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23 juillet 2006 | Imprimer cette page

L’ excision : l’exemple du Mali

par DE VARGAS CHARLENE

L’ excision est trop ancrée dans les traditions pour être attaquée de front. Invoquer les conséquences sur la santé des femmes est la seule façon de faire reculer cette pratique. Comme l’ illustre le cas du Mali.

Au Mali, 94% des femmes en âge de procréer sont mutilées. Ces opérations sur le sexe féminin se pratiquent généralement à vif sous trois formes différentes : soit la clitoridienne ( enlèvement d’une partie ou de la totalité du clitoris), soit l’excision pure ( opération précédente plus ablation d’une partie des petites lèvres), soit l’infibulation (enlèvement du clitoris et des petites lèvres, puis fermeture du vagin par une couture faite de fils ou d’épines avec maintien d’une ouverture minimale pour l’écoulement des règles et de l’urine.)

Tout les intervenants de terrain luttant contre l’excision , qu’ils soient du cru ou des organisations non gouvernementales ( ONG) sont unanimes : attaquer cette tradition de front en la condamnant est voué à l’ échec. Cette attitude ne contribue qu’à intensifier un phénomène de clandestinité doublé d’un sentiment d’incompréhension totale rapidement connoté d’interventionniste occidental perçu comme déplacé. Il faut passer par le désir de comprendre pour pouvoir agir et informer en douceur. C’est le processus qui s’est développé au Mali depuis quelques années par le biais d’une étroite collaboration entre les autorités, les associations locales et les ONG. Et les résultats sont encourageant :en 5 ans, le phénomène a diminué de 5%.

Ce rituel est tellement ancien qu’il est difficile de le situer dans le temps. Tellement ancré aussi que sa signification a évolué , a pris des sens très divers. Lié à la religion ? Certes, pour certains musulmans locaux ( religion dominant à 90%), une femme non excisée est impure. Mais le Coran ne donne aucune indication en la matière et la plupart des grand pays musulmans n’excisent pas les femmes. Par ailleurs, au Mali, les minorités chrétiennes et animistes excisent autant que les musulmans. Connoté sexuellement ? Parfois. Pour certains en effet, il s’agit de s’assurer de la virginité des jeunes filles. D’autres pensent que la non-ablation du clitoris, permettant son développement démesuré, empêche les relations sexuelles. Ou sont persuadés que l’excision est un passage obligé pour la fécondité. Une autre croyance courante consiste aussi à considérer le clitoris comme un dard qui peut blesser l’homme et le nouveau-né. Enfin , l’excision a été longtemps vue comme un rite initiatique à l’entrée de l’adolescence , à l’ instar de le circoncision pour les garçons. Ce principe fondateur a toutefois perdu de son sens quand on sait que ces interventions sont de plus en plus pratiqués dans les premières semaines après la naissance. Mais une constante, en tout cas : la quasi-majorité de la population n’est pas loin de penser que c’est une étape incontournable. Qu’il s’agisse des pères, des mères, des garçons, des filles, des grand-parents. Quelles que soient les menaces brandies . Quelle que soit l’ire internationale. Alors ?

Il ne faut pas aborder l’excision sous l’ angle de la religion ou des droits de la femme. Il faut en parler sous l’angle de la santé. En effet, généralement pratiquées sans anesthésie et dans des conditions d’hygiène élémentaires - avec un couteau non désinfectées qui sert collectivement - , l’opération s’accompagne généralement de complications. Comme de hémorragies, des infections ou de l’inoculation de maladies ( tétanos, hépatite et ... sida). Quand la douleur et le choc ne sont pas d’une intensité mortelle. A plus long terme, les femmes sont également tout le temps confrontées aux conséquences de la chose

Sur le plan psychologique : des filles sont traumatisées à vie par la douleur de l’excision. Sur le plan sexuel : chez certaines femmes, l’orifice laissé est si étroit que toute relation sexuelle est synonyme de souffrance innommable, avec les risques de tension au sein du couple, de répudiation, de marginalisation que ce vécu génère. Enfin d’un point de vue médical, ces amputations sont source de problèmes de tous ordres : incontinences urinaires ou anales pour cause d’organes périphériques endommagés, stérilité et infections dues à la rétention du sang menstruel et , surtout, accouchement rendus extrêmement périlleux à cause de l’étroitesse , de la perte d’élasticité de l’orifice vaginal. Avec pour conséquences : étouffement du bébé et/ ou déchirures de toute sorte pouvant atteindre l’urètre, le sphincter...

Ceux qui mènent croisade contre l’excision au Mali se sont lancée dans une campagne de sensibilisation qui a pour l’instant eu des effets encourageants. Les jeunes femmes osent enfin parler de leurs problèmes intimes liés à l’excision. Le débat est un peu plus dur avec les exciseuses qui ont une place importante dans la société, au sein du village. Renoncer à cette pratique, c ‘est renoncer à un statut social reconnu et respecté. L’excision ne pourra donc qu’être combattue par un effort de compréhension d’une autre culture, en évitant tout forme d’ européocentrisme, grâce aux nouvelles générations qui se devront d’être correctement informées.