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23 juillet 2006 | Imprimer cette page

Comment le duo sida- famine contribue il à un dangereux déséquilibre de la société africaine.

par DE VARGAS CHARLENE

Le sida brise le cycle familial qui permettait de transmettre les méthodes qui permettaient de survivre à des disettes continues. La famine quant à elle empêche les malades de se nourrir correctement. Famine et sida sont intimement liés. C’est pour cela que l’aide alimentaire et la généralisation des traitements antiviraux ne doivent faire qu’un.

Quelques 29 millions d’ Africains sont infectés par le VIH, mais seulement 30 000 malades reçoivent un traitement antiviral. Tous les ans , entre 3 et 4 millions de personnes meurent de maladies liées au sida. En Afrique du Sud , 20% des adultes sont séropositifs ; et ils sont encore plus nombreux au Botswana où l’espérance de vie est passée sous la barre des 40 ans.

Quel rapport y a-t-il entre cette terrible réalité et la famine ? En Afrique, les sociétés agraires traditionnelles étaient habituées aux menaces de sécheresse. Elles considéraient la pénurie de nourriture comme un virus familial , désagréable et douloureux, mais auquel elle pouvait résister. Les victimes des famille étaient presque exclusivement les jeunes enfants et les personnes âgées. Les jeunes adultes en mouraient rarement , les femmes se montraient particulièrement résistantes. Le cœur de la société était alors préservé et arrivait à résister au fléau. Les femmes savaient parfaitement quelles plantes sauvages, racines et baies manger pour survivre en cas de pénurie de mais.

Mais la situation a changé. Dans les sociétés décimées par le sida, la famine est plus meurtrière et difficile à enrayer. La raison est simple :le sida frappe précisément ceux qui savaient résister à la pénurie. Il fait des ravages chez les jeunes adultes, et plus particulièrement chez les femmes, dont le travail est très précieux à la communauté. Quand arrive la saison des pluies, les gens doivent passer 16 heures par jour à arracher les mauvaises herbes et à semer. Si le travail n’est pas fait à temps, la famille connaîtra forcément la famine l’année suivante.
Le fardeau que représente les malades du sida peut déséquilibrer les familles. De nombreux employeurs , du privé comme du public, ont arrêté de payer les malades. Les citadins séropositifs retournent dans leurs villages pour y finir leur vie et y être enterrés. Les orphelins sont renvoyés dans les villages pour y être pris en charge. Selon un mythe persistant, les familles africaines traditionnellement élargies sauraient faire face à cette double charge. Ors, nous sommes douloureusement entrain d’apprendre qu’il n’en est rien.

La chute de l’espérance de vie a également des conséquences que nous commençons toujours à entrevoir. Dans un schéma classique, les avoirs, comme la terre ou le bétail, augmentent au fur et à mesure et sont transmis aux héritiers. Les grands parents s’occupent des petits enfants et les femmes âgées peuvent partager leur expérience en enseignant le préparation des plantes et des fruits sauvages à leurs filles. Mais cette chaîne est désormais rompue. La jeune génération hérite des dettes et n’apprend plus des connaissances essentielles. Comment des jeunes femmes devant élever 6 enfants pourraient elles acquérir l’expérience de leurs mères ou grand mères et apprendre à cultiver un lopin de terre, ramasser les fruits sauvages et organiser la survie pendant une année difficile ?

La première réponse d’un adulte face à la famine est de se serrer la ceinture. En Afrique, les membres des ONG sont tellement habitués à cette résistance physique qu’ils en viennent à ignorer les besoins nutritionnels des adultes et portent toute leur attention sur les enfants. Mais un maalde infecté par le virus du sida doit être bien nourri, il lui faut plus de calories et notamment plus de protéines, pour rester en bonne santé, car la malnutrition accélère la progression de la maladie. Alors que leurs moyens de subsistances s’effondrent, que les noyaux familiaux s’effritent et que les stratégies de survie disparaissent, des millions de jeunes femmes se tournent vers la prostitution - ce qu’on appelle parfois « le sexe de survie- pour nourrir les enfants. Nul besoin d’expliquer les conséquences de ce phénomène sur la transmission du VIH.

En bref, le sida met en péril la capacité des sociétés africaines à se perpétuer. Même le retour des pluies n’annoncera pas un retour à la normale, il ne représentera qu’un bref répit, et nous devons alors admettre que cette crise est différente.

Certains hauts responsables des Nations Unies, à commencer par le secrétaire général, Kofi Annan, ont reconnu l’étendue et la gravité du cataclysme que représente le sida et son lien avec la famine. Mais les outils politiques dont nous disposons paraissent bien désuets et ils sont destinés à régler d’autres genres de crises. Il ne suffit pas d’importer de la nourriture. L’aide alimentaire et la généralisation des traitements antiviraux doivent être considérés comme un ensemble.