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25 mars 2006 | Imprimer cette page

Maghreb-partenariat Call Center interroge D. Rakotonoera



Rencontre avec son président fondateur Denis Rakotonoera qui nous livre ses impressions sur la fracture numérique et le développement des TIC sur le continent africain.

Pouvez-vous nous présenter les missions de l’association Aedev ?

L’Association e-développement a pour objet d’encourager l’utilisation des TIC dans les pays du Sud et de mettre ces outils au service du développement durable. Aedev apporte un appui solidaire aux structures à but non lucratif afin qu’elles puissent accéder aux TIC, former leurs adhérents et le public auquel elles s’adressent et créer des contenus. Nous leur proposons un ensemble de services :

- La création, l’hébergement et la maintenance de sites Internet,

- L’acquisition d’ordinateurs reconditionnés avec l’appui de notre partenaire, le Centre des Handicapés au Travail de la Ville de Besançon,

- La formation en ligne ou sur le terrain.

- Nous aidons également les associations à formaliser leurs projets numériques notamment la création de télécentres.

- Enfin, nous avons mis en place une ligne téléphonique internationale qui permet au public et notamment aux diasporas africaines d’appeler depuis la France tout pays africain à un prix unique. Il s’agit du service Kingatel (0892 404 404, 0,34 euro la minute).

Pourquoi et comment avez-vous créé Aedev ?

J’ai voulu apporter une contribution à la lutte contre la pauvreté et intervenir dans un domaine où je peux être utile. C’est ainsi que j’ai choisi tout naturellement les TIC. J’ai une double formation en économie et en informatique et une expérience de chef de projet dans les systèmes d’information. Je suis convaincu de l’importance des TIC dans le développement de l’économie.
En 1980, j’ai créé une association Rencontres Télématiques Nord Sud dont l’objet était de mettre en relation les populations du Nord et du Sud à travers, principalement, l’utilisation du minitel. Cet outil, malgré toutes ses qualités, n’a hélas pas quitté l’Hexagone. Au bout de 2 ans, RTNS a cessé ses activités. Mais j’ai toujours gardé l’espoir de faire revivre ce projet.
En 2000, à l’occasion d’un congé solidaire au sein de Planet Finance, ONG spécialisée dans la micro finance, j’ai pu constater la puissance de l’Internet comme outil de communication et outil collaboratif. Un an plus tard, avec des amis et deux membres de la famille, nous avons créé l’Association e-développement. Aedev compte aujourd’hui une vingtaine de membres actifs et une cinquantaine de « e-bénévoles » qui interviennent pour la conception de sites, le tutorat des cours en ligne, la traduction et l’animation du site www.aedev.org. Ces derniers sont basés en France, en Belgique, au Canada et en Afrique. Enfin, Aedev est représentée dans onze pays d’Afrique.

Quels sont vos projets à court et moyen terme ?

- Développer une offre de service payante de création de sites Internet destinée aux entreprises. Des membres de l’association et des partenaires peuvent répondre à de hauts niveaux d’exigences des entreprises. Le gain obtenu de cette activité permettra de développer nos projets numériques gratuits en Afrique.

- Doter des associations, collectivités locales, entreprises publiques d’ordinateurs reconditionnés et leur proposer un accompagnement en termes de formation et d’assistance

- Accélérer la production de contenus de qualité. Nous ferons appel à des professionnels, des journalistes, des chercheurs, des écrivains pour participer à l’animation du site

- Mettre en ligne une formation sur les TIC et le développement au mois de septembre/octobre

- Mieux communiquer autour de notre service téléphonique Kingatel qui est concurrentiel pour des appels vers des pays comme Burundi, le RD du Congo, Madagascar

Enfin, nous espérons réaliser un projet qui nous tient à cœur, la création d’un centre de formation en informatique dans la région parisienne, spécialisé dans la maintenance. Le public cible sera constitué de jeunes sortis du système scolaire sans qualification. Nous visons un double objectif : intégrer des jeunes dans le monde professionnel et leur donner la possibilité de faire des stages en Afrique afin qu’ils préparent éventuellement une insertion dans ces pays.

