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4 novembre 2005 | Imprimer cette page

L’ETAT DE LA POPULATION MONDIALE (2)

par Danielle Beaugendre

Analyser l’état de la population mondiale en 2005, c’est aussi se pencher sur ses conditions de vie, très contrastées selon les grandes régions, au sein de ces grandes régions, enfin au cœur même des Etats. Tandis qu’une fois encore, au G8, cet été, les grands de ce monde « planchaient » sur les moyens de réduire la pauvreté dans le monde, continuent d’y sévir de profondes inégalités quant aux revenus, à la santé et au bien être, à la place des femmes dans la société.

Aujourd’hui, il y a des "Nords", des "Suds" et aussi des « Suds » au Nord, et des « Nords » au Sud, complexité difficile à gérer. La notion elle-même de pauvreté n’est pas une : celle qui s’accroît dans les pays riches, est une pauvreté confrontée à la surabondance, celle des pays en développement est une pauvreté de carence. Les réponses ne peuvent être identiques.

Appuyé sur les travaux du PRB -Population Reference Bureau [1] - illustré par des cartes de l’IEP [2] de Paris, le constat est le suivant :

- La fracture N/S est toujours d’actualité

Il y a des Suds, c’est vrai. Certains pays qualifiés d’"émergents", le Brésil, l’Inde, la Chine, connaissent un décollage économique rapide depuis une décennie. Géants par leur population, ils le sont aussi par leur territoire et leurs richesses naturelles encore neuves.

Mais ce n’est pas suffisant pour faire oublier les inégalités sociales et régionales qui s’y creusent. La réalité de leur récent dynamisme ne gomme pas pour autant la "vieille", mais pas si démodée, fracture N/S.

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Anamorphose des Produits Nationaux bruts
La Triade domine l’économie mondiale.

Le procédé de l’anamorphose rend frappante cette inéquité fondamentale [3].

Mis à part les nouveaux bastions économiques qui justement y "émergent", l’Amérique latine, l’Afrique surtout, apparaissent comme de nouvelles Atlantides. Ces continents sombrent, se dissolvent dans l’océan. L’Asie continentale aussi recèle aussi des poches de grande pauvreté.

Tandis que les trois centres d’impulsion de l’économie mondiale - la Triade [4] les écrasent de leur masse économique imposante.

- Quelque 2,8 milliards de personnes, soit la moitié
de la population mondiale, vit sous le seuil de pauvreté

Avec moins de 2 $ US par jour. Et 50%, c’est une moyenne, qui masque l’extrême dénuement de certains. En Ouganda, ce sont 97 % de la population qui survivent dans ces conditions, 80% au Nicaragua, 66% au Pakistan. Et 47% en Chine, où s’accroissent les contrastes régionaux, et où les records de croissance économique relèguent dans l’ombre la misère rurale.

Cette carte utilise une autre technique graphique. Elle croise deux critères : la richesse nationale (les bulles oranges) et les effectifs de population. On voit clairement que les pays riches ont un nombre d’habitants (les bulles vertes) réduit relativement à leur richesse, donc beaucoup à partager, (enfin en théorie, car tout dépend des critères de répartition !), alors que c’est l’inverse pour les pays en développement.

- Le cercle vicieux de la pauvreté.

La pauvreté se perpétue. Elle est exacerbée par la mauvaise santé, l’inégalité entre les sexes, et le défaut d’instruction.

La carte ci-dessous est éloquente. La mortalité infantile en Afrique est 15 fois supérieure à celle des pays riches.

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La mortalité infantile

Le paludisme tue de 1 à 2 millions de personnes par an et le sida encore plus : la pauvreté est l’alliée fidèle des désastres sanitaires. L’Afrique subsaharienne compte à elle seule 71% des personnes atteintes du virus HIV, soit 24,5 millions de personnes adultes et enfants. Chez les jeunes africaines, le taux moyen d’infection est cinq fois plus élevé que chez les jeunes hommes.
La protection des droits des femmes et des filles est sans aucun doute l’expression la plus éclatante du niveau de développement d’une société.

