nations-Unies pour le Développement a suggéré que la raison la plus importante expliquant l’échec des télécentres est leur manque de contenu adapté. Les universités telles que celles du domaine agricole ont accès à des informations scientifiques qui pourraient être adaptées aux caractéristiques agronomiques régionales, provinciales et locales, ainsi qu’aux caractéristiques sociales, linguistiques et culturelles ; celles-ci pourraient correspondre à bon nombre d’Objectifs du Millénaire pour le Développement.

· Des ressources de formation et d’apprentissage - le personnel des télécentres a besoin de formation en ce qui concerne la contribution de l’information au développement. Nous avons constaté que les gérants des télécentres ont beaucoup de connaissances en informatique mais le problème est qu’ils ne savent pas comment lier leur potentiel à celui des cliniques, des écoles, de l’extension agricole ou du gouvernement local. De plus, les télécentres doivent informer leurs communautés de la valeur des informations (comme les informations de commercialisation des arachides et le transfert des technologies dans le secteur de la sériciculture) ou des possibilités d’éducation offerte par l’enseignement à distance. La prise de conscience de la valeur des informations aidera les communautés à se rendre compte de la valeur de leur télécentre. Naturellement, les universités ont la capacité d’enseigner et de former mais, et c’est tout aussi important, elles possèdent également les références culturelles pour donner de la crédibilité à leurs ressources de connaissances et à leurs initiatives de formation.

· Les ressources humaines - les télécentres ont besoin de volontaires qui peuvent aider à en faire des lieux attractifs et qui peuvent également aider les visiteurs à chercher et comprendre les avantages essentiels qu’une expérience numérique peut leur offrir. Ces bénévoles peuvent aussi accueillir des groupes particuliers, comme ceux composés de femmes ou de personnes âgées et qui sont souvent exclues de la culture. Les universités possèdent des ressources humaines, les étudiants par exemple, qui pourraient avoir le rôle d’internes dans ces télécentres, et les professeurs qui eux, pourraient jouer le rôle de conseillers sur le contenu et développement. L’un de nos chercheurs a élaboré un plan pour intégrer ces stages dans les exigences du service de troisième cycle au Ghana. Peut-être que, dans certains pays, le service dans un télécentre pourrait devenir une alternative au service miliaire pour les jeunes hommes et jeunes femmes.

Conclusion

Notre étude menée dans le sud de l’Inde et en Afrique était axée autour de l’accès du public aux télécentres et particulièrement autour des problèmes liés à la demande du public en ce qui concerne leurs services et leur durabilité. Nous croyons que les télécentres représentent une force importante dans les efforts réalisés pour fonder une Société de l’Information et pour favoriser la progression vers les Objectifs du Millénaire pour le Développement. Notre expérience en Inde suggère que les universités peuvent être des acteurs de grande valeur en procurant certaines des ressources nécessaires à la survie des télécentres. Cela est très important car les universités sont des entités dans de nombreuses nations et, historiquement, le rôle de l’université fut de créer, stocker et diffuser les connaissances ; ensemble d’activités partiellement semblable à celles des télécentres. Cependant, peu de programmes majeurs lient les universités aux télécentres en tant que sources institutionnalisées d’informations, de connaissances et de formation (matières premières des télécentres). L’eReadiness des universités semble être un bon point de départ.

Notes :

[1] En association avec la Fondation Rockefeller, la Bibliothèque Cornell’s Mann a créé la Bibliothèque Agricole Electronique Essentielle, une collection de plus de 300 CD. Cette bibliothèque contient une compilation exhaustive de journaux actuels et fournit un moteur de recherche bibliographique précis. Elle a été surnommée « Bibliothèque en Boîte » car les CD commandés arrivent chez l’acheteur dans une boîte.

[2] Le pourcentage correspond au nombre de participants à l’étude qui ont accordé une note entre 7 et 10 sur une échelle de 10, où le maximum signifie « très intéressé ».

[3] Ces pourcentages correspondent au nombre de participants à l’étude qui ont accordé une note entre 7 et 10 sur une échelle de Likert allant jusqu’à 10 et où le maximum signifie « tout à fait d’accord ». Les données qui suivent dans le paragraphe présentent des pourcentages basés sur cette même échelle.

Traduit par Caroline Lautour, stagiaire Aedev, Université d’Orléans, avec l’assistance de Maxime Ferreol, traducteur indépendant et bénévole pour Aedev.