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15 mai 2006 | Imprimer cette page

Interrogation sur l’influence néfaste des D3E en terme de développement durable

par Alexis Berger

Cet article traite d’une problématique émergeante pour le développement durable. Par de nombreux aspects elle est en lien avec les démarches d’Aedev. En tant que lecteur et acteur du développement durable, vous êtes invité à réagir.

Aedev, association e-développement, aide les structures africaines à but non lucratif à créer des télécentres ouvert à tout public. L’appui d’Aedev porte sur le montage de dossier, la dotation en matériels informatiques et la formation. L’objectif est de permettre au public de s’initier à l’utilisation des outils informatiques et à l’Internet afin de profiter dès à présent des opportunités que les TIC peuvent offrir et notamment : l’acquisition d’information, la formation, la connaissance, le développement des échanges culturelles et commerciales, la constitution de réseaux virtuels pour la réflexion et l’action. Aedev apporte ainsi sa contribution à la lutte contre la fracture numérique qui fait partie du plan d’action du Sommet mondial pour le développement durable de Johannesburg de 2002. http://www.agora21.org/johannesburg/rapports/plan-action.pdf , article 69

Aedev a mis en place, pour cela, un partenariat avec des structures françaises (associations, entreprise d’insertion) spécialisées dans le reconditionnement d’ordinateurs. Dans ce cadre, Aedev expédie du matériel informatique en Afrique. Les matériels sont dans certains cas offerts aux bénéficiaires, quand il s’agit notamment d’établissements scolaires, ou vendus à bas prix, quand il s’agit d’associations qui disposent d’une surface financière.

Les ordinateurs envoyés sont à l’origine récupérés auprès de grandes entreprises qui les ont comptablement amortis. Les ordinateurs en état de marche sont pris en charge par les partenaires d’Aedev. Ils testent, reconfigurent, nettoient chaque ordinateur. Les pièces défectueuses sont détruites en France. Aucun déchet électronique n’est envoyé en Afrique. La durée de vie des ordinateurs est ainsi allongée.

Le matériel d’occasion en état de marche devrait théoriquement garantir une utilisation normale à moyen terme dans les pays d’expédition. On pourrait, à priori, effectivement penser qu’un ordinateur âgé de 3 ou 4 ans, possède une technologie suffisante pour assurer une utilisation basique (navigation Internet, traitement de texte…) pour quelques années.

Pourtant, même si une partie du matériel envoyé est utilisée de façon bénéfique et atteint ses objectifs en terme d’accès aux informations, AEDEV relève un problème majeur dans son action : Tous les matériels acheminés auront une fin de vie et deviendront irrémédiablement des déchets polluants.

L’explication de la pollution engendrée par ces matériels informatiques repose sur trois phénomènes. Tout d’abord, la casse causée par la fragilité intrinsèque du matériel et par des effets externes (virus, mauvaises utilisation..). Ensuite, les caractéristiques techniques de matériel qui ne facilite pas les réparations et les évolutions. Lorsqu’un composant est défectueux ou obsolète rien ne rend aisé son remplacement. Et enfin, le caractère polluant des composants chimiques contenus dans les D3E.

Ces trois phénomènes associés à l’absence de compétences informatiques des utilisateurs, font rapidement passer un ordinateur du statut de matériel d’aide au développement à un statut de déchet nocif. Ce constat est contradictoire à l’objectif d’AEDEV d’inscrire son aide dans un développement durable avec une perception globale des conséquences de ses démarches. Ce constat relève également de la contradiction entre deux objectifs du plan du Sommet Mondial pour le développement durable : la lutte contre la fracture numérique et la protection de l’environnement.

Considérant la démocratisation des TIC comme un facteur de développement global et nécessaire, mais refusant l’accroissement de la pollution consécutive, Aedev lance un appel à la concertation et à la réflexion en élargissant le débat au problème global posé par les déchets d’équipements électriques et électroniques. L’intérêt de ce questionnement est de se soustraire au seul raisonnement causal qui conduirait à ne traiter le problème qu’en aval par le seul traitement des D3E. La mise en place de filières de traitement en Afrique est, par exemple, une démarche nécessaire mais peu réaliste dans le contexte strictement local. Elle devrait faire l’objet d’une réflexion commune entre les pays du Nord et du Sud où les sociétés civiles auraient un rôle important à jouer.

L’article 63 du Sommet Mondial pour le développement durable indique qu’il faut : « Gérer rationnellement les produits chimiques, et en particulier les produits et déchets chimiques toxiques et dangereux, notamment en entreprenant d’aider les pays africains à définir des profils chimiques nationaux, à convenir de cadres et de stratégies régionales et nationales de gestion des produits chimiques et des services spécialement chargés des produits chimiques. » C’est dans ce sens que les actions doivent être entreprises : en régulant en amont afin de limiter les répercussions environnementales en aval.

Cependant, les PVD et en particulier ceux d’Afrique sont, à cause d’une industrie peu développée, pour l’instant tributaire de 3E (Equipement Electriques et Electroniques) provenant des PID. 3E dont la conception est inadaptée aux besoins de ces pays. Dans le contexte de mondialisation et face à la nécessité de ne pas laisser les PVD en marge du développement des TIC, tout en respectant les objectifs environnementaux du sommet mondial pour le développement durable, un changement d’approche de l’industrie productrice serait bienvenue. C’est dans cette démarche de changement d’approche que Aedev aimerait s’investir.

La politique européenne curative, c’est à dire la systématisation du traitement des D3E est la solution mise en place actuellement en Europe. Cette politique, traduite par les décrets européens ROHS (Restriction On Hazardous Substances) et WEEE (Waste Electrical and Electronic Equipment), mérite d’être étudiée à la vue, par exemple, des difficultés liées à sa mise en application en France ou à l’émergence de pratiques frauduleuses créant des « pays poubelles » accueillant nos D3E.

De plus, considérant l’accroissement exponentiel des D3E, quelques interrogations viennent à l’esprit : Quelles sont exactement les politiques et les réglementations en vigueur concernant les D3E ? Est-il possible, même avec l’aide de la réglementation, d’orienter tous les D3E vers des filières de traitement ? Quelle est la part de D3E traitée aujourd’hui ? Quel est la part d’un D3E vraiment valorisée ? Les filières de traitement auront-elles la capacité nécessaire pour traiter tous les D3E dans 10 ans ? Quel est le coût environnemental d’un tel traitement ? Qui va concrètement subir le coût financier du traitement des D3E ? Est-il possible d’harmoniser la politique européenne actuelle au niveau mondial ?

Avant même de répondre à ces questions, nous pouvons imaginer qu’une solution complémentaire à l’orientation politique européenne concernant les D3E s’avérerait judicieuse, notamment si elle à pour but de réduire les quantités de D3E issues de la consommation croissante de 3 E.

En conclusion, nous relevons donc deux problèmes relatifs aux D3E. Le premier, au niveau du développement des PVD, permet de constater que le matériel utilisé n’est pas adapté à un développement durable. En effet, son obsolescence rapide entraîne systématiquement des pollutions et le ralentissement de la démocratisation des TIC. Le second, au niveau des pays producteurs, révèle que les politiques environnementales, faisant face à l’augmentation rapide des D3E, s’avèrent pour l’instant peu efficaces. Deux problèmes de développement durables dont les producteurs et les consommateurs détiennent la clé.

Ne faut-il pas repenser le mode de production et de consommation des 3 E afin de réduire globalement les D3E et répondre aux besoins des PVD ?