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21 mai 2006 | Imprimer cette page

Petit topo sur la conduite de projet en traduction

par Caroline Lautour

I/ Petit topo sur la conduite de projet en traduction

La gestion de projet est définie comme un processus qui consiste en un ensemble d’activités coordonnées et maîtrisées, avec une date de début et de fin, conformes à des exigences spécifiques (prix, ressources, etc.).
Dans une conduite de projet, le travail s’effectue toujours en équipe, avec à la tête de celle-ci un chef de projet. Celui-ci s’occupe généralement de tout ce qui est administratif (devis, contrat) et supervise le travail des traducteurs. La conduite de projet en traduction comporte plusieurs étapes.
Tout d’abord, il y a le premier contactavec le client. Il s’agit de comprendre ce dont il a besoin, de collecter des informations commerciales, de savoir à quoi va servir la traduction. De plus, il faut également s’informer sur la nature de la traduction, c’est-à-dire le domaine traité, le volume, le format. Il est nécessaire de demander au client les impératifs de délai, s’il a déjà fait faire des traductions et des glossaires.
Ensuite, vient l’analyse de la demande. Le chef de projet doit analyser le texte source, la faisabilité, la durée nécessaire, le coût, la macrostructure, le niveau de langue et la syntaxe.
Après cette analyse, le chef de projet s’attaque à la constitution du dossier concernant le client. En fait, c’est une sorte de journal de bord qui indiquera la date de réception et le format du document, qui contiendra aussi la documentation et la terminologie du client. On peut éventuellement faire un petit historique des contacts avec le client (noter les communications téléphoniques, les mails). Il y a évidemment le devis (identités, type de travail, format, nombre de mots, délai, date de livraison, prix, conditions de règlement et adresse de facturation). Le chef de projet mettra également dans ce dossier sa fiche de suivi de projet, personnelle, (identification, date de la demande du client, date d’acceptation du devis, format du document, combinaison de langues, date de livraison, noms des traducteurs et relecteurs, mode de livraison et numéro de facture). Aussi, on trouvera dans le dossier le bon de commande (numéro d’identification, coordonnées, prix, délai et consignes). Enfin, et c’est peut-être la chose la plus importante : la facture (identification, numéro de facture, description de la facturation, prix HT, TVA à 19,6%, prix TTC et les conditions de règlement).
Puis, après tout ce travail administratif, le chef de projet donne le texte à traduire à un ou plusieurs professionnels, qui vont faire la mise en traitement du document (format et alignement) et le traduire.
Enfin, la suite logique de ce travail est la correction ou relecture du travail réalisé, avant de pouvoir l’envoyer au client.

II/ Un mot sur la profession

Souvent, les chefs de projet en traduction ont une formation de traducteurs et sont amenés à faire un choix entre mener un projet à bien ou traduire (sauf pour les traducteurs indépendants qui, eux, doivent gérer le projet tout en traduisant).
En fait, être chef de projet nécessite une très grande organisation, un bon contact avec les gens et de l’autorité, car il faut parfois gérer des équipes à l’effectif assez élevé. C’est le chef de projet qui est responsable auprès du client.

Il existe plusieurs associations de traducteurs (comme l’Association des Traducteurs Littéraires de France, cf. www.atlf.org ), un syndicat unique pour cette profession (le SFT, cf. www.sft.fr ) mais il existe également une association pour les chefs de projet (l’Association Francophone de Management de Projet, cf. www.afitep.fr). Quand un chef de projet accepte de traiter avec un client, il choisit un ou plusieurs traducteurs qui vont travailler sur la traduction, et toute l’équipe s’engage alors à respecter une déontologie commune. En effet, les notions les plus importantes sont le secret professionnel (aucune information sur le client et sur le travail donné ne doit être répandue), un sens de traduction bien précis (un traducteur ne doit traduire que vers sa langue maternelle), la non-concurrence (si un traducteur en entreprise décide de s’installer en indépendant, il ne devra pas contacter les clients de son ancien employeur), la non-obligation de résultats mais une obligation de moyens (une équipe de traduction doit tout mettre en œuvre pour réaliser le travail demandé), et l’obligation d’informer et de conseiller le client. De plus, les traducteurs doivent être très attentifs à la fidélité au style de l’auteur qu’ils traduisent, tout en prenant compte les attentes des lecteurs. Ils doivent également être irréprochables quant aux règles typographiques et à la forme du support choisie par le client.
Aussi, le respect des délais est très important aux yeux des clients, mais la qualité de la traduction et la sécurité (confidentialité) sont également des critères de grande valeur qui pourront influencer le client à revenir vers un traducteur plutôt qu’un autre. Il est évident qu’un professionnel qui rend un texte très bien écrit en respectant les délais aura plus de travail qu’un autre professionnel qui néglige un peu ces données. Même si ces cas sont rares, il faut savoir que n’importe qui peut exercer ce métier, quiconque voulant s’installer en indépendant a le droit de le faire. C’est pour cette raison que les clients préfèrent généralement passer par des entreprises de traduction.

Quel que soit le statut du traducteur, il faut qu’il apprenne à se remettre constamment en question, et surtout à bien maîtriser son travail et ses outils de travail (l’informatique et les dictionnaires). En effet, une mauvaise traduction risque de produire une mauvaise publicité (pour l’entreprise ou pour le traducteur) et d’entraîner la perte d’un client.