Que pensez-vous du développement des secteurs de centres d’appel et TIC en Afrique de l’Ouest francophone et au Maghreb ?

Le développement des centres d’appel et des TIC en Afrique de l’Ouest et surtout au Sénégal et au Maghreb sont très prometteurs. Il montre une grande capacité d’adaptation de ces pays à intégrer les nouvelles technologies et à mettre en place une organisation en réseau au niveau mondial.

Ce résultat n’est pas surprenant. La population africaine est jeune et cette jeunesse est impatiente et avide de nouveautés. L’explosion de l’usage du téléphone mobile en est la preuve. Personne n’aurait parié sur le succès du téléphone portable en Afrique il y a moins de 5 ans. Et comme le téléphone portable fera la synthèse des TIC (télévision, Internet, applications informatiques..), dans quelques années, les TIC seront largement diffusées au moins dans les grandes villes africaines. Aujourd’hui, si le Sénégal avait le même PNB que la France, il disposerait de plus de télécentres, de PC et de sites Internet que la France !

Pensez vous que l’implantation de ces entreprises peut aider à réduire la fracture numérique ?

Je le pense car ces entreprises mettent en œuvre des technologiques de pointe en téléphonie, en informatique, en logiciels CRM, et une organisation de travail similaire à celle des entreprises occidentales les plus performantes. Les centres d’appels et les TIC constituent des débouchés pour des salariés et des entrepreneurs locaux et ces personnes sont des vecteurs de la connaissance des TIC auprès de leur entourage. Il y a donc un effet d’entraînement sur l’ensemble de l’économie. A ce sujet, j’ai trouvé déplorable la campagne menée en France l’année dernière contre les centres d’appels délocalisés à l’étranger. Quand le Sud fait preuve d’une grande capacité d’adaptation et produit un niveau de qualité de service comparable à celui de l’occident, il est menacé par le protectionnisme du nord qui par ailleurs vante la mondialisation et le libre échange !

Maintenant les centres d’appel pourraient apporter une contribution plus sensible à la lutte contre la fracture numérique dans chaque pays. Chaque centre d’appel devrait créer au moins un télécentre ouvert à tout public et participer ainsi, « à sa porte », à la lutte contre la fracture numérique.

Menez-vous des actions en vous appuyant sur le secteur privé pour favoriser le développement de l’accès aux TIC ?

Nous menons nos premières relations avec le privé, notamment pour la création de sites. Les premiers résultats pourraient poindre l’année prochaine, un de nos partenaires possède une expertise dans le développement de sites en flash. Nos partenaires se sont engagés à verser une partie de leurs gains à Aedev.

Comment peut-on vous aider ?

De plusieurs manières :

· en achetant des ordinateurs reconditionnés par notre intermédiaire et en les mettant à la disposition d’une structure associative dans votre pays ou d’autres pays.

· En faisant appel à nous pour la mise en place d’une formation en ligne ou pour la création de sites Internet
En faisant un don monétaire pour financer nos projets numériques. Par exemple, pour équiper un centre de jeunesse à Madagascar, nous recherchons 1 600 uros pour l’envoi de 15 PC reconditionnés.

Quelles sont vos attentes par rapport au Sommet Mondial pour la Société de l’Information ?

Du concret. Des engagements réels pour financer l’infrastructure et la formation et aussi un engagement de chaque pays pour que la liberté de l’information soit respectée. En effet, peut-on réellement bâtir une société de l’information si les idées et les talents ne peuvent pas s’exprimer ? Et enfin, j’attends aussi du sommet un déclenchement d’un vaste « effet réseau ». Le Sommet pourrait être l’occasion d’apprendre à travailler ensemble à l’échelle mondiale.

15/11/2005