Dans ce monde en développement, une femme meurt pendant sa grossesse ou en couches, toutes les minutes. Améliorer la condition des femmes, est primordial. Et les mesures prioritaires à prendre sont bien connues !!!

- éliminer les écarts entre les sexes dans l’éducation.
- élargir l’accès à l’information et aux services relatifs à la santé en matière de reproduction et de sexualité.
- investir dans les infrastrutures pour allèger le travail des femmes.
- réduire la discrimination dans l’emploi, le droit de propriété et l’héritage.
- accroître le rôle des femmes dans les organes gouvernementaux.
- réduire radicalement la violence contre les femmes et les filles.

Ces mesures coulent de source, mais que les inerties sont grandes...A noter que bon nombre de pays du Nord seraient bien inspirés de reconsidérer leur propre législation...

Une raison de se réjouir : l’alphabétisation des femmes a progressé sensiblement, et l’écart entre les sexes a régressé, comme on peut le lire sur les graphiques ci-dessous.

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Evoltion comparée de l’analphabétisme en Afrique et en Asie
Des raisons d’espérer : une lente décroissance.

L’Asie a pris de l’avance : les Dragons (Corée du Sud, Taïwan, Singapour), et autres Etats de l’Asie - Pacifique ont suivi le modèle japonais, et c’est une des clés de leur décollage économique.

La planification familiale, l’amélioration des conditions sanitaires, ne sont pas concevables sans l’éducation des femmes (et aussi des hommes).
La tâche est encore loin d’être achevée..

- L’inégal développement humain

L’IDH, ou Indice de développement humain, résume tout. Cet indice combine trois facteurs : le PNB par habitant (économie), l’espérance de vie à la naissance (état sanitaire), l’alphabétisation et la scolarisation ( volontarisme politique).
Plus l’indice s’éloigne de l’unité, plus le développement est bas.

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Les IDH de par le monde
IDH : Indice de développement humain. Plus il est proche de 1, meilleure est la situation du pays.

Les couleurs changent, mais pas les contours..

- Conclusion

Le 27 septembre dernier, le Monde titrait " Accord historique sur la dette des pays pauvres.
La communauté internationale s’est mise d’accord à Washington lors des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale pour annuler la totalité de la dette contractée auprès de ces adminsitrations.
Cela signifie que pour les 18 pays PPTE [5]40 milliards de dollars sont rayés d’un trait de plume.

Le G8 avait promis, mais il fallait l’approbation de actionnaires, c’est à dire des 184 Etats membres du FMI et de la banque mondiale. "Nous avons maintenant un accord du G184" se félicitait P.Wolfowitz, le nouveau président de la Banque mondiale..

C’est un petit pas franchi dans la lutte contre la pauvreté... Encore faudrait-il que le surcoût du pétrole n’annule pas la valeur de ce geste.

Support documentaire :

- Le site de Population Reference Bureau

- Un site où sont référencés les sites sur les questions démographiques

- L’Institut National de la Démographie

- Le site de La Cité des Sciences de la Villette où une récente exposition a fait le point sur les grands problèmes démographiques du monde. Un site ludique, accessible à tous, petits et grands.

- Le site des Nations Unies

- Population et developpement durable

Article de Jean Pierre Robin, 27 septembre 2005, Le Monde


[1Organisme à but non lucratif qui informe sur les questions démographiques dans le monde.

[2Institut des Sciences Politiques

[3La superficie des continents dont la place géographique est grossièrement respectée, est proportionnelle à un critère choisi par le cartographe, ici le PNB, le produit national brut, soit la somme des richesses produites par les Etats

[4Amérique du Nord, Europe occidentale, Japon et Asie du SE en expansion

[5Pauvres et très endettés. L’initiative PPTE a été lancée en 1996. Elle ne concernait alors que les créances bilatérales des pays riches. Il n’était pas questions des dettes contractées auprès des organisations internationales.