Enfin, il faut également souligner le fait que le métier de traducteur, quand il est exercé en indépendant, comporte un risque majeur : celui de ne jamais percer dans le métier. En effet, si on n’utilise pas une bonne stratégie pour se faire connaître (recherches préalables sur les entreprises contactées, une publicité et un CV attrayants, passage par le réseau des traducteurs, etc.), on ne travaillera pas suffisamment pour subvenir à ses besoins et on se verra obligé de mettre la clé sous la porte.

III/ Les normes de qualité et la charte des traducteurs

Les professionnels de la traduction (que ce soient les traducteurs, les relecteurs, et les autres) sont soumis à des normes de qualité, qui sont assez nombreuses. La norme européenne a pour objet d’établir et de définir les exigences relatives à la prestation de service de traduction de qualité. En voici les principaux points :
La compétence de traduction : compétence permettant de traduire des textes à un niveau professionnel. Elle comprend la capacité à évaluer les problèmes de compréhension et de production d’un texte, ainsi que l’aptitude à fournir le texte-cible conforme à l’accord passé avec le client. Cela consiste également à pouvoir motiver les choix effectués.
La compétence linguistique et rédactionnelle dans la langue source et la langue cible : compétence incluant l’aptitude à comprendre la langue source et à maîtriser parfaitement la langue cible. La compétence rédactionnelle requiert la connaissance des conventions intertextuelles pour la plus grande palette possible de textes de langue courante et de langue spécialisée, et comprend l’aptitude à appliquer cette connaissance à la production des textes.
La compétence en recherche, acquisition et traitement de l’information : compétence incluant l’aptitude à acquérir effectivement les connaissances linguistiques et spécialisées supplémentaires nécessaires à la compréhension du texte-source et à la production du texte-cible. La compétence en recherche requiert également une certaine expérience dans la manipulation des outils de recherche et l’aptitude à élaborer des stratégies appropriées en vue d’une utilisation efficace des sources d’information disponibles.
La compétence culturelle : compétence incluant l’aptitude à exploiter les informations relatives à la base de connaissances et aux particularités locales ( c’est-à-dire l’environnement culturel), aux normes comportementales et aux systèmes de valeurs qui caractérisent les cultures source et cible.
La compétence technique : compétence incluant les aptitudes et le savoir-faire nécessaires à la préparation et à la production professionnelles de traductions. Cette compétence comprend l’aptitude à utiliser les outils de technologies de l’information et les recueils terminologiques actuels.
Un management de qualité : les prestataires de service de traduction doivent disposer d’un système de management de la qualité documenté et approprié à leur taille et à leur structure organisationnelle.

De plus, et c’est le cas pour nombre de métiers, les traducteurs doivent respecter une charte. Vous pourrez la consulter en cliquant ici : http://www.fit-ift.org/fr/charte.php. Evidemment, cette charte est pleine de bon sens, et elle est d’autant plus logique que ceux qui l’ont constituée sont des traducteurs. Ils connaissent les problèmes et difficultés par les professionnels et ont crée une charte pour essayer de remédier à ces problèmes et mettre un peu d’ordre dans la profession. En effet, même si cette charte est reconnue et appliquée en France, il reste tout de même quelques réfractaires. En fait, comme je l’expliquai auparavant, certaines personnes s’installent en traducteurs indépendants et parfois, elles n’ont que faire des normes établies et de la charte. C’est cette minorité qui empoisonne le milieu de la traduction car ne respectant pas tous les points de la charte, il pratique la concurrence et adapte leurs prix en fonction des demandes, ce qui n’est pas très légal et honnête.

IV/ La traduction automatique

Aujourd’hui, on voit de plus en plus de logiciels de traduction automatique se créer. Ces logiciels (Reverso, Systran, Babylon, Free Translation, Tradifax, etc.) ne doivent pas être utilisés avec l’espoir d’obtenir une traduction idéale. En effet, ils ne produisent qu’une traduction approximative du texte original et servent essentiellement à avoir une vision rapide du sens global d’un texte. En plus, si le texte source contient des mots un peu compliqués, il arrive que le logiciel sorte des traductions abracadabrantes.
Exemple : « There is more to ICTs than just serving as a cheaper and faster communication vehicle and knowledge source. »
Traduction proposée par Tradifax : « Il y a plus à ICTs que juste servant de véhicule de communication et de source meilleur marché et plus rapides de la connaissance. »
Un traducteur qui obtient ce résultat aura quand même beaucoup de mal à donner le moindre sens à cette phrase, c’est pourquoi il vaut mieux utiliser son cerveau et ses dictionnaires. L’usage de ces logiciels est donc à proscrire ou en tout cas, à modérer.

V/ Bibliographie

Voici une liste des livres sur les méthodes de traduction :
Initiation à la version anglaise, Françoise Grellet
Comment faut-il traduire, Edmond Cary
Le commentaire de traduction anglaise, Michel Ballard
Le nom propre en traduction, Michel Ballard
Versus : la version réfléchie, Michel Ballard
Introduction à la traduction : méthodologie pratique, Delphine Chartier.